Lausanne ne veut pas de n’importe quel mobilier sur les terrasses des bistrots

LausanneParmi d’autres mesures, la Ville n’acceptera plus les chaises en plastique. Les patrons montent au créneau.

Le Dr Gab’s Lab avait démarré son activité avec un mobilier bigarré sur les pavés de la rue de Bourg. Les brasseurs ont dû faire marche arrière et installer des tables et chaises grises, qu’ils jugent peu en rapport avec la personnalité de leur établissement.

Le Dr Gab’s Lab avait démarré son activité avec un mobilier bigarré sur les pavés de la rue de Bourg. Les brasseurs ont dû faire marche arrière et installer des tables et chaises grises, qu’ils jugent peu en rapport avec la personnalité de leur établissement.

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Séance de crise, il y a quelques jours, à GastroLausanne, la faîtière des bistrots de la ville. L’arrivée des beaux jours a correspondu avec celle de courriers que les patrons d’établissements publics ont mal digérés. La grogne se concentre autour d’une douzaine de terrasses, que la Ville souhaite harmoniser avec des règles qu’elle entend fixer et appliquer aux autres à l’avenir. Suppression des podiums lorsqu’ils n’ont pas de pente à compenser, des couleurs sobres et des matériaux «de qualité» forment un début de ce que la Ville entend imposer aux établissements. Du moins à ceux qui utilisent le domaine public. Mais toucher à un produit d’appel tel que la terrasse passe mal auprès des restaurateurs.

«Aidez-nous à cultiver notre différence et notre liberté!» C’est ainsi que se concluait le texte d’une pétition en ligne qui a circulé sur les réseaux sociaux. Elle visait à soutenir le Great Escape, face à «une décision arbitraire de la Ville qui souhaite uniformiser l’ensemble de notre terrasse». Autorisé à s’étendre sur la place de la Madeleine, l’établissement avait été prié de soumettre au Service de l’économie son projet de mobilier. La riposte, appuyée d’un millier de signatures, a-t-elle payé? Peut-être. Reste que le mobilier présenté à la Ville vient d’être accepté.

Pas d’animation pour les JOJ

D’autres établissements se sont gardés d’amener leurs soucis sur la place publique. C’est le cas des tenanciers du Café du Grütli. Heike et Willi Prutsch pensaient avoir fait tout juste en soumettant l’idée de leur fille à l’administration. «On voulait installer trois télécabines sur notre terrasse pour l’hiver prochain, confient-ils. Ça aurait fait une animation thématique au moment d’accueillir les athlètes des Jeux de la jeunesse.» La réponse a été perçue comme une gifle. Non seulement la Ville ne goûte guère l’originalité d’un tel projet dans une zone historique, mais elle profite de l’occasion pour signifier aux exploitants que le podium de leur terrasse, qui corrige la pente de la rue, ne pourra plus s’y trouver à la fin de l’année en cours. Motifs invoqués: la présence de barrières et une remarque indiquant que les podiums doivent «être conçus de la manière la plus sobre et légère possible». La surprise vient au paragraphe suivant, lorsque la Ville invite les restaurateurs à lui présenter un nouveau projet de podium. Ces derniers comptent se faire entendre, tant ils ont l’impression que chacun n’est pas traité à la même enseigne.

Présidente de GastroLausanne, Susan Sax illustre l’enjeu des terrasses: «C’est la pièce à vivre d’un restaurant à la belle saison. Mais la Ville montre qu’elle veut imposer ses choix esthétiques pour les bistrots utilisant le domaine public.» Une posture susceptible de nuire à la bonne marche des affaires, estime-t-elle. «Imposer les couleurs d’une terrasse, c’est interdire la créativité, la possibilité de se démarquer. C’est une atteinte à la liberté d’entreprise et cela crée des inégalités de traitement entre les établissements.» De son côté, la Ville justifie ses décisions. «Nous avons profité des demandes de modifications qui nous ont été adressées pour leur signifier les pratiques à venir», dit Pierre-Antoine Hildbrand, municipal en charge de l’Économie. Autrement dit, pour les restaurateurs qui n’ont rien demandé, aucune mauvaise surprise n’est arrivée par la poste. Mais la douzaine de mécontents n’a fait qu’essuyer les plâtres. Car la Ville entend bien s’assurer de l’aspect visuel de toutes les terrasses occupant son territoire. «On a le droit d’être exigeant lorsqu’il s’agit du domaine public, estime Pierre-Antoine Hildbrand. En tant que destination de week-end, Lausanne a un fort potentiel de développement touristique, et si l’on veut attirer cette clientèle – au bénéfice des bistrots, notamment – cela demande un effort partagé.» Des directives sont en cours de préparation et le municipal compte en discuter avec les restaurateurs. Mais on sait déjà que la Municipalité ne veut plus voir de parasols publicitaires ni de tables et chaises en plastique. (24 Heures)

Créé: 23.04.2019, 06h57

Rues par couleur

Après des années de développement des terrasses à Lausanne, l’Exécutif marque sa volonté d’en harmoniser les contours. Mais pour l’heure, les règles du jeu ne sont pas claires. Les règlements spécifient que les terrasses sont soumises à autorisation, mais c’est à peu près tout. Des directives sont en préparation du côté de la Municipalité. L’an dernier, elle avait annoncé son intention d’harmoniser la rue de Bourg et Saint-François. «Nous souhaitons vraiment une amélioration qualitative de ce quartier, ce qui impliquera aussi mes collègues pour l’éclairage public et le mobilier de rue», souligne le municipal Pierre-Antoine Hildbrand.

De là à imaginer des codes de couleurs pour les différents axes commerciaux, il n’y a qu’un pas. «Les goûts et les couleurs, c’est compliqué, mais on envisage des gammes pour les terrasses, comme pour la signalétique publicitaire. On va réfléchir avec une logique par rue, avec celle de Bourg comme test, mais cela ne veut pas dire que tout doit y être identique.»

Il semble pourtant que le gris pourrait s’imposer à la rue de Bourg. Cette teinte a déjà été retenue pour la terrasse du Romand, à Saint-François. En haut de la rue de Bourg, le Lab de la Brasserie Docteur Gab’s a fait les frais de cette orientation. Le mobilier bigarré installé sur les pavés a fait place à une terrasse grise. Au-delà de l’aspect financier, l’un des associés déplore ce choix imposé. «On comprend qu’on ne peut pas mettre n’importe quoi dans une rue historique, mais cette couleur n’est pas du tout dans l’esprit du bar», déplore Reto Engler.

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