«Les hommes prostitués doivent pouvoir compter sur nous»

PréventionCréée en 1996, l’association Fleur de Pavé propose un festival ce week-end et lance un projet à destination des hommes. Sa directrice raconte un milieu complexe.

Silvia Pongelli, directrice de Fleur de Pavé évoque les missions présentes et futures de l'association.

Silvia Pongelli, directrice de Fleur de Pavé évoque les missions présentes et futures de l'association. Image: Philippe Maeder

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Arrivée au sein de Fleur de Pavé en 2010 et promue directrice en 2014, Silvia Pongelli connaît la rue, les salons et celles qui y travaillent. Elle évoque les difficultés quotidiennes et les défis futurs.

Comment a évolué le milieu de la prostitution depuis la création de l’association?

A Fleur de Pavé, nous notons une vraie hausse de fréquentation dans nos bureaux car les personnes prostituées connaissent mieux le réseau de soutien. Par contre, les problèmes restent les mêmes, à savoir la solitude, une grande précarité et des conditions de travail difficiles. Quant aux profils, ils varient toujours entre personnes sous contrainte et indépendantes. C’est plutôt l’origine des migrantes qui change régulièrement.

Comment intervenez-vous auprès des filles prisonnières de réseaux ou, au contraire, qui se prostituent très ponctuellement?

L’anonymat total est primordial. Si on sent que quelque chose cloche, on s’efforce de garder le lien mais nous ne contactons jamais la police. On fait de l’accompagnement et ça n’ira pas plus loin si la personne n’est pas prête. Hors de question de dévoiler une identité et de mettre la fille en danger. Pour la prostitution ponctuelle, nous réfléchissons à des moyens pour atteindre la sphère Internet. Nos messages de prévention doivent toucher le plus grand nombre.

«L’anonymat total est primordial. Si on sent que quelque chose cloche, on s’efforce de garder le lien»
Silvia Pongelli, directrice de Fleur de Pavé

Vous souhaitez aussi atteindre les travailleurs de tous les sexes?

Oui, nous venons de mettre en place une permanence hebdomadaire à destination des hommes prostitués. En parallèle, nous intervenons aussi auprès des transsexuels. Ce sont des réalités moins connues, moins visibles, peut-être encore plus taboues, mais ils doivent pouvoir compter sur nous. Actuellement, nous essayons de définir où et comment cette prostitution existe.

Les clients entrent-ils dans votre champ d’action?

Nous avions le projet «Don Juan», arrêté pour des raisons financières. Nous aimerions pouvoir les informer, discuter du respect ou des prestations, par exemple, mais aussi les écouter. Ils ont aussi besoin de parler, de pouvoir le dire.

Il y a les difficultés pratiques, mais aussi les obstacles moraux…

Oui, c’est une activité économique légale mais pas admise et peu respectée. C’est quelque chose qui est là et qui a le droit d’exister, donc arrêtons de nous cacher derrière des théories. On peut penser que c’est nécessaire ou au contraire que ce n’est pas normal, toujours est-il que c’est une réalité et qu’il faut la prendre en compte.

Pour vos 20 ans, vous mettez en place un festival, quel est l’objectif?

Aller à la rencontre de la population et donner la parole aux prostitué(e)s. Nous ne voulions pas de conférences ou de débats, donc nous avons choisi le langage artistique. Le but, c’est d’aller dans les tripes des gens, dans leurs émotions, et de travailler sur les idées préconçues. (24 heures)

Créé: 18.11.2016, 08h48

Articles en relation

Confiner les prostituées, une décision à risques

Lausanne Fleur de Pavé, association qui défend les droits des travailleurs du sexe depuis vingt ans dans le canton, a listé les problèmes que causerait la réduction du périmètre de prostitution. Plus...

Un local, mais moins de rues pour les prostituées lausannoises

Projet La Ville soutient l’installation d’une structure d’accueil fixe, mais interdit le racolage à la rue de Genève. Plus...

Le festival

Samedi 19 novembre Représentation spéciale de la pièce Un métier pas comme les autres, à 19 h 30 au Théâtre Sévelin 36; entrée 15 francs. Puis discussion libre avec les acteurs et l’équipe de Fleur de Pavé. Sur réservation.

Egalement Performances de rue à Lausanne, à Payerne et à Yverdon.

Dimanche 20 novembre Projection privée du documentaire Impasse d’Elise Shubs au Théâtre Sévelin 36, à 11 h. Puis possibilité de brunch dès 13 h. Sur réservation.

Réservation au 079 339 57 51 et à secretariat@fleurdepave.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Des dizaines d'automobilistes ont été bloqués dans le Chablais, pendant plusieurs heures pour certains. La situation était également chaotique sur les routes secondaires parsemées de congères.
(Image: Bénédicte) Plus...