Sous la gare de Renens, un quartier sans frontières

L’Esprit des lieuxRenens et Chavannes-près-Renens se partagent un morceau d'Ouest lausannois où générations, architectures et cultures se mélangent.

Le parc des Cèdres a connu des temps troublés. Des jeunes du quartier participent à sa réhabilitation.

Le parc des Cèdres a connu des temps troublés. Des jeunes du quartier participent à sa réhabilitation. Image: Vanessa Cardoso

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Dans le parc des Cèdres, juste au-dessous de la gare de Renens, le gazon est taillé d’une drôle de manière. Parfaitement net côté ouest, il est envahi par les herbes folles côté est. Certains dans le quartier ont leur explication: c’est là que passe la frontière entre Renens et Chavannes-près-Renens. Autre commune, autres jardiniers, autre rythme de tonte. Serait-ce une légende urbaine? Simone Szenyan confirme: «Tout le parc est à Renens. Chavannes commence sur l’avenue de la Gare.» La jeune retraitée habite place de la Gare depuis 20 ans. Elle est renanaise et elle sait où elle met les pieds. Mais pour le visiteur, difficile d’être au clair. L’endroit est emblématique du puzzle de communes urbaines qu’est devenu l’Ouest lausannois, dont les très théoriques lignes de démarcation zigzaguent entre les immeubles.

Le quartier n’est pas qu’un mélange de territoires. C’est aussi un bouillon de cultures. «J’ai un voisin portugais, la famille du dessus est Italienne et il y a aussi des Turcs dans l’immeuble. C’est typique de Renens», sourit la native de la vallée de Joux, qui tient son patronyme d’un mari hongrois. En partant de la vieille chapelle évangélique, il n’y a qu’à descendre l’avenue de la Gare pour comprendre de quoi elle parle. Deux restaurants asiatiques et deux boucheries – l’une halal, l’autre non – ont pignon sur rue.

«J’ai un voisin portugais, la famille du dessus est Italienne et il y a aussi des Turcs dans l’immeuble. C’est typique de Renens»

Et pourtant, créer des liens entre les gens ne se fait pas tout seul: «C’est la raison d’être du CQI», explique Simone Szenyan. Le CQI? C’est le petit nom du Contrat de Quartier Intercommunal, une initiative des communes de Chavannes et de Renens qu’a rejointe l’ancienne élue popiste avec d’autres habitants du coin. Objectif: stimuler l’esprit de voisinage et faire émerger des idées pour améliorer la qualité de vie dans le quartier. Mais les riverains tournent aussi gentiment la page d’une époque où le parc des Cèdres était plutôt mal fréquenté et connu pour divers petits trafics.

Sans être membres du CQI, une poignée de jeunes s’est aussi réappropriée les lieux. Pour Firas Dridi, 19 ans, le parc est devenu un point de ralliement. Une bonne raison pour lui et sa bande de copains de s’investir dans son aménagement. Ce printemps, ils ont obtenu de la Commune de Renens qu’elle installe une table et des bancs, mais aussi qu’elle plante un arbre en mémoire d’un ami disparu, qui aimait ce coin de verdure. «C’est notre droit à nous aussi de demander ce genre de chose. Tous les jeunes ne le savent pas, mais si on veut être écouté, on peut être écouté», explique Firas.

Comme souvent dans l’Ouest lausannois, le quartier mélange non seulement les cultures et les générations, mais aussi passé et présent. Sur l’avenue de la Gare, les pavillons pleins de cachet côtoient les immeubles récemment construits. Bernard Pellet a grandi dans l’une de ces petites maisons, du temps où sa mère était ouvrière à l’usine de chocolat Perrier, juste en bas de l’avenue. Et malgré la présence de cette grosse industrie, il n’y avait pas grand-chose autour à l’époque: «C’était plus ou moins agricole», se souvient-il. Les choses ont bien changé depuis. La fabrique a fermé dans les années 70 et abrite désormais tout un microcosme d’ateliers d’artistes, d’artisans et d’architectes, ainsi que le petit musée de l’imprimerie qu’a cofondé Bernard Pellet. «C’est devenu une sorte de petit Flon», image Bertrand Francfort, le concierge des lieux. «On espère que l’endroit sera préservé, mais on ne sait pas combien de temps», s’inquiète-t-il pourtant. Autre mémoire vivante de la fabrique, Hélène Vinard, une ancienne ouvrière, aujourd’hui âgée de 87 ans, tente de balayer ses doutes. «Les bâtiments sont classés, c’est officiel!» assure-t-elle. (24 heures)

Créé: 09.09.2017, 13h56

Simone Szenyan s’investit dans le Contrat de Quartier Intercommunal. (Image: C.BA.)

Bertrand Francfort et Hélène Vinard sont la mémoire de l’usine Perrier. (Image: C.BA.)

Bernard Pellet a grandi dans l’un des pavillons de l’avenue de la Gare. Il est revenu à Chavannes-près-Renens pour y installer le musée Encre & Plomb. (Image: C.BA.)

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