Levée d’obstacles pour refaire les murs de vignes de Lavaux

VaudSeuls 10% des 2 millions destinés à la réfection des murs de vignes ont été utilisés. Le Canton a revu sa copie.

Il faudrait 420 000 francs pour consolider le mur de 25 mètres de long de Raymond Chappuis, en bas du Dézaley.

Il faudrait 420 000 francs pour consolider le mur de 25 mètres de long de Raymond Chappuis, en bas du Dézaley. Image: Odile Meylan

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«Nous avons entendu les vignerons de Lavaux: les démarches pour obtenir un soutien à la rénovation des murs de vignes seront dorénavant d’une simplicité évangélique!» L’affirmation quasi religieuse de Philippe Leuba, conseiller d’État en charge du Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI), a fait de l’effet jeudi passé lors de la Journée du vignoble. Elle faisait référence aux 2 millions cantonaux débloqués dans le cadre du contre-projet à «Sauver Lavaux III». Pour l’instant, seuls 199'200 francs ont été attribués.

Pourquoi si peu? Car au lieu des demandes de subventions, ce sont les interventions courroucées auprès du chef de département qui ont fleuri. «Les propriétaires viticoles ont signifié que les conditions fixées par ses services étaient trop compliquées et dissuasives», explique Jacques Henchoz, chef de la division marchés et améliorations foncières, chargée de l’octroi des subventions. À ces doléances s’ajoute le pamphlet de Bertrand Duboux, Il faut sauver le vigneron de Lavaux, sorti de presse cet automne. Dans ce livre, l’ex-journaliste décrit les démarches administratives dignes du Brazil de Terry Gilliam pour obtenir un financement cantonal (lire l'encadré).

«Calmer les esprits»
«Afin de calmer les esprits, le chef de département nous a demandé de simplifier encore la procédure», explique Jacques Henchoz. Encore? C’est que la directive signée le 22 juin 2017 par Philippe Leuba est en fait la troisième version d’un même projet, commencé en 2015. Un projet qui a souffert au passage de la réorganisation du SAVI, en janvier 2016, qui a récupéré les améliorations foncières, autrefois rattachées au Service du développement territorial (SDT).

«Le SDT avait rédigé un long projet de directive pour les murs de vignes en lien avec la loi sur la protection de Lavaux, non achevé et non validé, raconte Jacques Henchoz. En urgence, en même temps que le SAVI prenait possession des 48 palettes de 20 cartons de dossiers transférés de la Riponne à Marcelin, qu’il a fallu trier par ordre de priorité, une directive «simplifiée» a été rédigée selon les recommandations du chef de département.»

Travaux à temps perdu
Seulement voilà, signée par Philippe Leuba en mars 2016, la directive est jugée beaucoup trop contraignante. Ce qui coince le plus: l’exigence d’un devis complet des travaux projetés, réalisé par un bureau d’études ou par une entreprise spécialisée, «alors qu’il est d’usage pour les vignerons de remonter leurs murs à temps perdu avec leurs ouvriers viticoles», précise Jacques Henchoz.

Aujourd’hui, seule la description détaillée des travaux est exigée pour la réfection des murs de vignes, jusqu’à 20'000 francs de subvention forfaitaire (soit au maximum 35% du coût total). Si le coût est plus élevé, les demandes seront traitées au même titre que les autres travaux d’améliorations foncières, comme la réfection d’un chalet d’alpage par exemple. Des démarches assez loin de la «simplicité évangélique».

Créé: 17.11.2017, 18h50

Un mur à 420'000 francs

Dans son livre, Bertrand Duboux évoque la situation de son ami Raymond Chappuis, un des plus gros propriétaires en Dézaley. Aux Embleyres, lieu-dit à l’ouest du Vinorama, une parcelle de 206 m2 montre à quel point le problème est épineux. Poussé par des mètres cubes de terre dans la pente la plus raide de la région, son mur (25 m sur 4 de haut; photo) menace de s’effondrer sur la route cantonale. Des panneaux de chantier protègent provisoirement les automobilistes. Car, selon un devis professionnel – la proximité de la route oblige à cela – les travaux s’élèveraient à 420'000 francs, soit plus de 270'000 francs à la charge des Chappuis, sauf aide supplémentaire de la direction des routes. «Vu la grandeur de la parcelle, il faudrait des centaines d’années pour rembourser», soupire Nicole Chappuis, épouse de Raymond. Mais réparer ce mur en bas de pente sans consolider la pente entière serait vain, selon plusieurs observateurs. Une analyse de risques doit permettre de dire si une subvention fédérale peut être octroyée pour ces travaux en profondeur. Si tel n’est pas le cas, seules les améliorations foncières – avec la participation des propriétaires – paieront pour la consolidation du Dézaley. Vu la situation économique de la branche, nombre de vignerons ne pourront pas payer. Une voie royale pour la multiplication des panneaux de chantier dans le vignoble inscrit au patrimoine mondial.

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