Lausanne effaçait ses graffitis, maintenant elle les expose

Art urbainLes graffeurs retracent l’histoire de leur street art dans une exposition adoubée par les autorités

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Les temps ont changé. Longtemps stigmatisé par les médias, conspué par les bonnes gens et effacé par les autorités, le graffiti a les honneurs du Forum de l’Hôtel de Ville, l’espace officiel d’exposition de la Commune de Lausanne.

L’initiative trouve sa source dans un mouvement d’indignation. En 2014, le parc de la Brouette, à Chauderon, est réhabilité par les autorités. Sans prévenir les artistes, celles-ci font effacer la fresque réalisée lors d’une «jam» (rencontre de graffeurs) officielle internationale. Des «writers» dénoncent la disparition d’un pan d’histoire du graff’et interpellent le délégué à la Jeunesse, Tanguy Ausloos. L’idée d’une exposition germe. Un groupe de graffeurs du cru exhume archives et souvenirs pour proposer une plongée très riche dans l’histoire du graffiti lausannois. «C’est une carte de visite géante, en plein centre-ville, à un milieu ostracisé et combattu», se réjouit Tanguy Ausloos.

Contre nature?

Une pratique aux accents parfois contestataires s’expose donc dans la maison communale. Contre nature? Victor*, l’un des graffeurs confirmés qui a œuvré à la mise sur pied de l’exposition, réagit mais préfère garder l’anonymat. Il n’a pas le sentiment d’être récupéré. «Cette expo, c’est une certaine reconnaissance. Il a longtemps fallu se battre avec les autorités.» Le graffiti est, rappelle-t-il, «une activité artistique comme une autre, pas forcément contestataire. Certains ne peignent que dans l’illégalité, d’autres jamais, et d’autres font les deux.» Dans le milieu, tout le monde ou presque se connaît. Victor sait faire parler les tags, identifiant l’auteur et l’époque.

L’expo évoque les mouvements de répression et l’image souvent négative véhiculée par les médias. Elle fait aussi la part belle à l’évolution des styles, des techniques et du matériel. «Au début, à Lausanne, on ne trouvait qu’un modèle de spray, se souvient Victor. Depuis, tout un business s’est développé. Il y a un vrai marché du graffiti. Des œuvres se vendent 100 000 francs aux enchères…» Vous ne savez pas ce qu’est un fat cap, un blaze, un black book ou un flop? Un lexique éclaire les visiteurs de l’expo.

Premiers tags en 1985

Né aux Etats-Unis au début des années 70, le graffiti débarque dans la capitale vaudoise vers 1985. Les premiers tags fleurissent, puis les graff’, œuvres d’adolescents séduits par la culture hip-hop. Les autorités dénoncent.

Premier tournant en 1992: les passages souterrains de Chauderon et de la Maladière sont mis officiellement à disposition des graffeurs. Ailleurs, la répression policière fait rage. «Pendant dix ans, plus aucun lieu ne nous a été ouvert, raconte Victor. Il y avait de plus en plus d’adeptes et trop peu d’endroits à notre disposition. Du coup, on a organisé une jam sauvage en 2002 devant l’Eracom.» Les autorités acceptent de légaliser l’usage du spray en ce lieu.

Sous l’ère du délégué à la Jeunesse Claude Joyet, le dialogue est rétabli et les autorisations se font plus régulières. Son successeur, Tanguy Ausloos, évoque de «bons? contacts» entre le milieu et la Commune. «Je reçois des demandes de gérances ou de privés qui veulent réaliser une fresque. Ou, inversement, les artistes nous demandent des autorisations pour des lieux qu’ils ont repérés.»

Aujourd’hui, Lausanne est l’une des villes suisses qui propose le plus grand nombre de «Hall of Fame» (sept), ces murs autorisés pour la pratique d’un graffiti de qualité, chasse gardée des artistes confirmés. Certains, comme Victor, vivent de leur art.

Quant aux plaintes pour tags illégaux émanant de propriétaires, leur nombre reste stable: 217 en 2015, soit 20 auteurs déférés, dont 8 mineurs.

* Prénom d’emprunt

Créé: 13.05.2016, 21h19

L'expo

«Couleurs sur la ville. Histoire du graffiti à Lausanne»
Jusqu’au 21 mai au Forum de l’Hôtel de Ville.
Ateliers démonstration ce samedi.

Des ateliers pour s’initier au street art

Chaque année, depuis 2005, la Ville de Lausanne propose à de jeunes adolescents de 13 à 18 ans des ateliers d’initiation à l’art du graff’.

Pour l’édition 2016, c’est le quartier de Grand-Vennes qui accueille ces ateliers pratiques de bombage. Trois murs de l’établissement scolaire d’Isabelle-de-Montolieu ont été mis à disposition des graffeurs. «Tout le monde est le bienvenu, pas besoin d’être du quartier», affirme Virginie Huguet, cheffe du projet Paysage éducatif Grand-Vennes.

Encadrés par trois artistes confirmés de la région, une dizaine de graffiti-artistes en herbe se sont mis à griffonner des esquisses hier après-midi malgré le temps pluvieux.

Entre des informations sur l’histoire du street art et les techniques de peinture, les jeunes participants reçoivent des consignes claires avant de commencer à peindre. «Il faut être le plus proche possible du mur, ne pas regarder la main quand on peint, mais plutôt là où on veut aller et puis porter un masque parce que ce qu’il y a dedans, ce n’est pas bon pour nos poumons!» répète Elena, passionnée par cet art urbain.

Parmi les jeunes, tous motivés, c’est Liam qui affiche le plus sa hâte. Arrivé le premier sur les lieux, il se dit bon en dessin. «Sur feuille, ses créations vont bien. Après, il faut voir ce que ça donne avec la bonbonne», confie son père qui l’accompagne.

A travers ces ateliers, la Ville permet ainsi à ces jeunes de redécorer des murs gris à coups de sprays colorés tout en les informant sur les limites légales de cette activité.

Selver Kabacalman


Les ateliers ont lieu encore ce samedi 14 mai de 14 h 30 à 18 h 30.

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