Lausanne passe son grand oral sur le climat

Conseil communalLes élus devraient débattre ce mardi soir de la grande annonce municipale d’août dernier en vue d’une «neutralité carbone» d’ici 2030.

Les manifestations des jeunes pour le climat réclament aujourd'hui des réponses des autorités.

Les manifestations des jeunes pour le climat réclament aujourd'hui des réponses des autorités. Image: JEAN-BERNARD SIEBER/A

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Foisonnant de sujets, le Conseil communal de Lausanne de ce mardi soir sera en partie consacré au climat. Après deux interventions en juin en vue d’un plan d’action et d’une déclaration d’urgence, la Municipalité a réagi rapidement, annonçant, deux mois plus tard, sa volonté d’atteindre la «neutralité carbone» d’ici à 2030. La communication faite en grande pompe à la fin de l’été doit maintenant passer au crible des élus de la ville. Le débat devrait être riche et animé.

Les postulants, la Verte Sara Gnoni et son collègue Johann Dupuis, d’Ensemble à Gauche (EG), travaillent tous deux dans la branche. Cela explique en partie pourquoi ils sont très critiques face au texte municipal.

Sara Gnoni demandait que la Ville «déclare l’urgence climatique». Le Canton l’a fait, de même que plusieurs autres collectivités publiques. L’Exécutif lausannois s’y est refusé, jugeant cette tournure symbolique et faisant valoir que sa préoccupation pour le climat ne date pas d’aujourd’hui.

«Un sens de l’urgence auprès des élus»

Au téléphone, la conseillère communale déplore que l’on fasse l’économie de cette annonce. Si elle en admet le caractère symbolique, elle y voit une utilité directe: «Il s’agit surtout d’instiller un sens de l’urgence auprès des élus et de la population. Nous devons dire la vérité sur l’urgence environnementale et climatique. Si nous comprenons qu’il y va de notre survie, il sera plus facile d’accepter que nous devons vivre dans les limites planétaires.»

Autre élément de discorde lexicale, la notion de «neutralité carbone». Pour Johann Dupuis, cette dénomination utilisée dans le débat politique suisse peut impliquer la compensation des émissions de CO2 à l’étranger. «En utilisant cette expression, la Municipalité s’octroie le droit d’acheter des permis de polluer plutôt que de prendre des mesures réellement efficaces sur le territoire de la ville», assène-t-il.

En réponse à ces critiques, Grégoire Junod concède que le sujet de la lutte contre le réchauffement comprend de «gros enjeux de définition». Le syndic en a parlé avec son homologue de Zurich. «Nous sommes tous confrontés aux mêmes enjeux: au-delà des déclarations d’intention, un travail sérieux doit se faire pour préciser les mesures à prendre, ainsi que notre marge de manœuvre compte tenu des lois fédérales et cantonales. Dans tous les cas, nous avons besoin de travailler ensemble, non seulement avec les Villes mais aussi avec les Cantons et la Confédération.»

«Neutralité» à l’échelle locale

Romain Felli, conseiller communal socialiste, est lui aussi spécialiste du domaine. Il parle d’un processus itératif où la définition se précise au fur et à mesure que les décisions se prennent. «La notion de neutralité carbone a un sens clair, indique-t-il. Elle renvoie au moment où l’on atteint l’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et leur absorption par des puits de carbone comme les arbres ou les sols. À l’échelle internationale, l’objectif de neutralité carbone est facilement concevable. À l’échelle locale, cela devient complexe. Nous savons combien une ville émet de CO2. Or il est difficile de calculer ce qui est absorbé à l’intérieur de la frontière communale.»

Tout comme l’ensemble de la gauche lausannoise, Romain Felli s’inscrit en faux contre les compensations à l’étranger, jugées peu effectives et peu éthiques. «En revanche, poursuit-il, nous devons avoir un «budget» des émissions en rapport avec les puits de carbone locaux, mais qui peuvent être situés en dehors de la frontière de la ville, dans la campagne avoisinante par exemple.»

En commission, ces questions de définition ont passablement occupé les élus. Dans son rapport, le PLR Henri Klunge relate que le «manque de clarté de cette définition a rendu beaucoup de discussions difficiles».

Un plan de mesures exigé d’ici à 2020

Plus concrètement, les ajustements de taxes d’électricité et les crédits pour les fonds du développement durable et de l’efficience énergétique demandés par l’Exécutif seront vraisemblablement acceptés. Mais la commission a exigé à cinq contre quatre avec deux abstentions un plan de mesures d’ici à 2020 et non 2021. Elle demande aussi à la Municipalité de revenir vite devant le Conseil.

Le débat ne se bornera pas aux définitions et au timing. Le PLC (dissident de l’UDC) produit quant à lui un rapport de minorité fustigeant le manque de précision des intentions municipales. Dans une salve d’amendements, il lui adresse ses recettes personnelles et la marche à suivre.

Selon Philipp Stauber, auteur du rapport, la rénovation des bâtiments scolaires peu étanches doit porter en priorité et immédiatement sur l’isolation avant de conceptualiser des réfections globales. Il propose un investissement de 100 millions sur trois ans au lieu des 18 prévus par le programme municipal. Autre exemple de mesure directe, il suggère de faciliter la tâche aux propriétaires privés en leur indiquant les meilleurs prix, fussent-ils en provenance de l’étranger.

Créé: 05.11.2019, 06h39

Les cas de Berne et Zurich

Pour l’élu d’Ensemble à Gauche Johann Dupuis, l’annonce de la Municipalité d’août dernier ressemble à une opération de communication. Il déplore que le préavis présenté à la fin de l’été permette de classer son postulat. Son texte demandait un plan climat avec des mesures concrètes. «Cette annonce est juste une manière de faire baisser la pression de la rue, analyse-t-il. Je ne pense pas que Lausanne soit pionnière dans la lutte contre le réchauffement. La Ville de Berne a déjà un plan climat depuis 2015. Zurich vise désormais le «zéro émission nette» en 2030, ce qui est plus ambitieux.»

Johann Dupuis estime aussi que la Municipalité enjolive son bilan en ne communiquant que sur les émissions de gaz à effet de serre par habitant qui diminuent alors que les émissions globales de la Ville de Lausanne sont en augmentation depuis 2013. À noter que cette manière de comptabiliser les émissions par «tête de pipe» ressort de la Convention internationale des maires, à laquelle Lausanne a adhéré.

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