Passer au contenu principal

«L'homophobie n'a plus sa place à l'école»

Haidar Hussain dénonce depuis ses quatorze ans les ravages des comportements homophobes dans les préaux

Haidar Hussain, 20 ans, coordinateur de la Commission Jeunes VS Homophobie du Conseil des Jeunes de Lausanne.
Haidar Hussain, 20 ans, coordinateur de la Commission Jeunes VS Homophobie du Conseil des Jeunes de Lausanne.
FLORIAN CELLA

Son combat est désormais inscrit dans la loi vaudoise sur l’enseignement obligatoire (LEO). Haidar Hussain n’a que 14 ans lorsqu’il crée, en 2010, la commission Jeunes VS Homophobie au sein du Conseil des Jeunes de Lausanne. Choqué par les insultes qui fusent dans les préaux, l’adolescent monte une exposition sur l’homophobie en milieu scolaire pour «briser un tabou» et initier une réflexion. Conçue comme un événement unique, l’expo est immédiatement plébiscitée par les établissements secondaires. Les réservations s’enchaînent, depuis six ans, dans l’ensemble des cantons romands. Une version rafraîchie dite «2.0» sera présentée en mai prochain au Forum de l’Hôtel de Ville. «Nous allons aussi traduire les panneaux en allemand et en anglais», ajoute Haidar Hussain. Rencontre avec un jeune homme déterminé.

Imaginiez-vous un tel retentissement lorsque vous vous êtes lancé dans la bataille contre l’homophobie à l’école?

Pas du tout. En 2012, en pleine révision du règlement d’application de la loi sur l’enseignement obligatoire (RLEO), la commission Jeunes VS Homophobie a formulé une demande d’insertion d’un article. Sans trop y croire. Notre proposition a été retenue par le Conseil d’Etat. Une grande surprise! Le fait que la «bible» des établissements secondaires stipule clairement que les élèves doivent s’abstenir de toute violence à caractère homophobe constitue une grande victoire. C’est une base symbolique sur laquelle s’appuyer; une reconnaissance que cette discrimination liée à l’orientation sexuelle existe et ne doit plus exister. En intégrant ces questions, le Canton de Vaud fait figure de précurseur au niveau national, voire international. L’homophobie n’a plus sa place au sein de l’école.

Constatez-vous déjà des effets?

L’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire (PSPS) nous a rapporté que 29 établissements secondaires vaudois – soit un tiers – font mention directe, dans leur règlement, du problème de l’homophobie et de la transphobie. Les insultes comme «pédé», «tapette», «enculé», «pédale» ou «gouine» sont récurrentes dans les cours de récréation. Pour une victime directe ou indirecte, savoir que le règlement de l’école dénonce ce type d’attaque est important et peut encourager à parler. Cela fournit aussi une base aux enseignants et aux infirmières scolaires pour mener des actions de prévention. L’exposition s’accompagne d’ailleurs d’un encadrement sur mesure pour chaque établissement, mené en partenariat avec l’association VoGay. Des bénévoles organisent des visites guidées et le climat au sein de l’école est analysé.

La situation est-elle toujours aussi grave?

Extrêmement grave. C’est à l’école que le rejet et la discrimination liés à l’orientation sexuelle sont les plus visibles. Le fait d’évoluer dans un milieu hostile va freiner les jeunes dans leurs études et engendrer des troubles allant du mal-être à la dépression. Les victimes de discrimination ont tendance à se replier sur elles-mêmes, avoir honte, ne pas en parler. Petit à petit, leur confiance en elles va diminuer. Cela peut aboutir à une tentative de suicide. En plus des insultes et de la violence physique, une forme de violence plus insidieuse fait beaucoup de dégâts. Un jeune de 13, 14 ou 15 ans, en plein questionnement sur son orientation sexuelle, n’a pas d’exemple positif de développement et d’évolution. Les représentations des LGBTIQ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres, Intersexes et Queer) sont plutôt négatives dans notre société. Résultat: certains adolescents sont dans une souffrance absolue, freinés dans leur épanouissement par un environnement non validant.

Les mentalités n’ont-elles pas évolué?

Un parent, même s’il se dit ouvert sur la question, pourrait avoir une réaction difficile à un coming out parce qu’il imagine que le fait d’être homosexuel va empêcher son enfant d’être heureux. Un jeune Noir victime de racisme peut trouver du soutien au sein de sa famille, par exemple. Un jeune gay qui se fait traiter de «pédé» à l’école, par contre, ne va pas forcément en parler à ses parents par peur des questions, voire d’une réaction hostile. Les LGBTIQ sont toujours vus comme «anormaux». Il faut que cela cesse.

«Jeunes VS Homophobie 2.0», du 9 au 20 mai 2017 au Forum de l’Hôtel de Ville.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.