A Grandvaux, un habitat partagé va devenir le premier écovillage

Art de vivreUn complexe permettant la vie en communauté est en construction à la rue de la Gare, où un tel lieu existe déjà. Visite.

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A première vue, le numéro 5 de la rue de la Gare de Grandvaux ne revêt aucun caractère particulier par rapport à ses voisins: belle vue sur le lac et Lavaux, bien situé juste au-dessus de la gare, ambiance calme et paisible. La différence tient en une plaque à l’entrée: La Smala. L’association qui porte ce nom vient de lancer le chantier du «premier écovillage de Suisse romande» quelques mètres plus loin, au numéro 17 ( lire ci-contre). Et, si le numéro 5 n’est pas techniquement un écovillage, il donne un bon aperçu de la philosophie qui prévaudra dans le futur lieu de vie à l’horizon été 2016. Des locaux communs

Ici, les valeurs sont solidarité, écologie, décroissance, lien social et intergénérationnel. L’approche est clairement alternative, sans tomber dans le cliché baba cool, pour les douze résidents du lieu, dont deux familles.

Les trois niveaux de l’édifice abritent sept logements, mais quatre frigos répartis dans deux cuisines partagées. Les étagères des armoires se divisent entre celles dévolues aux biens communs et celles estampillées du nom de chaque locataire. Les résidents s’organisent avec une seule buanderie.

Poulailler et potager communs
Un espace bureau fait office de hall d’entrée, «car La Smala a aussi vocation d’entrepreneur social, et nous accueillons des personnes qui travaillent pour divers programmes sociaux ou lancent leur PME», précise Théo Bondolfi, fondateur de La Smala, lui-même locataire. A ces locaux s’ajoutent des espaces extérieurs, comme le poulailler ou le potager.

Au premier étage, une salle à manger et un salon commun accueillent les repas partagés, animations, soirées discussion, au gré des envies et des initiatives de chacun. «Je n’aime pas manger seule, alors parfois je lance une invitation par Whats­App», explique Myriam Tellenbach, en nous ouvrant sa chambre de 10 m2 avec vue sur le lac, qu’elle loue pour 670 francs avec les charges. Un lit et un bureau y constituent l’essentiel du mobilier jusqu’à la porte-fenêtre donnant sur un grand balcon. «Certains ont leur cuisine ou leur salle de bains. Moi je partage tous les locaux communs.»

Cette employée à 80% d’un EMS de Bex, qui suit par ailleurs une formation d’éducatrice sociale, n’attendra pas la fin de l’année d’essai prévue dans son bail pour se décider. «Je vais rester, assure-t-elle. Cela faisait longtemps que j’avais envie d’habiter en colocation, et voilà dix mois que je suis là. J’ai repéré une annonce sur Anibis. J’ai deux grands enfants indépendants et j’en avais assez d’être seule. J’affectionne une certaine simplicité et des principes qui font parfois sourire, comme la nourriture bio. Ici, on me prend telle que je suis.»

Des tâches partagées
Dans cet espace de liberté, quelques règles existent tout de même, comme une réunion mensuelle pour échanger et discuter de ce qui peut être amélioré. Une partie des charges additionnelles au loyer est consacrée à l’achat de produits alimentaires de base ou de nettoyage communs et au salaire de la femme de ménage.

Pour le reste, chacun participe aux tâches communes à sa guise. Baran Gözw, souteneur de thèse à l’EPFL en section électricité, a choisi de gérer le jardin et le poulailler. «Cela me permet de garder contact avec la terre et la nature, explique-t-il. Chez moi, en Turquie, je vivais dans un petit village quand j’étais petit.»

Le jeune homme de 27 ans, qui a déjà vécu dans un écologement, a opté pour le seul studio de l’édifice avec kitchenette pour 1100 francs par mois, charges comprises. «Avant, j’habitais dans un appart à Lausanne et je ne connaissais même pas mes voisins. Ici, je retrouve du lien social, on m’invite à manger. De simple locataire, je suis devenu coresponsable de mon logement.»

(24 heures)

Créé: 13.04.2015, 15h31

«Une architecture bénéfique et holistique»

L’écovillage de la rue de la Gare 17 à Grandvaux prendra la forme «d’un seul grand bâtiment ressemblant à quatre villas mitoyennes», résume Théo Bondolfi, fondateur de La Smala et initiateur du projet. Pour la première fois, l’association sera propriétaire de ses murs. Le lieu abritera «25 pièces» pour une quarantaine de résidents «de 1 à 78 ans».

Plusieurs familles sont annoncées. Certains logements disposeront d’une cuisine, d’autres non. Plusieurs lieux communs (cuisine, salon, etc.) sont prévus. Selon l’initiateur, il s’agira du «premier écovillage de Suisse romande». Il s’inspire de cinq sites existant outre-Sarine.

Il sera labellisé Ecopol, soit le standard d’écohabitat créé par La Smala en 2013 et qui implique des impératifs en termes de matériaux et de philosophie de vie, soit «une architecture bénéfique qui s’appuie sur une vision holistique et une écoute très poussée des personnes qui y habiteront», selon Corine Mermillod, architecte et coutumière de ce type d’habitat, dont l’écovillage Ecopol de Cheiry (FR), en phase de réalisation. En tout, sept écovillages sont projetés en Suisse romande.

Il a fallu récolter 3,4 millions de francs pour le projet de Grandvaux, dont 800'000 francs de fonds propres. «Ces derniers sont le résultat de placements, de futurs locataires ou non, à un taux de rendement de 2-3%. Les dons vont de 10'000 à 100'000 francs, excepté un donateur anonyme à 250 000 francs.» Les loyers iront de 450 à 600 francs. La logique est celle «d’entrepreneurs socioculturels», avec la perspective de générer des revenus via «un incubateur de sociétés, l’organisation d’événements, des services de bed and breakfast». A ce stade, le tiers des logements reste à prendre.

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