«Je laisse un hôpital qui a fait sa place, élu neuvième meilleur du monde»

SantéPierre-François Leyvraz prend sa retraite: il quitte la tête du CHUV à la fin de l’année. Interview bilan.

Le professeur Pierre-François Leyvraz est entré au CHUV en 1981. L'orthopédiste dirige le navire depuis onze ans. Le 1er janvier 2020, il cédera sa place à l'actuel chef des Soins intensifs, Philippe Eckert.

Le professeur Pierre-François Leyvraz est entré au CHUV en 1981. L'orthopédiste dirige le navire depuis onze ans. Le 1er janvier 2020, il cédera sa place à l'actuel chef des Soins intensifs, Philippe Eckert. Image: FLORIAN CELLA

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Il n’y aura pas de troisième prolongation de mandat. Âgé de 70 ans, le professeur Pierre-François Leyvraz prendra sa retraite à la fin de l’année, après trente-huit ans de carrière au CHUV. L’orthopédiste a gravi tous les échelons de la grande maison, jusqu’à être nommé directeur général en 2008.

Dans quel état d’esprit quittez-vous vos fonctions?
C’est la fin d’une vie professionnelle dévolue à la médecine et à l’hôpital. Je pars serein: je laisse une direction qui fonctionne bien, avec un comité de première valeur. C’est moi qui suis allé chercher mon successeur, Philippe Eckert, pour diriger les Soins intensifs. Il connaît bien l’institution et a le respect de ses pairs. Je lui laisse un hôpital qui a fait sa place. Le CHUV a été élu neuvième meilleur hôpital du monde par le magazine «Newsweek». Je pense qu’on est bien armé pour conserver cette place mais cela reste fragile. Il faut offrir de bonnes conditions de travail aux employés pour les garder.

De quoi êtes-vous particulièrement fier?
Je crois que j’ai réussi à fédérer des équipes autour d’une vision commune: un hôpital où s’allient médecine de pointe et humanité, accueil et empathie.

Pourtant, le CHUV est souvent taxé d’usine…
On a progressé nettement dans la voie d’un hôpital humain. Cette valeur est d’ailleurs inscrite dans le plan stratégique. Quand je suis arrivé, j’ai été étonné par le nombre de plaintes. Nous avons fondé l’Espace Patients & Proches en 2012. J’ai alors compris qu’une bonne part des reproches étaient dus à des discontinuités de prises en charge ou à des erreurs de communication. Une charte du comportement des collaborateurs vient de sortir; elle précise ce qu’on attend d’eux au-delà des compétences techniques. Elle sera jointe au contrat de travail. Cette culture se diffuse dans les services, peu à peu. Je sens une évolution. Mais il ne faut pas lâcher. Ce qui est sûr, c’est que le climat global dans cette institution et dans le Canton a permis de recruter des personnes de très haut niveau, comme le chef de l’oncologie, George Coukos. Cette année, le CHUV a été élu employeur le plus attractif de Suisse dans le domaine de la santé (source: enquête Universum).

Vous avez porté deux partenariats publics-privés critiqués: le Centre de chirurgie ambulatoire et l’Hôtel des Patients.
Ce sont des réalisations visionnaires. Plusieurs hôpitaux se penchent sur le modèle lausannois. Les cas augmentent en chirurgie ambulatoire (Ndlr: un centre sous-utilisé, selon un audit de la Cour des comptes). Pour l’Hôtel des Patients, on a atteint l’équilibre financier et l’année prochaine nous serons bénéficiaires. Le lieu a soulagé la gynécologie-obstétrique, saturée. On savait que ces deux structures ne se rempliraient pas immédiatement. Mais ce sont des solutions qui nous donnent de l’air et vont vite se remplir.

D’énormes chantiers sont en cours: Cery, l’Hôpital des Enfants, le Biopôle… Le programme sera-t-il tenu?
Achever ces chantiers en 2025 sera le gros défi. Il reste encore la moitié à faire. Il faudra ensuite faire fonctionner ces structures avec les moyens à disposition. Cela passera par des réorganisations dans les services. L’État nous a donné une somme considérable pour moderniser et agrandir l’hôpital. Ce gros bateau qu’est le CHUV n’est pas encore au port. Mais on voit la terre!

Le PLR veut faire du CHUV un établissement autonome de droit public et non plus un service de l’État. Que vous inspire le débat sur la gouvernance?
En tant que chef de service, je ne m’exprime pas sur ce sujet éminemment politique. Ce que je peux dire, c’est que mon expérience de ce type de gouvernance a été extrêmement positif. J’ai vécu onze années de relations directes et franches avec le conseiller d’État Pierre-Yves Maillard. Il y a eu un alignement de planètes. On ne pouvait pas rêver mieux comme collaboration.

Créé: 21.11.2019, 06h52

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