Un guide invite à redécouvrir Lausanne par ses anecdotes

Histoire«Suivez le guide!» reprend des balades menées jadis par Ernest Jomini, fin connaisseur de la ville et de ses détails piquants.

La statue du Major Davel a été érigée en 1898 pour les cent ans de l'Indépendance vaudoise. Cela fait donc cent vingt ans qu'il lui manque un bouton...

La statue du Major Davel a été érigée en 1898 pour les cent ans de l'Indépendance vaudoise. Cela fait donc cent vingt ans qu'il lui manque un bouton... Image: Florian Cella

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Le but d’Ernest Jomini, historien amateur éclairé et guide durant de nombreuses années au sein du Mouvement des aînés, était de captiver son auditoire: touristes, résidents, écoliers, curieux ou gens pressés. Quoi de mieux pour cela que de partager avec le visiteur les détails piquants de l’Histoire, les petits secrets cachés derrière les portes? En suivant ses pas, de la Palud au Château, on découvrira l’histoire d’une clochette municipale, d’un palais florentin regretté par son architecte, ou encore d’un séminaire français clandestin. Le florilège présenté ci-contre n’est que la pointe de l’iceberg.

Évêque, Berne et Savoie

Pasteur reconverti au catholicisme, fervent Helvétien, Ernest Jomini était un passionné des relations entre les pouvoirs à Lausanne, que ce soit entre la Ville et l’évêque, les Bernois ou les Savoyards. Il en révèle certaines anecdotes avec un sarcasme atténué par une douce vaudoiserie. Décédé en 2016, à l’âge de 95 ans, il n’aura vu ni le nouveau Parlement, ni la réfection du Château Saint-Maire et du Musée historique.

Publiées dans «La Nation», entre 2012 et 2013, ses visites réunies aujourd’hui par Les Cahiers de la Renaissance vaudoise, ont été agrémentées d’ajouts qui pallient ce manque. Un site internet – qui demanderait à être étoffé – permet de visualiser certains détails peu accessibles.


La maison du bourgmestre

Il est une échappée, au milieu de la rue de la Madeleine en direction de la place Arlaud, que nous devons à la fronde d’un bourgmestre dissident: Isbrand Daux. Alors que les Bourgeois de Lausanne avaient courbé l’échine devant les Bernois, Isbrand Daux et quelques autres avaient projeté, en décembre 1588, d’ouvrir les portes de la ville aux troupes du duc de Savoie rassemblées secrètement à Ripaille. Hélas, une forte bise les empêcha de traverser le Léman et la rébellion avortée fut découverte. Le bourgmestre eut le temps de s’enfuir en Savoie. Il fut toutefois condamné à mort par contumace, ses biens furent saisis et les Bernois firent raser sa maison avec interdiction de ne jamais la reconstruire. Si on observe les numéros impairs de la rue, on remarque qu’il manque toujours le 7…


La redingote du Major

Ernest Jomini raconte avec panache l’épopée de notre héros vaudois, le major Davel, dans plusieurs de ses balades. De la maison où il passa sa dernière nuit, sur la Palud chez le major Crousaz, à l’horloge musicale le montrant à la tête du bataillon de Lavaux défilant sur Lausanne le 31 mars 1723, en passant par les fresques peintes par Charles Clément dans la cage d’escalier de l’Hôtel de Ville. Il emmène forcément aussi le visiteur au pied de la statue de bronze à son effigie, œuvre de Maurice Reymond, érigée en son honneur lors du centenaire de l’Indépendance vaudoise (1898) devant le Château Saint-Maire. Le guide facétieux aimait surtout y montrer une erreur cocasse: la redingote du militaire comporte dix boutons, auxquels le sculpteur a opposé onze boutonnières!


Le vitrail des écoliers

Ernest Jomini aimait surprendre ses visiteurs en leur annonçant qu’il était donateur d’un des vitraux de la cathédrale. Il s’agit de celui qui représente la nativité et la visite des Rois mages, sis dans la chapelle de la Vierge et réalisé en 1932 par Charles Clément. Tout en bas du vitrail, on peut lire «Donné par les écoles primaires vaudoises». En fait, une large campagne de récolte de fonds avait eu lieu entre 1928 et 1935, dans le but de redonner à la cathédrale des vitraux – le monument s’était contenté pendant plus de trois cents ans de simples vitres. On avait notamment demandé aux écoliers vaudois (un autre vitrail est donné par les écoles secondaires) d’apporter chacun 10 centimes au maître. Le petit Ernest avait 10 ans et son père pasteur, bien qu’opposé à l’obscurcissement de l’édifice par des vitraux, avait obtempéré.


La pendule de la concorde

Dans le décor moderne de la salle du Conseil communal, une pendule de 1670 fixée derrière l’hémicycle frappe par son anachronisme. Le guide attire l’attention sur le fait qu’elle est «toujours à l’heure», mais aussi sur l’inscription latine qui entoure son cadran: «Par la concorde les petites choses croissent, la discorde les fait échouer misérablement.» Une maxime qui «serait utile à nos conseillers. Mais la disposition de la salle fait qu’ils lui tournent le dos… et d’ailleurs, qui d’entre eux sait encore le latin?» tacle Ernest Jomini. La Municipalité n’est pas en reste: l’historien raconte qu’une clochette était à disposition du «dernier entré» ou «moins bien élu» pour rétablir l’ordre lors de débats houleux entre les municipaux. Aujourd’hui, la clochette a disparu de la table de l’Exécutif. «N’en a-t-il plus besoin?» taquine le guide.

Créé: 22.10.2018, 08h13

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