«L’impréparation» de Lausanne pointée du doigt

Sans-abriLes élus lausannois réagissent aux propos tenus par le municipal socialiste Oscar Tosato.

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La petite phrase aura au moins eu le mérite de mettre tous les bords politiques d’accord. Qualifier une partie des sans-abri de «touristes», comme l’a fait le municipal socialiste Oscar Tosato au TJ de la RTS samedi dernier, constitue une erreur ou du moins une maladresse, selon les élus lausannois. Le président du PS de la ville, Benoît Gaillard, explique pourtant que le terme peut légitimement être utilisé, même s’il concède qu’il «peut être mal compris». «Il s’applique juridiquement à ceux qui ont un statut légal dans n’importe quel pays d’Europe, y compris au titre de l’asile, et ont le droit de passer 90 jours en Suisse. C’est pour les différencier des personnes qui ont un permis de séjour durable que ce terme est utilisé.»

Mais c’est aussi le reste de l’interview donnée qui fait réagir, alors qu’on estime à une centaine le nombre de personnes qui passent la nuit dehors à Lausanne ces jours-ci. Sur le fait que l’abri PCi de la Vallée de la Jeunesse ne soit pas encore ouvert (il le sera mercredi) alors que le froid n’a pas attendu la date d’ouverture pour arriver, le clivage gauche-droite reste très léger. Au sein de la gauche radicale, on martèle: «Avoir un toit est un droit, dit l’élu de SolidaritéS Pierre Conscience. Le plan grand froid arrive un peu tard, il mériterait vraiment d’être adapté.» Le PDC Axel Marion et son collègue Manuel Donzé déplorent le manque d’anticipation de la Ville à ouvrir l’abri hivernal. La Verte Alice Genoud souhaite davantage de «flexibilité» dans ce système. Tous soulignent la récurrence de la problématique.

«Nous sommes un pays parmi les plus riches et on tolère que des gens y vivent comme dans les pays parmi les plus pauvres»

C’est à la question de savoir si Lausanne fait assez en matière d’accueil d’urgence que les oppositions réapparaissent le plus fermement. «Comme dans toutes les grandes villes, il y a des gens qui dorment dehors. On ne pourra jamais totalement empêcher cela», lâche Florence Bettschart-Narbel, présidente du PLR Lausanne. Pas une raison pour s’arrêter, au contraire, disent par exemple Manuel Donzé, Pierre Conscience ou l’indépendant de gauche Alain Hubler. «Il faut ouvrir davantage d’abris PCi, on en a les moyens et ça ne coûte pas des millions», dit le premier. «Nous sommes un pays parmi les plus riches et on tolère que des gens y vivent comme dans les pays parmi les plus pauvres», assène le dernier.

Le PLC Valentin Christe pointe la libre circulation des personnes, estimant qu’il n’appartient pas au Canton de Vaud et à Lausanne de fournir des lits à des personnes qui n’y ont pas droit. «Comme le dit le Prix Nobel d’économie Milton Friedman, on peut soit avoir un système social généreux, soit avoir des frontières ouvertes. Mais pas les deux.» Florence Bettschart-Narbel souhaiterait d’ailleurs avoir une meilleure connaissance du statut et de la provenance de ceux qui dorment dehors.

Benoît Gaillard rappelle que «la Suisse a accepté la libre circulation et l’absence de contrôles systématiques aux frontières. Cela a des effets déstabilisants qui affectent la prévisibilité des besoins en hébergement d’urgence. Il faudra, comme par le passé, adapter les capacités à la réalité. Mais le problème ne peut pas rester que Lausannois.» Alice Genoud va dans le même sens: «Personne ne devrait dormir dehors. Mais Lausanne fait déjà énormément, surtout en comparaison avec le reste du canton.» La question de la solidarité régionale, cantonale voire romande en matière de gestion des plus démunis, interpelle aussi le député Axel Marion. «Le rôle que joue Lausanne doit être reconnu au niveau du canton et devrait davantage être pris en compte dans la péréquation.» (24 heures)

Créé: 14.11.2017, 08h00

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