Lausanne n’a pas peur de jouer les promoteurs

LogementLa Ville a construit à tour de bras et équilibré ses loyers. Les objectifs fixés en 2012 sont atteints. Reste à construire encore, à rendre l’habitat flexible et à pouvoir rénover.

Aux Fiches, au nord de Lausanne, un quartier entier sort de terre.

Aux Fiches, au nord de Lausanne, un quartier entier sort de terre. Image: Vanessa Cardoso

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À la campagne, ce n’est pas une année à champignons. À Lausanne, en revanche, les logements publics poussent de tous les côtés. En Cojonnex, près des bois du Jorat, ils sont 255 à avoir déballé leurs cartons dans leur nouvel appartement cet automne. Étudiants à l’École hôtelière, ils ont emménagé dans un lotissement de 102 logements conçu par la Ville de Lausanne.

En face du CHUV, les ouvriers mettent la touche finale aux immeubles des Falaises. Les inscriptions pour obtenir l’un des 194 logements ouvriront en décembre. Il y en aura pour toutes les bourses.

Le résultat des promesses annoncées en 2012 par Grégoire Junod, alors dans ses habits de municipal responsable du logement. Il promettait de massivement augmenter la construction d’appartements. Une évidence, pour celui qui avait alors le contrôle d’environ 7% de la totalité du parc immobilier lausannois. «Le marché du logement reste largement en mains privées, rappelle le syndic socialiste de Lausanne. Une raison de plus pour que, sur nos terrains, nous ayons une politique claire et forte.»

Celle-ci est en partie un héritage de sa prédécesseur, Sylvia Zamora. «Elle avait bien commencé le travail d’identification de nos parcelles libres, poursuit Grégoire Junod. Le projet Métamorphose est venu s’ajouter à cela. Nous avons ensuite affiné mais aussi modifié ce recensement, notamment en raison de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire.» La LAT a par exemple fait passer à la trappe le grand projet En Vernand, dans le nord de la commune. Mais l’objectif des 3000 logements construits à l’horizon 2020 a tenu.

En 2014, 716 nouveaux lieux d’habitation ont été construits. En 2016, 735. Depuis l’an 2000, plus de la moitié des nouveaux logements construits à Lausanne l’ont été par les pouvoirs publics. «Nous sommes parvenus à avoir une politique ambitieuse de construction tout en préservant ailleurs du patrimoine bâti», rappelle Grégoire Junod. Le syndic estime que les réserves de territoire seront épuisées à l’horizon 2030. En plus du nombre, ce sont aussi les conditions d’accès à ses appartements que la Ville a voulu maîtriser. Le résultat se lit ci-contre. Si ce qui prévalait largement au début des années 2000 était la construction d’habitations subventionnées, l’ère Zamora a inversé la tendance pour la rendre totalement perméable au marché libre.

Grégoire Junod a, lui, lancé «ses» trois tiers. Comprendre: une répartition entre logements à loyers contrôlés, subventionnés et soumis au marché libre. Des proportions qui sont aujourd’hui atteintes pour les 3679 logements construits depuis l’an 2000. Mais, alors, Lausanne en a-t-elle fini avec les questions de logements? Loin de là. «Il est indéniable que, sur le segment du logement accessible, il y a une vraie carence», souligne le syndic. Ainsi, si Lausanne offre une grosse centaine de trois-pièces et demie vacants aujourd’hui, moins de dix sont à un prix «abordable», soit 1500 fr. ou moins. «La détente actuelle du marché est moins forte à Lausanne qu’ailleurs. Et elle n’existe que sur les logements chers. On a besoin de la Ville pour offrir des logements accessibles à tous.»

Cibler les besoins

Alors les autorités souhaitent poursuivre leur effort. Le plan des constructions jusqu’à 2020 est connu et amènera un millier de logements supplémentaires. Aux Plaines-du-Loup principalement. Natacha Litzistorf a repris les rênes de cette politique à l’été 2016. L’écologiste mise sur la qualité. «Plus on densifie, moins il y a de territoire disponible, plus nous devons être précis sur le type de logements que nous mettons à disposition.» Les services de la municipale lancent en ce moment une grande étude prospective pour les années à venir. Avec un questionnement pour les guider: à quelles catégories sociales manque-t-il quel type d’appartement? «Parce que nous ne pouvons pas simplement copier-coller la politique des trois tiers partout.»

Natacha Litzistorf entend aussi adapter l’offre aux «cycles de vie». «Pour le moment, notre politique ne permet pas de prendre en compte toutes les phases de la vie. Ce qui peut entraîner de la gentrification, mais aussi ce qui ne permet pas à des personnes seules, qui ne veulent vraiment plus rester dans des logements trop grands pour elles, de retrouver un logement plus petit, dans leur quartier, avec un loyer abordable. Alors que des familles ne trouvent pas plus grand et doivent quitter la ville. Il faut que nous puissions favoriser la circulation des ménages durant les cycles de vie.»

Corollaire architectural: l’écologiste et ses services doivent travailler sur la capacité modulaire des logements. «Les constructions doivent être souples et évolutives. Permettre, sur un même étage par exemple, de jouer sur une pièce qui pourrait venir agrandir un appartement ou se transformer en pièce indépendante», détaille l’élue. Et parce que le vide n’est pas infini sur les terres lausannoises, l’élue entend veiller à appliquer ses principes lorsqu’il s’agira de rénover les bâtiments en mains publiques. L’envie ou la nécessité de rehausser les immeubles, aussi, pourrait se faire une place.

Créé: 19.11.2018, 06h42

Le Canton salue les efforts du bon élève lausannois

Vue du Canton, la politique du logement de la capitale vaudoise séduit. «Lausanne a le souci, déjà ancien, d’avoir de la maîtrise foncière, car elle souffre beaucoup de la spéculation, dit Florian Failloubaz, chef de la Division logement. La Ville mène judicieusement cette politique foncière et maîtrise les ouvrages réalisés sur les terrains attribués en droit de superficie.»

Lausanne est quantitativement la commune la plus active sur le front du logement. Elle est, avec ses 7% de logements en mains publiques, au-dessus de la moyenne cantonale (5%). Mais, par exemple, encore en dessous de Zurich. «En Suisse romande, nous avons du retard», souligne Florian Failloubaz. Pour lui, ces faibles pourcentages ne veulent pas dire que l’action publique ne sert à rien dans ce domaine. «C’est à force de mettre des gobelets d’eau fraîche dans le chaudron bouillant que l’eau deviendra un peu plus tiède. Plus il y aura de logements à loyer contrôlé et abordable, plus il sera possible de lutter contre la spéculation qui s’exerce sur le marché libre.»
Le chef de la Division logement ajoute qu’il est aussi question de veiller à des catégories de la population qui ont un faible pouvoir d’achat. Les jeunes et les personnes âgées avant tout. «Mais il faut ensuite pouvoir les faire rester dans les centres.» Et quand il n’y aura plus de terrains constructibles? «Des droits à bâtir reviendront près des villes à la suite de l’entrée en force de la 4e révision du plan directeur cantonal.»

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