La Grève du climat fait vaciller l’alliance de gauche

ÉlectionsLe PS chancelle, rattrapé par les Verts. L’extrême gauche est sur tous les fronts. Scénarios en vue des communales de mars 2021.

«J’aime le travail que je fais maintenant, je trouve qu’il a du sens et je continuerais volontiers» <b>David Payot</b>, municipal popiste

«J’aime le travail que je fais maintenant, je trouve qu’il a du sens et je continuerais volontiers» David Payot, municipal popiste Image: VANESSA CARDOSO

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La gauche omnipotente dans la capitale vaudoise se pose des colles. Les récents scrutins électoraux ont fait évoluer les rapports de force entre ses différentes composantes. L’alliance de gauche, construite avec trois roses, deux Verts et un rouge à la Municipalité, est-elle encore d’actualité?

À un an des élections communales, tous les sortants, sauf les doyens Tosato (PS) et Pidoux (V), ont déjà affirmé leur envie de se représenter. Même David Payot (POP) ne cache plus ses intentions: «J’aime le travail que je fais maintenant, je trouve qu’il a du sens et je continuerais volontiers.» Les popistes aimeraient donc garder leur siège. Le PS ne lâchera pas les siens et les Verts se targuent désormais d’une certaine légitimité pour en revendiquer trois. Ce qui nous amène à une liste de gauche de sept candidats. Un scénario jugé irréaliste. Une Municipalité monocolore est vue d’un mauvais œil, même dans les rangs de gauche. Alors qui devra lâcher du lest?

Poussée Verte

Les écologistes ont fait une percée remarquée lors des fédérales d’octobre 2019. Pour la première fois à Lausanne, les Verts (Jeunesse comprise) ont dépassé les socialistes (avec la Jeunesse socialiste). À l’élection majoritaire aux États, Adèle Thorens (V) s’est octroyé le siège PS de Géraldine Savary, que sa camarade lausannoise Ada Marra devait sauver. La complémentaire pour le Conseil d’État du 9 février dernier est venue remettre une couche d’incertitude. La candidate de la Grève du climat est passée à 38 voix du premier rang à Lausanne, juste derrière le PLR, deuxième parti de la ville depuis trente ans. Un écologiste raille: «Les élites actuelles du Parti socialiste n’ont jamais connu autre chose que la première place: ils ont du mal à le concevoir.» Une élue Verte tempère: «Nous faisons de la politique autrement, comme on le dit souvent. Nous n’allons pas devenir arrogants ou prendre les autres pour nos petits frères. Ce qu’on veut, maintenant, c’est être respectés à 100% sur les questions qui font notre ADN.»

Cette nouvelle donne menace la position dominante du PS sur la gauche lausannoise. Les Verts lui tiennent désormais la dragée haute et n’excluent plus de lancer trois candidats en mars 2021. «La population a montré qu’elle voulait que les écologistes prennent plus de responsabilités, nous devons répondre à ses attentes», analyse un cacique Vert. La gauche radicale, elle, doit gérer ses courants internes, pas toujours favorables à siéger dans un Exécutif. Un popiste résume: «Il faut que le parti valide la candidature Payot, puis que l’extrême gauche choisisse sa stratégie, tout en gérant les négociations avec les roses et les Verts.» Bref, David Payot pourrait bien rester sur le bord de la route si le PS et les écolos s’entêtent à revendiquer trois sièges chacun. Pour l’instant, Anaïs Timofte, présidente du POP vaudois, assure «que tout est ouvert» jusqu’à l’assemblée générale du parti, prévue ces prochaines semaines.

La forêt du Flon, un sujet qui rapproche

Les séances du Conseil communal laissent pourtant entrevoir une plus grande proximité entre les écologistes et la gauche radicale. Le PS est souvent laissé seul. Prostitution, forêt du Flon, désobéissance civile… «L’alliance la plus logique d’un point de vue de la proximité des idées au Conseil communal, ce serait entre les Verts et la gauche radicale. Et pourtant c’est la moins probable!» lance un élu d’extrême gauche.

Les nombreux Verts interrogés refusent de se laisser enfermer dans une pure logique liée au nombre de candidats qu’ils pourraient lancer. «Des services stratégiques vont être libérés et ils vont être mis dans la balance. Cette question est aussi importante que le nombre de candidats ou la syndicature, par exemple.» Les récentes rocades à l’État de Vaud inspirent.

La question de la syndicature hérisse le poil socialiste. «Je ne pense pas que nous aurons besoin de rappeler aux Verts que non seulement on a laissé le poste à Brélaz pour sa dernière législature, mais surtout qu’ils ont longtemps été surreprésentés à la Muni», assène un apparatchik du parti.

À l’unisson, on apprend que le trèfle – les rencontres entre les dirigeants et municipaux des trois formations de gauche– n’a pas encore abordé l’épineuse négociation. Elle devrait animer de nombreuses soirées ce printemps.

Créé: 19.02.2020, 07h47

Défis

PS

Rester le patron à Lausanne

Le PS veut le statu quo. En tant que majoritaire de l’alliance et détenteur de la syndicature, il ne se voit pas régresser. Son très grand groupe au Conseil (33sièges) lui donne des arguments. Si les Verts venaient à le lâcher, il poursuivrait sans doute avec le petit frère popiste. Ses chances de conserver trois sièges sont honorables.

Le PS va s’activer ces prochains mois à bétonner le bilan commun à l’ensemble de la gauche. Et à s’affirmer sur les questions climatiques. L’abandon de la route dans la forêt du Flon devrait être annoncé par Florence Germond et le Plan climat présenté par le syndic, Grégoire Junod.

Les socialistes rappellent aussi qu’il y a le vote des étrangers à l’échelon communal. Un électorat dans lequel le parti engrange habituellement beaucoup de voix.

EàG

Résister entre les deux grands

Le POP affirme depuis un an sa volonté d’exister en dehors de SolidaritéS, mais pas uniquement. Alors David Payot pourrait se retrouver à être candidat face à ses collègues de gauche. Anaïs Timofte compléterait le ticket. Une maigre chance existe pour que cette dernière finisse par être la candidate unique du POP.

Mais à Lausanne les bisbilles cantonales pourraient s’apaiser et Ensemble à Gauche pourrait aussi tenter la candidature unie. Mais la seule vraie chance du POP de conserver son siège à l’Exécutif lausannois réside dans l’alliance rouge-rose-verte.

Rappelons qu’aux précédentes élections, les six candidats étaient passés au premier tour. Alors que le POP faisait 2,8% aux fédérales et que ses représentants au Conseil communal ne se comptent même plus sur les doigts d’une main.

Verts

Répondre aux attentes

Les Verts veulent être entendus. Les négociations vont être serrées et les récents résultats leur donnent des ailes. S’ils n’ont pas de scrupule à faire éclater l’alliance de gauche (ou si celle-ci éclate par la gauche radicale), ils présenteront deux candidats à la Municipalité aux côtés de leur sortante, Natacha Litzistorf. C’est le parti le plus sûr de ses chances en partant seul.

Mais si le PS leur donne des garanties fortes sur des dossiers stratégiques, les écologistes maintiendront l’alliance. Ils pourraient tenter de verrouiller les Services industriels de la ville, déjà dans leur giron. Natacha Litzistorf, souvent prise en étau sous le contrôle de Florence Germond (Mobilité) et Grégoire Junod (grands projets), pourrait aussi réclamer davantage d’autonomie.

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