«L’homophobie est bien une réalité à l’école»

PréventionRenens a lancé toute une semaine d’actions contre les préjugés. Nicolas Perelyguine, délégué à la jeunesse, explique pourquoi.

Le temps d’une semaine, Nicolas Perelyguine éveille la conscience des jeunes renanais face à l’homophobie, la transphobie et le sexisme.

Le temps d’une semaine, Nicolas Perelyguine éveille la conscience des jeunes renanais face à l’homophobie, la transphobie et le sexisme. Image: Analou Delémont

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Depuis lundi, Renens est parti à l’assaut des préjugés à l’école en organisant une semaine d’actions contre l’homophobie, la transphobie et le sexisme. Rencontre avec la cheville ouvrière de ce projet, Nicolas Perelyguine, responsable du Service de la jeunesse.

- L’homosexualité pose-t-elle problème chez les jeunes?

- Nous avons deux sons de cloche. Pour certains, l’homosexualité est une évidence. Ils ont des amis gays et ne voient pas où pourrait être le souci. Pour d’autres, c’est un problème, en raison de leur religion notamment.

- A Renens la multiculturelle, y a-t-il plus de tabous autour de l’homosexualité?

- J’ai entendu des gens dire que le rejet de l’homosexualité doit être plus fort ici. Mais je ne pense pas que ce soit différent. En tout cas, nous n’avons pas organisé cette semaine à Renens à cause du phénomène de mixité culturelle. Et cela n’a pas été un obstacle. Aucun parent n’a refusé que son enfant participe.

- Comment est née l’idée de cette semaine d’action contre l’homophobie?

- Il y a trois ans, j’ai visité une expo organisée sur ce thème par le Conseil des jeunes de Lausanne. Je me suis dit: «Il nous faut ça chez nous.» Mais nous voulions impliquer les écoles et d’autres partenaires comme Profa et VoGay, et faire en sorte que les jeunes viennent. La réception a été très positive. Pour les enseignants, l’homophobie est clairement une réalité en milieu scolaire.

- D’où viennent les réflexes homophobes chez les jeunes?

- Essentiellement de l’ignorance. On ne parle pas suffisamment de ces questions. Aujourd’hui, on peut avoir l’impression que la tolérance de l’homosexualité est un acquis. Les médias en parlent, les stars font leur coming out. Mais quand on demande à un garçon «Tu as une copine?» c’est déjà une façon de parler qui exclut. Les jeunes nous disent que «sale pédé» est une insulte comme une autre. C’est avec ça qu’il faut arrêter.

- Vous avez organisé un atelier de contes dès 6 ans. Faut-il parler très tôt de ces thèmes?

- Je pense, oui. Bien sûr, il faut que ce soit adapté selon l’âge des enfants. J’ai en tête un livre de contes parlant d’une princesse qui n’aimait pas les princes. Il s’agit simplement de montrer qu’il n’y a pas qu’un seul type de famille ou de couple.

- Organiser une telle action, est-ce un acte militant?

- Je n’irais pas jusqu’à dire ça. En tant que Service de la jeunesse, nous devons être proactifs et lancer des projets de prévention. En l’occurrence, il s’agit d’abord de prévenir le rejet, de s’adresser aux jeunes qui se posent des questions, sans oublier tous ceux qui ne s’en posent pas.

- Comment la Municipalité s’est-elle engagée?

- Elle a d’abord très bien accueilli le projet. Puis, quelque temps après, Marianne Huguenin (ndlr: syndique de Renens) m’a appelé pour me dire qu’elle souhaitait apporter quelque chose à cette semaine. Elle participera vendredi à une activité destinée aux élèves avec d’autres personnalités. Elle est homosexuelle, elle l’a dit, mais c’est aussi la syndique, et surtout un bel exemple de réussite pour les jeunes. C’est aussi cela qu’on veut montrer: chez une personne, l’homosexualité est une caractéristique parmi d’autres.

Créé: 29.10.2015, 09h52

Le rejet n’a plus droit de cité à l’école

L’établissement secondaire du Léman, à Renens, pourrait bien changer son règlement afin d’interdire clairement les discriminations en raison de l’orientation sexuelle. Comme le confirme son directeur, Alberto Angeretti, une réflexion est en cours en parallèle de la semaine d’actions organisée par la Ville.

C’est que, depuis 2013, la lutte contre l’homophobie à l’école a obtenu ses premières bases légales avec l’entrée en vigueur de la loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) au niveau cantonal. D’abord, le règlement d’application de la loi stipule clairement que les élèves doivent s’abstenir de toute violence à caractère homophobe. Ensuite, il encourage toutes les initiatives destinées à combattre les discriminations liées aux préférences sexuelles.

Depuis ce changement, les écoles du canton se mettent petit à petit à la page en adaptant leur règlement. Pour Alberto Angeretti, il s’agit surtout d’une démarche importante symboliquement. Certes, son établissement n’est pas resté inactif contre l’homophobie, mais cela n’a pas empêché plusieurs élèves de l’interpeller pour que l’école saute le pas.

Pour VoGay, ces avancées légales posent enfin la légitimité des actions de prévention comme celle organisée à Renens cette semaine. «Désormais, les écoles sont clairement dans leur rôle quand elles s’engagent de cette manière. S’il y a des réactions négatives, elles peuvent se référer aux lois qui régissent la vie scolaire», explique Florent Jouinot, de l’association vaudoise.

Infos pratiques

Semaine d’actions contre l’homophobie, la transphobie et le sexisme Jusqu’à vendredi, dans divers lieux de Renens
www.renens.ch

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