«La grève, nous la faisons aussi pour les enfants»

SocialLes éducatrices de l’enfance se mobilisent ce mardi, avec une grève à Lausanne. Rencontre avec une équipe de Montelly

Le centre de vie enfantine de Montelly compte 112 places d’accueil. La majorité relève du préscolaire, mais tout le personnel éducatif sera en grève mardi pour soutenir les éducatrices du parascolaire.

Le centre de vie enfantine de Montelly compte 112 places d’accueil. La majorité relève du préscolaire, mais tout le personnel éducatif sera en grève mardi pour soutenir les éducatrices du parascolaire. Image: Florian Cella

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11h50, lundi matin. D’un coup, une quarantaine d’enfants de 4 à 6 ans sortent – certains en courant, d’autres en traînant la patte – derrière l’école de Montoie. Les plus motivés hurlent et rigolent comme des fous, car l’une des fillettes a son anniversaire. D’autres enfants ont passé une mauvaise matinée à l’école et ont les yeux remplis de larmes. L’un d’eux, à l’écart, est pris d’un besoin pressant derrière un buisson. Bref: un melting-pot d’émotions et de situations qu’il va falloir gérer.

Qui va les gérer, justement? Elles sont sept à attendre ces marmots: Ludivine, Esther, Sandrine, Azita, Andreia, Françoise et Sara. C’est-à-dire toute l’équipe du «groupe des écoliers» du Centre de vie enfantine (CVE) de Montelly. Comme de nombreux professionnels de l’enfance dans le canton de Vaud, elles seront en grève ce mardi pour s’opposer à la future réglementation, décidée par l’Établissement intercommunal pour l’accueil parascolaire (EIAP).

Ce nouveau cadre prévoit d’augmenter la taille des groupes d’enfants et de diminuer le nombre de professionnels, au profit des auxiliaires. Leurs soutiens sont larges: syndicats, associations de parents et d’enseignants, certaines communes, des réseaux d’accueil, etc.

«Nous sommes sept en ce moment. Mais l’une de nous devrait être en congé ce lundi, et deux autres sont en formation. Donc nous ne sommes que quatre professionnelles formées pour un maximum de 48 enfants», explique Françoise, qui a déjà près de trente ans de métier.

Burn-out et usure

Demandant que l’EIAP retire son projet, toutes ont le même discours: leur métier est passionnant, mais usant. «On dit qu’avant de faire un burn-out, une éducatrice travaille entre dix et douze ans», illustre Sara.

Sur le terrain, la réalité saute aux yeux: quarante enfants ensemble, hors de l’école, ça ressemble à une tornade qui ne cesse de tourner. «Ce qui est usant, c’est que nous devons constamment répondre à de multiples demandes, des enfants surtout, mais aussi parfois des parents ou de nos collègues, ajoute Sandrine. Et nous devons sans cesse être attentives à la sécurité psychique et physique des enfants.»

Repas et trajets

L’idée, donc, de réduire la proportion de professionnelles les inquiète. Car pour elles, une formation spécifique est obligatoire pour gérer tant d’enfants. Mais aussi pour assurer leur sécurité, avoir une vision globale de leurs besoins, savoir comment répondre aux soucis de chacun, leur donner un cadre, gérer leurs conflits et leurs émotions, en concertation avec les parents et les enseignants.

«Cette grève, nous ne la faisons pas seulement pour nous, mais aussi pour les enfants, ajoute Sandrine. Si nous devons nous occuper de davantage d’enfants, les autres en pâtiront.» C’est, à leurs yeux, d’autant plus vrai pendant les repas ou les trajets depuis l’école, pour lesquels l’EIAP estime que des auxiliaires suffisent. «Le rapport à la nourriture tient du domaine de l’affectif, pour lequel il faut une posture professionnelle pour arriver à l’accompagner», estime Sandrine.

«Quant aux trajets, des professionnelles doivent les gérer, car il faut comprendre le développement des besoins des enfants», ajoute Françoise. Ses collègues abondent: gestion des émotions, des crises de ceux qui s’arrêtent au milieu de la route, des possibles bagarres, etc., tout cela nécessite une formation.

Parents solidaires

Les syndicats savent que la force de la grève dépendra des parents qui peuvent reprendre leurs enfants ce mardi. «Ils sont solidaires des professionnels», explique Diego Pasquali, le directeur du CVE. «Seuls 30% des enfants viendront ce mardi. Les parents comprennent que cette mobilisation est importante pour les enfants et qu’une formation de qualité est nécessaire pour répondre aux besoins des familles et d’une société de plus en plus complexe.»

Créé: 13.11.2018, 06h41

Grève surtout lausannoise

Si la mobilisation et la manifestation de 18 h 30 à Lausanne, ce mardi, concernent l’ensemble des structures d’accueil parascolaire du canton, la grève devrait avant tout toucher les institutions lausannoises, avec la garantie d’un service minimal. Quant aux structures parascolaires privées ou aux accueils préscolaires, certains suivront le mouvement, toute la journée ou sur quelques heures. Peu de structures seront en grève ailleurs dans le canton, selon le site internet du Syndicat des services publics. La mobilisation devrait s’y traduire par des actions symboliques: port de brassards ou de T-shirts noirs, sensibilisation aux parents, stands, etc. Selon les syndicats, les parents ont été prévenus en amont.

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