A Lausanne, il y aura des légumes aux balcons

AlimentaireLa politique d’agriculture urbaine de la Ville veut faire le lien entre citadins et fermiers. Objectif: le produire local.

Des cours de jardinage «facile» aideront ceux qui désirent, comme Natacha Litzistorf, cultiver des légumes sur leur balcon.

Des cours de jardinage «facile» aideront ceux qui désirent, comme Natacha Litzistorf, cultiver des légumes sur leur balcon. Image: Patrick Martin

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«Cette politique, il faut la voir comme un manifeste.» Mardi, Natacha Litzistorf, municipale lausannoise en charge de l’Environnement, s’est doucement érigée contre la politique agricole de la Confédération. À l’ouverture des marchés, elle répond par une politique d’agriculture urbaine – la première pour une ville suisse, selon la Municipalité – qui remet des légumes dans l’espace urbain, des balcons jusqu’aux champs situés aux franges de la ville, voire sur l’alpage. Un crédit d’investissement de 1,5 million est sollicité auprès du Conseil communal.

La fonction nourricière de l’agriculture et l’alimentation durable sont le fil conducteur du projet communal. Aujourd’hui, une grande partie de ce qui est produit dans les sept fermes de la Ville (430 des 900 hectares de terres agricoles communales) est distribuée par le biais des filières industrielles nationales. Lausanne veut recréer un lien ville-campagne qui s’est un peu perdu et faire manger aux Lausannois ce qui pousse dans la région (en visant à terme le bio).

«Acupuncture urbaine»

Indirectement, c’est en favorisant l’essor de potagers en ville qu’elle pense y arriver. Elle le fait depuis 1996, en pionnière, en mettant à disposition des plantages (14 parcelles pour 380 jardiniers en 2017). Les longues listes d’attente témoignent de l’engouement des citadins pour ces espaces verts. Deux plantages supplémentaires par an seront réalisés d’ici à 2021 et ceux existants sont petit à petit redimensionnés. Dorénavant, la Ville veut aussi investir dans l’«acupuncture urbaine», soit la requalification d’espaces résiduels peu ou pas utilisés. Le pied des arbres, les interstices, certains lieux goudronnés qui seraient remis en terre… «Il suffit de 1 ou 2 m2 pour qu’une famille puisse se rendre compte de ce que c’est de jardiner», explique David Bourdin, responsable des domaines et du patrimoine à la Ville. Car le but est bien de faire comprendre l’importance de l’agriculture via le potager. Lorsqu’on cultive ses propres légumes, on a envie de cuisiner, de partager ses repas, de consommer des produits de saison… C’est aussi une lutte efficace contre le gaspillage alimentaire: «On ne jette pas ce qu’on a produit!» insiste Natacha Litzistorf.

La municipale cultive elle-même des tomates, des courgettes «et deux petits melons par année» sur sa terrasse. Elle prête un autre intérêt à ces minipotagers qui sont autant d’îlots de verdure sur les balcons: une régulation de la température en ville. Pour aider les apprentis maraîchers, la Ville mettra au point des cours de jardinage «facile», en guise d’incitation.

Pôle agroalimentaire

Ces actions sont le sommet d’un iceberg représenté par les producteurs professionnels, qu’ils soient liés à la Ville ou pas. Et même si elle ne vise pas la sécurité alimentaire – à Lausanne, on ne produit pas assez pour nourrir tous les Lausannois –, la Ville tend vers la souveraineté alimentaire. Pour favoriser ce «consommer local», des progrès sont à faire dans la transformation et la distribution des produits de la région. Déjà, la Ville alimente en partie ses cantines scolaires avec des produits de proximité. Elle veut davantage encore favoriser les circuits courts (publics ou privés).

Forte de différentes expériences plus ou moins réussies – des projets de passionnés inexpérimentés ont fait long feu –, la Commune va établir une cartographie des acteurs présents sur le terrain, les mettre en lien et mutualiser les ressources. Un des plus gros postes du crédit demandé (150'000 fr.) concerne un projet qui irait dans ce sens. «Nous aimerions à terme recréer un pôle agroalimentaire régional», explique Roland Schmidt, responsable des domaines communaux.

Le développement de parcs d’agglomération mêlant espaces agricoles et de loisirs (à l’image du projet de la Blécherette) devrait encore resserrer le lien ville-campagne. Mais la vision de politique urbaine lausannoise veut aussi aller au-delà des frontières communales. En ville pionnière, Lausanne s’emploiera à tisser ou à consolider des liens avec d’autres villes suisses ou internationales qui elles aussi favorisent l’agriculture urbaine.

Créé: 21.03.2018, 07h35

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