L’heure est aux questions après l’infanticide de Renens

DrameLes critiques fusent face à l’échec de l’intervention policière. Des experts répondent.

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«La police aurait pu attendre avant d’enfoncer la porte avec un bélier et négocier encore»; «on aurait pu neutraliser le père, par exemple avec des gaz ou avec des tireurs d’élite»; «notre police est mal formée, mal préparée». Sur le Web et dans les pages des journaux, les interrogations et les critiques se multipliaient hier parmi les citoyens, deux jours après le drame qui a endeuillé le quartier de l’avenue du 1er-Mai, samedi à Renens.

Le Détachement d’action rapide et de dissuasion (DARD), une unité de la police cantonale, est intervenu après des négociations que des policiers spécialistes et des psychologues ont menées pendant quatre heures avec le Congolais de 29 ans à l’origine du drame. Retranché dans son appartement, il avait séquestré son bébé qu’il a fini par poignarder à mort.

Aurait-on pu utiliser un gaz?
Confronté à cette idée, un ancien officier négociateur du RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion), une unité spécialisée de la police nationale française, ne peut s’empêcher d’ironiser: «Les gaz, ça s’utilise à Hollywood», lance Laurent Combalbert, qui s’est aussi formé au FBI américain, avant de passer dans le secteur privé.

Plus sérieusement, l’expert insiste sur les risques de l’usage d’un gaz soporifique ou lacrymogène. «Imaginez l’effet d’un tel produit sur un bébé. Il peut avoir un arrêt cardiaque. Il peut mourir si les secouristes se retrouvent bloqués. Le problème se pose aussi avec les adultes, selon leur corpulence, leur état de santé, l’alcool éventuellement absorbé», explique Laurent Combalbert. En octobre 2002, les forces spéciales russes étaient intervenues avec des gaz contre des terroristes dans un théâtre moscovite, provoquant la mort d’au moins 129 otages.

Négociations trop courtes?
Certains font remarquer qu’il aurait fallu négocier plus longtemps à Renens. Existe-t-il des règles ou des normes en la matière? «La durée des négociations doit être estimée au cas par cas, cela peut durer plusieurs heures comme plusieurs jours. L’assaut est décidé lorsqu’il apparaît avec certitude que les discussions ne vont pas aboutir et qu’un danger vital existe», explique Carine Clivaz Varone, intervenante lors des cours de négociation policière à Savatan.

Pour Laurent Combalbert, le résultat tragique de Renens n’a rien à voir avec la qualité de la formation des négociateurs vaudois. «Les Suisses ont le même niveau de compétence que les Français. Les méthodes et les pratiques sont largement partagées lors de fréquents échanges internationaux. Partout, les situations sont imprévisibles. A Toulouse, en mars 2012, Mohammed Merah (ndlr: il avait tué des militaires dans la rue ainsi que des élèves d’une école juive ) a été abattu après trente heures de négociations. De mon côté, j’ai vécu un dénouement heureux dans une prison, face à des détenus armés, après dix-neuf heures de négociations».

Un proche aurait-il pu aider?
On peut imaginer qu’un membre de la famille, voire un ami, soit capable de débloquer une situation inextricable. Mais c’est extrêmement délicat: «Cela peut se faire mais nécessite une évaluation détaillée. Si, par exemple, un homme menaçant de se suicider appelle sa femme, il peut avoir comme but de passer à l’acte devant elle pour la démolir psychologiquement. Si un proche intervient dans une négociation comme celle de Renens, il faut qu’il soit d’une solidité psychologique suffisante. Et il faut penser au sentiment de culpabilité si l’issue est fatale», relève Carine Clivaz Varone.

A quoi servaient les tireurs?
La présence de policiers décrits comme «tireurs d’élite», voire «snipers», a intrigué beaucoup de témoins. Auraient-ils pu neutraliser le père, l’ont-ils tenu en joue? «Je ne donnerai pas de détails. Mais je précise qu’il ne s’agissait pas de tireurs d’élite, qui sont des spécialistes fournis par la police genevoise. Nous avions des tireurs de sécurité en mission d’observation», déclare Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale.

La question de savoir si l’intervention du DARD a provoqué le geste tragique du père reste sans réponse à ce jour: «Il y a eu une simultanéité, nous ne pouvons pas être plus précis. Nous ne disons pas que la police a fait tout juste mais qu’elle a agi en ayant la certitude qu’il n’y avait pas d’autre alternative en fonction des éléments à disposition», déclare Jean-Christophe Sauterel. (24 heures)

Créé: 25.06.2013, 07h05

«Elle ne méritait pas ça!»

A Saint-Blaise (NE), où habite la maman du bébé poignardé samedi, la nouvelle du drame s’est répandue tardivement. La jeune mère de 26 ans, d’origine portugaise, y vit pourtant, chez ses parents. Elle travaillait parfois le samedi en tant que sommelière dans un café de la vieille ville de Neuchâtel. «Jessica* venait moins souvent ces temps», raconte la patronne, très émue. Amie de longue date de ses parents, elle connaît la jeune maman depuis qu’elle est enfant. «J’ai eu la famille au téléphone, c’est très dur pour eux. Ils doivent désormais organiser l’enterrement de leur enfant.» Elle se souvient toutefois que Jessica lui avait parlé de ses problèmes de couple il y a quelque temps. «En portant plainte, elle avait fait tout juste. C’est une fille adorable et bosseuse, elle ne méritait vraiment pas ça. Je ne comprends pas comment cela peut arriver.»

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