Lausanne, phare mondial de la recherche sur le cancer

MédecineL’UNIL et le CHUV, reconnus pour leur excellence, sont choisis par une fondation pour jouer un rôle majeur dans la révolution qui va transformer le traitement de la maladie

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«C’est un jour historique pour l’Université de Lausanne», commente son recteur, Dominique Arlettaz. Un mécène américain, le Ludwig Cancer Research, a désigné l’Institut Ludwig de Lausanne, installé depuis le début des années 1970 dans la capitale vaudoise, comme site prioritaire pour bénéficier de son généreux soutien à la recherche fondamentale sur le cancer. Cette filiale de la Fondation Ludwig, une parmi douze disséminées à travers le monde, bénéficiera d’une concentration des moyens financiers de la fondation. Selon l’accord signé, quelque 300 millions de francs lui sont garantis pour mener ses recherches les trente prochaines années.

L’argent promis à l’Institut Ludwig de Lausanne couronne la stratégie vaudoise qui consiste, depuis quelques années, à fédérer les forces de plusieurs partenaires éparpillés à Lausanne et tous engagés dans la lutte contre le cancer. La recherche fondamentale est menée en partie à l’UNIL, en partie à l’EPFL, et la recherche clinique se focalise au CHUV en associant des oncologues en cabinet de la région.

En 2013, il a été décidé de réunir les forces sous l’égide d’un nouveau Centre suisse du cancer, associant les acteurs des trois institutions. Pour héberger ce centre, la construction d’un bâtiment emblématique, voisin du CHUV et baptisé Agora, est actée. L’investisseur est un autre mécène privé présent de longue date à Lausanne, la Fondation ISREC. Le premier coup de pioche sera donné encore cette année en retrait de la rue du Bugnon, celle qui conduit au CHUV.

Des atouts convaincants

«L’esprit coopératif symbolisé par le Centre suisse du cancer et Agora a fortement impressionné nos experts», confie le directeur scientifique de la Fondation Ludwig, David Lane. Son conseil d’administration n’a pas choisi à la légère de miser sur Lausanne. Une évaluation de plusieurs centres de recherche en Europe a été menée. Des audits poussés ont été effectués. Les principaux concurrents de Lausanne étaient les centres Ludwig de Heidelberg, d’Amsterdam et de Stockholm, glisse l’Américain établi entre New York et Singapour. Il fait l’éloge de la place lausannoise, heureuse élue: «L’expertise scientifique, informatique et en ingénierie que l’on y trouve est d’une rare richesse, et la communauté d’entreprises de biotechnologie y est grandissante.»

Tous ces atouts ont convaincu le Comité consultatif scientifique indépendant de la fondation américaine basée à New York et qui gère un fonds de 1,2 milliard de dollars destiné à soutenir le développement de nouvelles thérapies contre le cancer. L’Institut Ludwig de Lausanne devient, avec le centre Ludwig de San Diego (Californie) et celui d’Oxford (Grande-Bretagne), le troisième pôle prioritaire de recherche de la fondation.

Le choix de Lausanne a fait l’objet d’«intenses négociations» avec le Conseil d’Etat, explique son président, Pierre-Yves Maillard. Le Canton participe à l’effort. Il construira, à sa charge, un bâtiment dédié à l’oncologie et destiné à accueillir les chercheurs de l’Institut Ludwig, dont l’effectif augmentera. Déterminé depuis plusieurs années à soutenir la recherche sur le cancer et à renforcer la position de Lausanne dans les sciences de la vie, le gouvernement prévoit trois autres investissements immobiliers qui consolideront le partenariat UNIL-EPFL-CHUV et renforceront la recherche lausannoise en oncologie.

Un environnement unique

Recruté en 2012 pour diriger le département d’oncologie UNIL-CHUV, le professeur George Coukos est présenté comme l’artisan principal de ce coup spectaculaire. «Nous sommes en passe de construire un environnement unique à l’échelle mondiale», souligne-t-il. Spécialisé en immunologie, il voit l’immunothérapie comme la piste la plus prometteuse pour développer de nouvelles parades contre le cancer: «On peut désormais apprendre au corps à se défendre et c’est une chance de pouvoir faire profiter les Romands et les Suisses de ces progrès.»

Sa venue à Lausanne, depuis les Etats-Unis, doit beaucoup à l’autre cheville ouvrière du Centre suisse du cancer: le directeur de l’ISREC, l’Américain Douglas Hanahan. Sommité mondiale qui a découvert les «marqueurs» du cancer, ce professeur de l’EPFL fait la paire avec George Coukos pour placer Lausanne sur la carte mondiale de la recherche médicale.

Patron du CHUV, Pierre-François Leyvraz est aux anges: «Les briques s’ajoutent les unes aux autres et se complètent.» La recherche sur le cancer ayant des effets transversaux, il s’attend à un renforcement du CHUV dans toutes ses disciplines. A long terme, il pronostique rien de moins qu’un doublement du nombre de professeurs et de chercheurs en médecine à Lausanne. (24 heures)

Créé: 11.06.2015, 13h30

De la recherche mais aussi des soins

Les Américains du Ludwig Cancer Research voient grand. Le directeur scientifique de la fondation, David Lane, fixe le cap: «Nous voulons jouer un rôle majeur dans la révolution médicale qui va, à relativement court terme, transformer le traitement du cancer à l’échelle mondiale.» Le pari médical, c’est celui de l’immunothérapie, la discipline qui bouscule la recherche sur le cancer depuis quelques années – la spécialité du professeur George Coukos, figure-clé du Centre suisse du cancer, à Lausanne. En résumé, l’immunothérapie consiste à mobiliser le système immunitaire du patient pour qu’il lutte efficacement contre la tumeur. Cette technique a connu de premiers résultats spectaculaires, notamment pour des cancers réputés difficilement traitables, comme les mélanomes métastatiques ou le cancer de l’ovaire.

Le professeur George Coukos veut croire que la donne a déjà changé: «L’espoir n’est pas de retarder l’inévitable, mais d’en guérir.» En rapprochant chercheurs et cliniciens dans ce qu’il appelle des centres de recherche «translationnels», le spécialiste compte recruter plus vite les patients pour des essais cliniques novateurs. «Recherche et soins s’enrichissent mutuellement.»

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