Visite d’un local destiné à limiter les risques de la prise de drogues

DroguesUn espace où les toxicomanes pourront s’injecter et fumer de la drogue ouvre lundi au Vallon, à Lausanne. Onze ans après l’échec en votation.

Le local est installé au Vallon 4 non loin des deux lieux d’accueil de la Fondation ABS : la Terrasse et le Passage.

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Dans de petits bacs blancs, de l’eau stérile, des cotons, des feuilles d’aluminium, des seringues aux aiguilles de trois tailles différentes, de l’acide ascorbique, des garrots en caoutchouc, des pipes à usage unique… Le local d’injection du Vallon a une vocation sanitaire, cela saute aux yeux. L’ensemble est épuré, quelques touches de vert aux murs brisent l’aspect clinique des lieux.

Onze ans après l’échec du premier projet (voir encadré), l’Espace de consommation sécurisé (ECS) ouvre ses portes officiellement ce lundi. Il se situe dans la prolongation des locaux du Passage, géré par la Fondation ABS (Accueil à Bas Seuil) qui pilotera aussi cet espace. «Nous connaissons déjà la plupart des gens qui viendront», prévoit Gilles Lugrin, président du conseil de fondation. On n’entrera pas comme on veut et pour y faire ce qu’on veut. «C’est ouvert aux personnes qui sont en phase de consommation active», souligne Matthieu Rouèche, directeur de la Fondation ABS.

Au moment de présenter l’espace à la presse, vendredi, il tient à rappeler les principes et les valeurs qui guident son action: délivrer un ensemble de prestations pour diminuer au maximum les risques liés à la consommation de drogue. «Aider à la survie.» La perspective est bien sûr sanitaire, mais aussi sociale. Un contact avec chacune des personnes qui souhaitent bénéficier du local est capital.

Il ne s’agit pour autant pas de rehausser un seuil qui se veut bas, accessible par les plus marginaux et démunis. Dans la lignée du Passage, mais aussi du bus de distribution de matériel, l’Espace de consommation sécurisée doit avant tout pouvoir accueillir, donner un cadre serein et sûr. Un pas de plus pour la fondation qui offrait jusqu’ici une douche, des repas, des habits propres, des soins de premier secours et du matériel que les toxicomanes devaient ensuite aller utiliser ailleurs. Dans la rue, des toilettes publiques… «Ils auront le temps de faire les choses correctement», explique Matthieu Rouèche. On estime à 45 minutes le temps de présence dans les locaux pour chaque personne. Ouvert tous les jours de midi à 19 h, il devrait accueillir environ 100 personnes quotidiennement. Un monitoring sera effectué par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive.

Les usagers devront s’être procuré leur produit ailleurs qu’à l’ECS. «Il n’y aura pas de deal ici», soulignent l’ensemble des partenaires du projet. Deux «agents d’accueil et de sécurité» seront présents dans les alentours proches de l’ECS et à l’intérieur. Formés spécialement pour cette tâche, ils ne sont ni des Securitas, ni des policiers. Certains sont issus des rangs des correspondants de nuit.

Les usagers devront donner un prénom et une lettre en guise de nom de famille. Leur âge, aussi. À noter que les mineurs peuvent accéder au matériel, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, mais ne pourront pas se droguer dans les locaux.

Le règlement est clair et oblige à passer le cap de cet entretien. «Mais c’est sans autres contraintes. Il n’y a pas de dossier administratif ni de liste d’attente, souligne Matthieu Rouèche. Y compris avec les personnes en situation d’illégalité.» Alors que les élus avaient expressément exigé que l’ECS soit réservé «aux Vaudois», dans les faits aucune restriction liée à l’origine ne sera pratiquée. À moins que l’ECS soit submergé d’usagers. «Mais ce n’est jamais arrivé là où il y a des espaces de ce type», souligne Oscar Tosato, municipal socialiste qui a porté le projet.

Les usagers indiqueront aussi le type de produit qu’ils entendent consommer et la méthode qu’ils prévoient d’employer. L’ECS comporte trois espaces distincts liés aux modes de consommation. Fermée par une porte vitrée, la pièce dédiée à l’inhalation comporte un solide système d’aération et peut compter quatre personnes en même temps. L’idée: privilégier l’entrée et la sortie par quatre et non des va-et-vient dans cet espace.

En face de cette salle, un coin ouvert est aménagé pour ceux qui se piquent les veines. Chacun doit nettoyer sa place une fois l’injection faite. Et jeter son matériel. Un dernier espace, lui aussi fermé mais transparent, pourra servir au snif.

Trois personnes – venues soit d’un métier sanitaire soit du social – seront en permanence présentes dans les locaux. Une quatrième se chargera de l’accueil. Toutes ont été formées: à montrer la voie vers une réduction maximale des risques, mais aussi à gérer une overdose.

Créé: 28.09.2018, 13h32

Dossiers

Le 8e local de Suisse

Le parcours jusqu’à l’ouverture du local d’injection de Lausanne aura été long. Et semé d’une grande embûche: le refus de sa première mouture, par 54,63% de la population. C’était en 2007. À l’époque, les élus avaient été informés du lieu choisi – à César-Roux – la veille du vote au Conseil communal. La majeure partie de la droite n’avait pas adhéré au projet et la campagne qui s’était ensuivie avait été violente. Cette fois-ci,
la Ville a fait les choses de façon bien plus diplomatique.

En travaillant étroitement avec les professionnels de ces questions, mais aussi en s’informant grandement sur les autres locaux d’injection du pays. Surtout, la Ville a pris soin de choisir un lieu où des activités de la Fondation Accueil à Bas Seuil prennent déjà place.

Le quartier du Vallon a été largement informé et consulté. Au niveau politique, l’immense majorité des élus PLR a fini par être convaincue de l’utilité d’une telle structure.

Au moment du vote, en mai dernier, le projet passait très largement la rampe. Les quelques opposants affichés, au PLR mais aussi au PLC et à l’UDC, et l’Association romande contre la drogue, ont renoncé à lancer un référendum.

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Le local d'injection à Lausanne

Le local d'injection à Lausanne A Lausanne, l'espace de consommation sécurisé de drogues accueillera dès lundi ses premiers usagers.

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