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Un gymnase privé s’adresse aux élèves à haut potentiel

La Garanderie joue les pionnières avec un bac. Une offre utile selon les experts, «mais l’école publique reste la référence».

Laurent Kromer et Francesca Rubichon lancent une formation gymnasiale pour les élèves HP à l’école privée de la Garanderie, à Lausanne.
Laurent Kromer et Francesca Rubichon lancent une formation gymnasiale pour les élèves HP à l’école privée de la Garanderie, à Lausanne.
Patrick Martin

Les rares études montrent qu’entre 20 et 30% des jeunes dits à haut potentiel ou HP connaissent des difficultés dans un système normatif comme peut l’être l’école publique.

Des cours qui avancent trop lentement, un ennui qui conduit à la dissipation, une différence qui les marginalise, une hypersensibilité handicapante: autant d’éléments qui conduisent à l’échec des jeunes doués d’une intelligence hors norme.

«Etonnamment, certains ratent la première année du gymnase ou de l’université, explique Claudia Jankech, spécialiste en psychologie de l’enfant et de l’adolescent, et auteure d’études sur les HP. Comme ils n’ont jamais été confrontés à la difficulté d’apprendre jusqu’à un certain stade, ils ne sont pas armés lorsque cela arrive.»

L’école la Garanderie à Lausanne, est née en 1997 pour offrir un enseignement spécialisé «à ces jeunes en souffrance dans le système public», selon les termes de Francesca Rubichon, codirectrice. L’école, qui accueille 90 élèves de 6 à 18 ans, vient d’annoncer «une première suisse»: le lancement d’un cursus gymnasial spécifique aux HP. «Une idée que nous avions en 1997, lorsque nous avons ouvert, ajoute Laurent Kromer, lui aussi codirecteur, mais nous ne pouvions pas tout concrétiser.»

Cinq jeunes ont essuyé les plâtres depuis août. L’école vient de communiquer sur une ouverture à plus grande échelle. L’offre s’adresse autant aux élèves qui ont suivi l’école obligatoire au sein de l’établissement qu’à ceux qui ont officié dans le public.

Le programme n’est toutefois pas à la portée de toutes les bourses. L’inscription oscille entre 16 000 et 18 000 francs. Soit, sur un cycle de trois ans, de 48 000 à 54 000 francs.

Un bac français

Chaque élève suit 18 heures de cours par semaine les matins au sein de classes à petits effectifs et au suivi très personnalisé. Un tutorat hebdomadaire établit un bilan et détermine des objectifs personnalisés. «Certains HP apprennent en effet jusqu’à trois fois plus vite que d’autres», précise Laurent Kromer.

L’après-midi est dévolu à des «travaux dirigés» (jusqu’à 12 heures par semaine) au cours desquels l’élève évolue à son rythme grâce à un matériel pédagogique, physique ou virtuel (chacun dispose d’un ordinateur), en classe ou depuis chez lui.

Les codirecteurs ont opté pour le bac français CNED (Centre national d’enseignement à distance), qui offre un cursus via des supports sur Internet. «Les HP éprouvent de la peine à mémoriser ce qui leur paraît superflu, explique Francesca Rubichon. Ce bac est moins basé sur la mémorisation et plus sur la réflexion. Par ailleurs il tient compte de coefficients différents selon le niveau dans les branches.»

Pour accéder à une Haute Ecole et à l’université en Suisse, les élèves se doivent d’être reçus avec mention, soit un minimum de 12 sur 20. Les écrits et les oraux (enregistrés) sont envoyés pour évaluation à la centrale CNED à Rennes, en Bretagne.

«Il faut mieux informer»

Du côté des parents, des spécialistes et des pédagogues, l’avis est unanime: le cursus de la Garanderie est une offre salvatrice pour certains profils complexes de jeunes HP, mais il revient en premier lieu à l’école publique d’offrir des prestations suffisantes pour leur encadrement. «Sauf que les enseignants sont souvent mal informés et manquent de formation sur le sujet», regrette Roberta Poulin, de l’Association suisse pour les enfants précoces.

Doris Perrodin, spécialiste des HP et formatrice à la Haute Ecole pédagogique, reconnaît les bienfaits d’un suivi privé dans certains cas. «Mais l’école publique doit rester la référence. J’ai travaillé dans plusieurs gymnases comme coach pour élèves en difficulté et l’encadrement peut être très bon si les enseignants, doyens, médiateurs s’emploient ensemble.»

Séverin Bez, directeur général de l’éducation postobligatoire du Canton de Vaud, admet «qu’il n’existe pas de mesures particulières pour les HP dans la mesure où le haut potentiel n’est pas considéré comme un handicap. Des solutions ad hoc sont toutefois adoptées selon les cas, parfois sur demande des parents. Je n’ai jamais eu de retour négatif, j’en déduis qu’ils sont bien encadrés.»

Quant à l’offre de la Garanderie? «Il revient au secteur public de gérer cette problématique, en sensibilisant les enseignants. Je ne veux pas du discours: «Le public ne peut pas, au privé de prendre le relais.» Par ailleurs, les discussions sont en cours au Grand Conseil à propos de la nouvelle loi sur la pédagogie spécialisée.»

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