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[VIDEO] Dans le ventre du Musée cantonal des beaux-arts

Ce week-end, les Vaudois pourront découvrir un MCBA flambant neuf. Visite des lieux avec l'un de ses concepteurs.

Il y a huit ans, les architectes Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga remportaient le concours d’idées pour ce que l’on appelait encore le Pôle muséal et le concours d’architecture du Musée cantonal des beaux-arts (MCBA). «J’avais plus de cheveux à l’époque!» ironise au téléphone le quadragénaire Fabrizio Barozzi au moment où le bâtiment dévoile pour la première fois ses entrailles au public. Le projet lausannois a eu une grande importance pour la carrière du tandem – Prix Mies van der Rohe pour la Philharmonie de Szczecin en Pologne –, notamment en Suisse avec le Musée des beaux-arts de Coire (ouvert en 2016) et le Tanzhaus de Zurich, sur le point d’être inauguré. Interview de l’architecte au moment de céder son œuvre au public.

Quand vous avez conçu le bâtiment du MCBA, avez-vous été guidés en priorité par des considérations urbanistiques ou muséales?

Dans un projet énorme comme le MCBA et Plateforme 10, il est très important de maîtriser toutes les échelles. Il y a la grande échelle: établir un dialogue avec la Ville, c’est la partie la plus matérielle, la plus «physique». Et il y a la petite échelle: celle d’un Musée des beaux-arts que les visiteurs vont parcourir. Il faut contrôler toutes ces dimensions sans oublier celle des contraintes budgétaires, tenues. Un effort important qui fait de ce bâtiment une réalisation très performative, à tous points de vue.

Pourriez-vous rappeler votre manière de délimiter ici l’espace?

En tant qu’élément urbanistique, le musée sert à la formation d’une grande esplanade, un espace public central, qui va accueillir les deux autres musées pour créer un quartier de la culture. Cette vision, représentée par la place, a aussi défini l’objet, allongé, pour prolonger la voie publique. Cette décision prise, il y a eu la réflexion sur le bâtiment lui-même et la volonté de lui conférer un aspect industriel en lien avec le passé du site, ce côté «container pour l’art», signifié par exemple par les lames verticales de la façade.

La division centrale, à l’endroit de la verrière, structure tout le bâtiment?

Dès que nous avons compris cet élément, la base de l’architecture pour ce bâtiment allongé au bord des voies était posée. La «nef centrale» – un élément préexistant – est non seulement jolie mais elle est importante pour le bâtiment en tant que foyer, vestibule. Cela nous a permis de régler ensuite le mouvement des visiteurs de façon claire en fonction de cet axe: à l’ouest, l’exposition permanente, à l’est, la ou les expositions temporaires. Mais cette division n’est pas inamovible, le directeur peut décider de la faire fluctuer en fonction des besoins. Dans le développement du projet, nous avons finalement créé un deuxième escalier dans l’aile ouest qui permet un circuit entre les deux étages, croise tout le bâtiment, crée un espace intéressant de pause pour les visiteurs et ouvre des vues autant du côté du lac que de la ville. Dans le reste du bâtiment, assez fermé, nous avons plutôt cherché à maintenir l’attention sur les œuvres qui y seront exposées.

La façade sud du bâtiment, celle qui donne pourtant sur le lac, ne comporte que deux ouvertures…

Oui, celles de la verrière et du haut de l’escalier. Nous avons voulu souligner ce qui, à la base, correspond aux contraintes importantes du mandat qui ne permettait pas d’ouvertures du côté des rails pour des raisons de sécurité. C’était une manière de prendre l’avantage sur cette contrainte, même si, du côté nord, c’est l’inverse. Malgré l’apparence monolithique et fermée du bâtiment, la façade nord est rythmée par de nombreuses ouvertures qui laissent passer la lumière. C’est notamment le cas de presque tous les espaces du rez-de-chaussée.

Après certaines réactions à votre bâtiment – la «boîte à chaussures» – pensez-vous qu’il va y avoir un effet de surprise pour le public qui va enfin pouvoir en découvrir les espaces intérieurs?

J’espère que oui. Tout projet important suscite des polémiques. La critique fait partie de l’architecture et plus l’œuvre est importante, plus la polémique l’est. Cela fait partie du jeu. Mais je pense que les valeurs recherchées sont bien exprimées par le bâtiment, spécifique à ce lieu ferroviaire et industriel, avec une certaine austérité consciemment recherchée. Mais j’espère que les gens vont entrer et, oui, je pense qu’ils trouveront des surprises. La première devrait être celle du foyer avec sa verticalité dramatique et sa grande verrière lumineuse au sein de cette construction que l’on peut percevoir comme opaque de l’extérieur. Ensuite, il y a aussi la très belle luminosité zénithale du deuxième niveau, d’une légèreté que la matérialité du bâtiment ne laisse pas non plus deviner. Et il y a encore l’escalier, que j’ai déjà mentionné. Tous ces éléments forment pour nous un contraste impressionnant avec l’extérieur.

Pour un musée, la lumière fait partie des questions primordiales. Quelles ont été vos solutions?

Au deuxième, la lumière zénithale est prioritaire, même si elle nécessite des éclairages complémentaires. La lumière naturelle a toujours quelque chose de magnifique. Le premier niveau en bénéficie aussi avec les ouvertures au nord. Mais, même dans les salles fermées, les dispositifs d’éclairage permettront de régler parfaitement jusqu’aux tonalités lumineuses, du plus froid au plus chaud.

Quand Plateforme 10 sera achevé, votre bâtiment ne va-t-il pas «disparaître» au profit du second?

Nous avons tracé le plan urbanistique avec le MCBA, mais nous avions décidé de ne pas participer au deuxième concours, pour les deux autres musées. Aires Mateus a compris l’esprit ce projet urbain en restant très clair par rapport aux positions définies, en marquant le fond de l’esplanade tout en rajoutant une dimension avec un seul bâtiment pour les deux musées. Il y a une complémentarité. Nous dans la verticalité et la fermeture. Eux dans l’horizontalité et plus d’ouverture.

Pour vous, qui connaissez bien la situation muséale européenne, quel est le potentiel du MCBA?

En musée fantastique pour la ville, il en a un véritable sur une échelle européenne. Il peut, à terme, rivaliser avec d’importantes institutions d’Europe. Mais cela dépendra aussi de sa capacité à créer sa propre vie. Le musée a tous les éléments pour devenir un grand musée, mais, si l’architecture est importante, c’est désormais surtout le contenu qui va s’avérer décisif.

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