Le bon marché met à mal le business de la réparation

ConsommationDes spécialistes de la remise en état tirent la langue alors que la tendance au prêt-à-jeter dans l’électroménager et l’électronique s’accentue. Lausanne tente de la combattre.

Le réparateur d’objets La Bonne Combine a plus de 30 ans. Son patron, Dragan Ivanovic, évoque des temps difficiles.

Le réparateur d’objets La Bonne Combine a plus de 30 ans. Son patron, Dragan Ivanovic, évoque des temps difficiles. Image: Philippe Maeder

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Pourquoi faire réparer son fer à repasser ou son aspirateur quand on peut en acheter un flambant neuf pour quelques dizaines de francs de plus? C’est la réflexion que se font de nombreux consommateurs lorsqu’un appareil électronique ou électroménager a rendu l’âme. Dans la région lausannoise, des spécialistes de la remise en état en font les frais.

A l’image de La Bonne Combine, à Prilly, qui redonne vie depuis plus de trente ans à toute une gamme d’objets. Depuis quelques années, l’entreprise subit les coups de son «ennemi public numéro 1»: les produits très bon marché disponibles en grande surface. Prenons l’exemple des machines à café, appareil le plus fréquemment apporté à réparer à La Bonne Combine. En moyenne, l’intervention coûte 80 fr., alors que le prix de départ pour un modèle neuf est de… 80 fr.

La raréfaction des pièces de rechange complique encore la tâche des techniciens. Ceux de La Bonne Combine affirment qu’ils ne peuvent plus remettre en état que sept produits électroménagers sur dix.

Pour l’électronique, la proportion est même de six sur dix. Inutile aujourd’hui de leur amener votre appareil photo, caméra ou imprimante. «Notre métier devient de plus en plus compliqué. On doit se battre», lâche Dragan Ivanovic, administrateur de La Bonne Combine. Bernard Marmillod, patron de l’atelier de dépannage Télé Service, à Lausanne, est lui aussi confronté à une baisse de sa clientèle: «Ça devient difficile de tourner. Les clients préfèrent acheter du neuf.»

Conseils pratiques

La campagne que lançaient jeudi la Ville de Lausanne et la Fédération romande des consommateurs (FRC) pourrait leur donner une lueur d’espoir. Intitulée «Réparer ou jeter? Offrez une deuxième vie», l’initiative s’attaque à l’obsolescence programmée, soit les techniques limitant la durée de vie des produits, ainsi qu’à l’impact environnemental négatif de la surconsommation.

«Beaucoup de gens considèrent qu’à partir du moment où un appareil ne marche plus, il n’y a plus de solution. C’est une erreur», commente Daniel Brélaz, syndic de Lausanne. La preuve: le site www.lausanne-repare.ch, mis en ligne dans le cadre de la campagne, répertorie une cinquantaine d’adresses proposant des services de réparation dans la région lausannoise. Les commerces sélectionnés redonnent du lustre à des objets électroménagers, électroniques, informatiques, aux téléphones, mais aussi aux vélos et vélos électriques, habits, chaussures et accessoires.

Le site contient également une série de conseils pratiques pour aider les consommateurs à faire des achats «durables». Les appareils dépourvus de vis indiquent par exemple qu’ils ne pourront pas être démontés, et donc réparés.

Les pros de la remise en état apprécient l’attention qu’on leur porte. Mais suffira-t-elle à contrer la tentation du bon marché et la fabrication de produits «prêts-à-jeter»? «C’est très compliqué», répondent Daniel Brélaz et Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC. Quelques solutions existent, telles que l’augmentation de la durée de garantie légale ou l’interdiction de l’obsolescence programmée, comme en France, où la pratique est punissable.

De leur côté, les magasins d’électroménager et d’électronique tentent de sensibiliser leur clientèle aux inconvénients de produits peu chers, qui tombent souvent plus rapidement en panne. «Il vaut mieux investir dans du durable. Un client m’a très justement dit: «Je ne suis pas assez riche pour acheter du bon marché», relate Laurent Pahud, patron de Magic Ménager, à Lausanne.

Des secteurs qui marchent

Tout n’est pas gris dans le domaine de la réparation, loin de là. Les magasins de vélo par exemple surfent sur une vague de popularité des deux-roues. «Nous constatons une grande hausse des réparations ces deux ou trois dernières années, affirme Laurent Rubin, de Bicycles Shop. C’est sûrement dû à la crise, mais pas seulement. Les gens utilisent de plus en plus les vélos ici à Lausanne pour leurs déplacements quotidiens. Ils s’attachent à l’objet et préfèrent le réparer.»

Les réparateurs de smartphones aussi voient affluer les clients. Mais, comme l’indique Gérard Philippe, patron de Best Price, à Lausanne, les marges sont peu rentables, les pièces détachées coûtant cher. Le nombre important de téléphones confiés à La Bonne Combine ne suffit donc pas à lui redonner des couleurs. Pour survivre, l’entreprise s’est diversifiée: elle vend désormais des produits neufs.

Migros réduit ses ateliers

Après Coop à la fin des années 90, c’est au tour de Migros de centraliser ses centres de réparation à cause de la baisse de la demande. Le géant orange fermera en juin un de ses quatre ateliers de réparation, celui situé dans le canton de Saint-Gall, à Gossau, a-t-il dévoilé jeudi passé. A partir de cette date, ses objets à réparer seront répartis sur les trois sites restants de Bülach (ZH), de Berne et de Carouge, ce qui permettra au groupe de commerce de détail de mieux utiliser ses capacités. Un plan social a été mis en place pour accompagner les 26 employés Migros concernés par cette mesure et les aider dans leur recherche d’emploi, à l’interne ou dans une autre entreprise. Migros «ne prévoit pas d’autres fermetures», a précisé Tristan Cerf, chargé de communication à la Fédération des coopératives Migros. Le groupe emploiera encore «107 personnes à Bülach, 34 à Berne et 27 à Carouge pour réparer des appareils», soit en tout 168 personnes.

La raison de cette fermeture? «L’atelier de Gossau était spécialisé dans la réparation des machines à café, des pièces d’autres appareils, ainsi que d’une partie de l’assortiment de SportXX, poursuit-il. C’est en particulier le recul du nombre de machines à café (ndlr: remplacées par des modèles meilleur marché pour les capsules) à remettre en état qui a amené Gossau à se trouver en surcapacité.» L’atelier de Berne va désormais réparer les machines à café vendues par Migros.

Le concurrent Coop emploie quatre fois moins de réparateurs que lui. Ce sont «40 employés qui travaillent dans nos ateliers de réparation entièrement équipés de Wangen à Olten (SO) et de Saint-Légier sur Vevey», explique de son côté Ramon Gander, rattaché au groupe bâlois. Ces ateliers réparent les appareils de marque Coop, les machines de jardinage et les vélos non électriques Satrap, Garda et Leopard. Quant aux grands appareils ménagers (frigo, machine à laver, etc.) de Fust, et ceux de plus petite taille vendus par Interdiscount, c’est le fournisseur lui-même, ou une agence tiers, de ces deux filiales de Coop qui prend les réparations en charge, explique Coop. Le deuxième plus grand détaillant suisse a fermé trois sites de réparation dans le passé: Frenkendorf (BL) en 1997, Berne en 1998, et Winterthour (ZH) en 2000. T.T.

Créé: 23.10.2015, 06h44

Réparable ou pas?

Le lave-linge avec une cuve en plastique

Un autre exemple de produit difficile à réparer: un lave-linge avec une cuve en plastique ne permettant pas d’accéder au roulement. En cas de problème avec celui-ci, il faut commander une nouvelle cuve. Un surcoût souvent rédhibitoire alors que des appareils se vendent à 400 francs. (Image: Philippe Maeder)

Le vieux mixeur démontable

Le mixeur blanc, en haut sur l’image, est l’exemple typique de produit non réparable. Etant impossible à démonter, il est bon pour la casse dès qu’il arrête de fonctionner. En dessous, ce modèle démontable d’une trentaine d’années, toujours en vente, pourra être remis en état. (Image: Philippe Maeder)

Les écrans brisés de smartphone

«Tout est réparable dans un smartphone, à part la carte mère, indique Gérard Philippe, patron de Best Price, à Lausanne. Remplacer la vitre cassée d’un iPhone?6 (ndlr: vendu env. 650 fr. neuf), la demande la plus fréquente avec les batteries et le dock qui ne fonctionnent plus, coûte chez nous 189 fr.». (Image: Philippe Maeder)

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