Quand les «grands frères» mettent un pied à l’école

Ouest lausannoisÀ Chavannes-près-Renens, les travailleurs sociaux de proximité sortent des quartiers pour faire de la prévention en classe.

Travailleur social de proximité à Chavannes-près-Renens, Cédric Venetz déploie d’habitude son activité auprès des jeunes des quartiers

Travailleur social de proximité à Chavannes-près-Renens, Cédric Venetz déploie d’habitude son activité auprès des jeunes des quartiers Image: Odile Meylan

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Dans les couloirs du Collège de La Planta, à Chavannes-près-Renens, Cédric Venetz marche à grands pas vers la salle des maîtres. Au passage, il distribue des «checks» à quelques élèves qui profitent de la pause. Jean et T-shirt blanc, bouc naissant, boule à zéro et tatouages sur les bras, il n’a pas le profil de l’enseignant. Normal, il ne donne pas de cours de maths et c’est sa force. Son job, c’est travailleur social de proximité. Nom de code: TSP.

Parole libre

Depuis cette année scolaire, il intervient régulièrement dans les classes de l’établissement primaire et secondaire pour des actions de prévention. D’habitude, son terrain, c’est la rue et les quartiers. Mais ce jour-là, il est en classe, entre quatre murs, pour une journée entière à parler de violences verbales à des élèves d’une douzaine d’années. «On a remarqué chez vos camarades un peu plus âgés qu’il y a un gros problème de respect envers les filles», commence sa collègue Marcia Tapia, elle aussi TSP. La discussion s’engage très vite: «J’ai déjà été insultée par des garçons, je suppose qu’ils se croyaient plus forts», raconte une jeune fille.

Cédric Venetz intervient pour rappeler qu’il n’y a pas de raison d’avoir moins de respect pour les femmes que pour sa propre mère. Des paroles sages qu’un enseignant pourrait dire aussi bien que lui? «Ces thèmes sont bien sûr déjà abordés en classe, mais l’écoute dont bénéficient les enseignants est un peu différente. Ils restent des profs. Avec moi, la parole est totalement libre. Les élèves se lâchent.»

«Pour les enfants, dire ces insultes devient une habitude avant même d’en savoir la signification»

C’est le cas de le dire. Bâtard, pute, con: un tour de salle montre que les préados ont déjà un solide répertoire en matière d’injures. Accompagnés d’un stagiaire, nos deux TSP les décortiquent une par une. Objectif: donner un sens à ces mots pour éviter qu’ils se banalisent. «Pour les enfants, dire ces insultes devient une habitude avant même d’en savoir la signification», explique Cédric Venetz. Il enchaîne face à la classe: «On entend souvent dire pédé pour un oui ou pour un non. Même si la personne visée n’est pas homosexuelle, rappelez-vous que beaucoup de gens peuvent être blessés.»

À la fin de la rencontre, lui et sa collègue distribuent leurs cartes de visite aux enfants, avant d’annoncer le thème qu’ils aborderont lors de leur prochaine visite: la consommation d’alcool. «Après les actions de prévention, il arrive que des jeunes m’appellent pour d’autres problèmes», explique le TSP.

Une démarche rare

«Cédric Venetz a un rôle vraiment central dans la commune. Le travailleur social de proximité, c’est une personne avant d’être une fonction», reconnaît Didier Sieber, directeur du collège primaire et secondaire. C’est lui qui a ouvert les portes de son établissement aux TSP, lors de son arrivée en poste, il y a deux ans. Une démarche rare, voire unique dans le canton, où les travailleurs sociaux de proximité sont des employés des communes ou actifs dans des associations ou fondations. «Il a commencé par être présent régulièrement à la récréation, qui peut être un moment de tensions», détaille Didier Sieber. Mais il lui est aussi arrivé d’intervenir pour ramener le calme dans des classes devenues difficiles à tenir.

«C’est intéressant, car il est dans son rôle de grand frère auprès des élèves, tout en étant aussi très bien accueilli par les enseignants. C’est un contact informel qui permet un échange de connaissances», observe le directeur. «Il peut y avoir une différence entre ce que l’école sait des difficultés d’un jeune et ce que j’observe en dehors. Mieux communiquer apporte un plus», relève quant à lui Cédric Venetz.

Mais le fait d’avoir un pied dans les deux mondes ne veut pas dire qu’il y a mélange des genres: «Il faut que le TSP garde avant tout le lien avec le terrain et ne commence pas à être identifié seulement avec l’école», pose Didier Sieber.

Enfant des quartiers

Cédric Venetz résume ce qui le différencie aux yeux des élèves: «Ils savent que je suis des quartiers et que j’ai grandi dans cet environnement-là.» Arrivé à Chavannes-près-Renens à 18 ans, il ne cache pas avoir eu une adolescence chaotique en banlieue genevoise. Mais à ses yeux, alors que la commune de l’Ouest lausannois était connue pour ses bagarres il y a quelques années, la violence a plutôt baissé. «On le voit dans les chiffres de la police. Aujourd’hui, les incivilités leur ont volé la vedette.» En cause selon lui, des quartiers où il y a encore passablement de pauvreté et de familles qui touchent le revenu d’insertion.

«L’intégration scolaire des enfants se passe plutôt très bien à Chavannes-près-Renens, assure quant à lui Didier Sieber. Ce rôle de grand frère qu’ont les TSP peut être utile même au fin fond de la campagne. On peut toujours avoir besoin de repères qui vont au-delà de l’école.» (24 heures)

Créé: 11.05.2018, 06h57

Articles en relation

«Parfois, je suis le seul adulte en contact avec un jeune»

Travail social Méconnus, les travailleurs sociaux de proximité sont de plus en plus nombreux dans le canton. Rencontre avec l’un d’entre eux. Plus...

Ecublens mise sur la médiation culturelle pour toucher les ados

Animation De la production musicale à la peinture, le secteur jeunesse de la ville s’implique dans l’éclosion de vocations artistiques. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Un chien accompagne une pasteure dans les EMS, paru le 23 mai 2018
Plus...