Jacques Dubochet et son Prix Nobel dopent la réputation de l'UNIL

ClassementLa distinction permet à l’université de faire un bond dans le classement de Shanghai. L’Uni apprécie, mais garde la tête froide.

Jacques Dubochet a reçu le Prix Nobel de chimie le 10 décembre 2017

Jacques Dubochet a reçu le Prix Nobel de chimie le 10 décembre 2017 Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La progression est impressionnante. En une année, l’Université de Lausanne (UNIL) a gagné entre 50 et 100 places dans le classement de Shanghai, qui hiérarchise les universités du monde entier depuis plus de quinze ans. Étant le premier du genre, le ranking de Shanghai est une référence en la matière. L’université vaudoise pointe désormais entre la 100e et la 150e place (le ranking n’est pas plus précis au-delà de la 100e place), son meilleur classement à ce jour.


Notre édito: Un Nobel, et soudain l’UNIL brille


La raison de ce bond tient essentiellement en un nom: Dubochet. En effet, en décrochant le Prix Nobel de chimie en 2017 grâce à ses travaux en cryomicroscopie électronique, le scientifique morgien, professeur émérite de l’UNIL, a permis à l’institution de satisfaire à l’un des principaux critères du classement: compter un Prix Nobel parmi ses professeurs.

Hausse régulière
Critiqués notamment pour leur opacité (lire encadré), les classements n’en sont pas moins scrutés avec attention par les responsables académiques. Et ceux de Lausanne n’échappent pas à la règle. «La nette progression de l’université dans le dernier classement de Shanghai est très certainement due à un effet Dubochet», se réjouit Nouria Hernandez, rectrice de l’alma mater. Mais, enchaîne la biologiste, l’institution n’a pas attendu de pouvoir miser sur un Prix Nobel pour grimper dans la hiérarchie de Shanghai. «Depuis 2003, année du transfert de la chimie, des mathématiques et de la physique à l’EPFL, où nous avions baissé, nous améliorons notre position année après année. Les classements sont à prendre avec des pincettes, mais cette augmentation régulière n’en est pas moins significative.» La rectrice relativise: «Le lendemain de l’annonce du Nobel à Jacques Dubochet, nous n’étions pas meilleurs que la veille.»

«Le lendemain de l’annonce du Prix Nobel à Jacques Dubochet, nous n’étions pas meilleurs que la veille»

En filigrane, la retenue de la direction académique s’explique aussi probablement par le fait que les travaux qui ont permis à Jacques Dubochet de décrocher la distinction suprême n’ont pas été réalisés à Lausanne, mais à Heidelberg, il y a plus de quarante ans. «L’UNIL a eu le nez fin en m’engageant, plaisante le principal intéressé, avant de redevenir sérieux. Ils ne l’ont évidemment pas fait en espérant que je reçoive un prix Nobel vingt ans plus tard. L’institution me soutient depuis des décennies et Nouria Hernandez a raison: l’université n’est pas meilleure depuis que j’ai le Prix Nobel. Je savais que ça jouait un rôle dans certains classements, mais pas à ce point. Je trouve ça un peu artificiel.»

Impact dur à quantifier
Malgré tout, l’effet Dubochet est indéniable. Nouria Hernandez et Denis Dafflon, responsable des relations internationales de l’UNIL, reconnaissent d’ailleurs souvent rappeler à leurs interlocuteurs, en particulier à l’étranger, que leur institution compte un Prix Nobel. De quoi attirer de nouveaux étudiants – qui vont pour la première fois dépasser la barre des 15'000 – ou convaincre des chercheurs stars de rejoindre l’université? «L’impact sur les étudiants est dur à quantifier. Mais les classements sont très importants en Asie. C’est là que je l’évoque le plus, dans l’optique de la mobilité des étudiants», précise Denis Dafflon. «Les étudiants sont très attentifs aux classements, ajoute la rectrice. Quant à l’attractivité du Nobel pour les chercheurs, il est trop tôt pour le dire. Les procédures d’engagement sont longues et aucune n’a commencé depuis le prix. Mais nous ne jouons pas la carte Dubochet de cette façon et n’avons aucun problème pour attirer des talents.»

De son côté, Jacques Dubochet confirme qu’il n’a pas l’impression d’être instrumentalisé par la haute école lausannoise. «Qu’on rappelle mon prix à l’étranger, c’est de bonne guerre», ajoute le Morgien, qui préfère servir la cause de l’alma mater que de jouer les faire-valoir. «Je reçois énormément de sollicitations et d’invitations en tout genre, mais ce n’est pas moi qu’on invite, c’est mon Nobel. Si je sens que c’est ça, je décline.»

Créé: 27.08.2018, 06h36

Opaques et trop nombreux

Dans les universités, on adore les détester. On jure qu’on n’y prête pas trop attention, qu’ils ne valent rien, mais on ne peut s’empêcher de les scruter dès qu’ils sortent. Très médiatisés, les classements prennent de plus en plus d’importance, certaines universités, notamment en France, n’hésitant pas à des fusions monstres pour être mieux classées. Pour autant, nombre de responsables académiques critiquent l’opacité de leurs critères. «D’une année à l’autre, il arrive que l’on gagne ou que l’on perde des places sans comprendre pourquoi», indique Denis Dafflon, responsable des relations internationales de l’UNIL. Pour ne rien arranger, derrière les rankings de référence (Shanghai, Times Higher Education, QS et Université de Leiden), des dizaines d’autres sont apparus, chacun avec des critères différents.

Articles en relation

Le premier testament du prix Nobel

Littérature Jacques Dubochet partage ses pensées sur la vie et le sens de celle-ci dans un livre qui vient de paraître. A picorer, puis méditer! Plus...

Jacques Dubochet aura un collège à son nom à Morges

La Côte Le Prix Nobel a été honoré par la Ville vendredi. Le syndic a révélé qu’un établissement scolaire porterait son nom. Plus...

Le «génie» Jacques Dubochet honoré à l’UNIL

Prix Nobel Le Morgien a été ovationné et son travail salué par de nombreuses personnalités, lundi soir à Lausanne. Plus...

Le Prix Nobel vaudois n’a jamais étalé sa science

Rétrospective 2017 En à peine deux mois, le physicien morgien qui a «inventé l’eau froide» est passé de l’ombre à la pleine lumière. Jacques Dubochet aura marqué l’année par sa simplicité et sa spontanéité. Plus...

Jacques Dubochet est entré dans l'histoire

Distinction Arrivé mardi en Suède, le scientifique vaudois a reçu dimanche le Prix Nobel de chimie. Récit de ces instants qui ont marqué sa vie à jamais. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.