Jean Garzoni a rangé son gilet d’aventurier

Carnet noirLe fondateur du Vivarium de Lausanne s’en est allé. Sa passion est restée intacte jusqu’au bout.

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La concomitance est troublante: Aquatis a ouvert depuis moins d’un mois et Jean Garzoni s’en est allé. Comme si le fondateur du Vivarium de Lausanne (fermé en décembre 2015) pouvait partir serein, à 88 ans, maintenant que les bêtes qu’il a choyées toute sa vie sont de nouveau visibles par le public après avoir déménagé dans le nouvel aquarium-vivarium.

Depuis la nuit de vendredi à samedi, des générations d’écoliers lausannois sont orphelins de celui qui, inlassablement, est passé dans les classes pour leur parler des reptiles. «Qui n’a pas connu José ou Max le python? Il avait une joie à transmettre, cela ne le dérangeait pas de répéter vingt fois la même chose, pour démystifier ces animaux, pour qu’on évite de tuer des serpents inutilement», souligne Daniel Cherix, professeur honoraire de l’UNIL et auteur d’un livre* sur Garzoni.

Connaître, pour ne plus avoir peur et pour protéger. Sans doute un héritage de sa propre expérience. À 10 ans, Jean Garzoni est piqué par le virus quand le célèbre professeur Bruno Galli-Valerio lui fait découvrir les vipères à cornes du désert. Un amour incoercible pour les reptiles était né. Très vite, Jean aide au zoo privé de Riant-Soleil. Si bien qu’à 12 ans il avait déjà 50 animaux chez lui! «Il recevait des reptiles en échange de ses coups de main puis les étudiait dans des livres», raconte Daniel Cherix.

Un varan né dans l’avion

Toute sa vie, Jean Garzoni n’aura de cesse d’enrichir sa collection. Alors qu’il rapportait un œuf de varan des Philippines, le saurien était né dans son sac, dans l’avion. Apprivoisé, cet énorme varan (2,50 m de long) refusait de manger si Garzoni s’absentait trop longtemps. Autre relation surprenante, celle avec le grand duc Clap-Clap, trouvé petit et mourant de faim en 1972 en Anatolie et ramené après un long périple en Iran. L’oiseau saluait son parent de substitution par d’affectueux cris perçants dès qu’il entendait sa voix. En 1998, Jean Garzoni racontait à 24 heures: «J’avais un python qui me suivait partout. Un jour je l’ai fait nager dans une piscine où se préparait une course de natation. Il allait si vite que le lendemain les nageurs ont voulu se mesurer à lui. Mais, alors qu’il avait beaucoup apprécié son bain la veille, il est aussitôt ressorti de l’eau, parce qu’elle avait été chlorée.»

Cet original a connu un temps où on payait le boa au centimètre, et où il était possible de traverser les frontières avec un serpent dans sa chemise. Infatigable globe-trotter, Jean Garzoni «était un petit bonhomme qui ne payait pas de mine mais pouvait passer trois jours sans manger s’il fallait trouver une espèce sur le terrain», souligne Daniel Cherix. À l’aise seul dans le désert, il soulevait un caillou dès qu’il s’arrêtait. Laurent Flutsch, directeur du Musée romain de Vidy, a voyagé avec lui en Namibie. «Nous avons fêté ses 80 ans là-bas. Dès qu’il avait bu son café, il partait crapahuter dans les dunes pour trouver des traces. Sa passion et son enthousiasme étaient intacts. Plus âgé que mon père, il était davantage en forme et tout-terrain que nous qui étions plus jeunes.» Jusqu’à l’an dernier, Jean Garzoni gravissait d’ailleurs le mont Ventoux à la recherche de la vipère d’Orsini.

Laurent Flutsch gardera le souvenir d’un «merveilleux ami, généreux et intarissable sur ses aventures, lui qui avait rencontré des Pygmées ou s’était fait piquer par des frelons». Dans l’éternel gilet à poches de l’aventurier trônaient toujours des cigarettes sans filtre. Fumeur invétéré à la chance incroyable: il réchappa à trois morsures, au tremblement de terre d’Agadir en 1960 et à un crash d’avion en 1976, qui coûta la vie à Pierre Gianadda. «Libre penseur, il était intelligent mais pas intellectuel», selon Laurent Flutsch. «Son seul défaut est que son savoir lui suffisait, il n’a jamais publié, alors que, pour certains scientifiques, une indication n’a de valeur que si elle est référencée», constate Daniel Cherix.

Une œuvre d’intérêt public

Jean Garzoni a collaboré avec le CNRS, l’Institut Pasteur ou le spécialiste mondial des scorpions. «On lui a même proposé une chaire à l’Université de Shanghai», souligne Laurent Flutsch. Il a aussi rendu de nombreux services à la collectivité: récupération de reptiles abandonnés, formation de policiers et pompiers, recherche en sérologie et appui aux hôpitaux en cas de morsure.

Son vivarium, installé en 1970 à Sauvabelin, a accueilli 16 000 visiteurs annuels (30 000 les bonnes années). Jusqu’au bout, il a vécu sur place, dans son appartement-musée aux objets de partout. (24 heures)

Créé: 19.11.2017, 21h29

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