Le général et les Gashi veillent sur Paudex

L’Esprit des pintesÀ la (re)découverte des bistrots emblématiques de notre canton.

Le patron Dani Gashi (à gauche) et le cuisinier Haxhi Peci avec une tarte à la crème encore toute chaude.

Le patron Dani Gashi (à gauche) et le cuisinier Haxhi Peci avec une tarte à la crème encore toute chaude. Image: Patrick Martin

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C’est un bistrot convivial, aux vieilles tables en bois, patrimoine vaudois inestimable mais sans chichi. Parmi les images d’un autre âge qui ornent les murs, le portrait du général Guisan s’affiche en majesté, face à l’entrée, accueillant le visiteur de son regard franc et austère. Il trône là depuis la Mob, certainement? Pas du tout, nous informe Dani Gashi, patron du Café de Paudex depuis 2012. «C’est moi qui ai fait remettre la photo quand je suis arrivé. J’avais envie, c’est la tradition…»

Originaire de la région de Prizren, au Kosovo, l’homme gère l’endroit avec l’appui de son frère Masar et de son épouse Lumturije. Il avait déjà travaillé ici comme serveur de 2002 à 2008. «J’ai toujours su que je voulais revenir. Quand M. Bovay, l’ancien patron, m’a dit qu’il voulait remettre, je me suis tout de suite proposé.» L’homme est fier de son troquet charmant, posé au bord de la tranquille route de la Bordinette, entre les axes que sont la route du Lac et celle du Simplon. «Le café date de 1894. Il en reste de moins en moins des comme ça, c’est important de les faire vivre.»

La fondue en étendard

Au moment de notre visite, un lundi matin, la tarte à la crème sortait du four, le cuisinier Haxhi Peci l’amenait en salle. Mais le petit emblème qui orne son tablier trahit la vocation première de l’endroit: un caquelon, bien fumant, orné d’une croix suisse. Ici, on prend la fondue au sérieux. Luis Navarro et Janusz Kopysc, deux habitués venus prendre leur café du matin, ne diront pas le contraire. «Pour moi, c’est la meilleure fondue de tout le canton, exprime le premier. Non mais vraiment! Vous l’écrirez, hein?» D’accord.

À son arrivée en Suisse, pourtant, le maître des lieux n’était pas forcément bien parti pour vivre une histoire d’amour avec le plat national. «Quand je suis entré ici et que j’ai senti l’odeur de la fondue pour la première fois, je me suis dit que ce n’était pas possible de travailler là, que je resterais seulement jusqu’à ce que je trouve autre chose. Ma femme ne supportait pas non plus, elle me disait de laisser mes vêtements dehors. Mais je me suis habitué, j’ai appris à aimer. Maintenant, si on en mange pas au moins une par semaine, ça ne va pas!»

Luis Navarro et Janusz Kopysc estiment qu’on trouve ici la meilleure fondue du canton.

L’équipe du café a même participé au Mondial de la fondue de Tartegnin en novembre dernier. Elle ne s’est pas hissée en finale, mais s’est promise de faire mieux en 2021. «On a présenté une moitié-moitié toute simple… La prochaine fois, on viendra avec quelque chose de plus spécial, un mélange maison. Cela dit, c’était génial, des municipaux sont venus nous soutenir, on s’est bien amusés.»

C’est que le lien entre le café et la politique locale sont forts. Sous le portrait du général et d’un tableau représentant Jean-Pascal Delamuraz, l’enfant du village, un «banc des syndics» est là pour accueillir tous les «bourgmeystres» du cru, passés ou présents. Dans l’arrière-salle, une table ronde est le stamm, tous les dimanches, d’un petit groupe d’anciens municipaux qui viennent y discuter de l’actualité, de la vie du village, de celle du monde.

Derrière le café, une belle terrasse de 70 places attend les beaux jours. Ses bancs en bois, alignés pour l’heure contre le mur, retrouveront leur place quand reverdira la vigne des tonnelles. Les touristes, «souvent suisses alémaniques», qui visitent la région l’été feront alors aussi leur retour.

Le Café de Paudex accueille les habitués depuis 1894.

«Ici, c’est sympa à l’heure du café, c’est sympa pour manger, c’est sympa tout le temps», trompette Luis Navarro. À l’heure de l’apéro aussi? «Bien sûr, mais il faut bien dire que les gens viennent un peu moins souvent pour boire des verres qu’autrefois, ça se perd un peu, admet le patron. On ferme d’ailleurs l’après-midi, on rouvre à 17h30.»

Dani Gashi connaît l’histoire de son bistrot sur le bout des doigts. Il évoque avec émotion ses prédécesseurs, M. Bovay, mais aussi Nelly Krending – «elle tenait l’épicerie attenante, qui est devenue la seconde salle du café» – ou encore Germaine Genoud – «les gens appelaient le café «Chez Germaine», c’était vraiment chez elle.» En avril, il emmènera un groupe de clients au Kosovo pour leur faire découvrir son pays. Les liens se renforcent, le patrimoine est en de bonnes mains.

Créé: 01.02.2020, 15h00

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