1857: Le long «règne» du radical Delarageaz

250 ans dans la vie des VaudoisIrrésistible ascension d’un fils d’aubergiste

Vingt-quatre?ans au Conseil national, vingt-neuf?ans au Conseil d’Etat vaudois, les idées et l’entrain de Louis-Henri Delarageaz ont marqué la politique de ce pays.

Vingt-quatre?ans au Conseil national, vingt-neuf?ans au Conseil d’Etat vaudois, les idées et l’entrain de Louis-Henri Delarageaz ont marqué la politique de ce pays. Image: CASPAR-ALBERT USTERI, COLLECTION PRIVÉE

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En 1857 , les députés à la Chambre basse de notre jeune Confédération voient débarquer à Berne un fier Romand cinquantenaire, cheveux et moustache poivre et sel, qui mâchouille un accent vaudois glutineux à souhait, et dont la redingote protocolaire sent la naphtaline des galetas de Préverenges. Nombreux rient sous cape, surtout parmi les Alémaniques, même s’ils savent que Louis-Henri Delarageaz est devenu, depuis l’élection en 1848 de son ami Henri Druey au Conseil fédéral, «le patron incontesté du canton de Vaud» et que, l’année précédente, il s’était distingué par des faits d’armes, au cours de la guerre civile du Sonderbund, en tant que lieutenant-colonel de l’état-major de l’armée suisse.

Ils sont loin de se douter que ce nouveau conseiller national welsche, fils de tavernier, leur tiendra durant vingt-quatre?ans la dragée haute, par la vigueur de ses interventions, son autorité naturelle et surtout sa faconde de tribun. Un talent que tous les francophones du cénacle connaissent déjà et admirent: le «Delarage» a le mérite d’avoir conservé, sans afféterie, l’intonation bonhomme et franche des gens de La Côte. Elle donne à ses discours une force de conviction qui plaît beaucoup. Jusqu’à l’exécutif fédéral, qui lui confiera, entre autres, un mandat d’intérêt national: l’élaboration de deux atlas du pays (le Dufour et le Siegfried). Et une mission diplomatique délicate: il sera envoyé en 1868 à Poschiavo pour y négocier une rectification des frontières entre la Confédération et l’Etat italien naissant.

Projets essentiels

Si sa présence à Berne est prépondérante jusqu’en 1881, dans son canton d’origine, elle a été hégémonique, voire écrasante durant un lustre de plus! Avec ses vingt-neuf?années de «règne» au Conseil d’Etat, Louis-Henri Delarageaz y a brillé par sa longévité, mais aussi par des projets essentiels réalisés au fil de ses divers dicastères. De 1845 à 1862, puis de 1866 à 1878, il fait endiguer le Rhône, assainir l’Orbe et la Broye, ballaster les voies du premier chemin de fer de la Jougne. Il crée le Crédit Foncier, la Banque Cantonale Vaudoise, qu’il présidera, fait promulguer le code rural, l’assurance contre l’incendie, et l’on en passe.

Ennemi du centralisme

Au plan politique, il a été un des fers de lance les plus acérés du radicalisme. Il est, avec Druey, l’un des chefs de la Révolution vaudoise, et c’est d’ailleurs lui qui proclama, le 14 février 1845, l’avènement du Parti radical sur l’esplanade de Montbenon, à Lausanne. Mais il s’en distanciera avant la fin de sa carrière fédérale et de son interminable «royauté» cantonale. Fédéraliste enflammé, ennemi déclaré du centralisme, il se rapprochera de plus en plus des libéraux. Peut-être par réaction épidermique envers ses anciens séides désormais ralliés au panache dépoussiéré du plus jeune et plus prometteur Louis Ruchonnet (1834-1893), qui avait pourtant été son disciple…

Delarageaz décède le 14 mars 1891, dans sa propriété du Rionzi, à Préverenges. Une commune où il était né en 1807, d’un père député qui tenait l’Auberge de l’Etoile et possédait des biens immobiliers considérables jusqu’aux confins de Féchy, de Bougy, d’Echandens, de Romanel. Après lui avoir imposé une éducation très biblique, ses parents l’envoient au collège de Morges, où il avoue un goût prononcé pour la géographie. Le jeune Louis-Henri veut dès lors embrasser la noble carrière d’arpenteur. Mais sa passion de la lecture de textes politiques l’en déviera peu à peu. Il épluche méthodiquement la presse de son époque, et cette marotte le conduira un jour à devenir, en 1848, le propriétaire d’un journal influent: Le Nouvelliste vaudois, pour en faire l’organe du parti démocratique. En sa jeunesse, encore fébrilement intellectuelle, notre Rastignac de Préverenges fut (plus modérément) attiré par les idéologues communistes de France: il avait lu Gracchus Babeuf, et surtout Pierre-Joseph Proudhon, dont il devint un correspondant, voire un ami.

Source: Louis-Henri Delarageaz, Olivier Meuwly, Ed. Alphil-Presses universitaires suisses (24 heures)

Créé: 17.05.2012, 18h31

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Les Celtes de La Tène

Un matin de novembre 1857, un certain Hans Kopp sonde les berges du nord-est du lac de Neuchâtel, à l’embouchure de la Thielle. En bordure du lieu dit La Tène, l’eau est peu profonde et si claire que notre explorateur y repère des pieux indiquant la présence d’un nouveau site lacustre.

Pour le compte du richissime colonel Friedrich Schwab, de Bienne, collectionneur d’antiquités et futur mécène de sa ville, il en extrait en moins d’une heure un impressionnant butin d’armes deux fois millénaire: des javelots en excellent état, des épées, à pointe effilée ou arrondie avec leurs fourreaux, et qui portent l’estampille des artisans qui les ont trempées, puis moulurées de motifs floraux. Dans le lot, on admire en passant des parures guerrières, des fibules – agrafes vestimentaires – et des trousses de toilette masculine en étoffe effilochée contenant rasoirs et pincettes à épiler…

Comme quoi, nos ancêtres celtiques issus du Wurtemberg, et qu’on appelait les Helvètes, étaient à la fois farouches et coquets.

A cette première fouille de La Tène succéderont bien d’autres, passionnant au fil des décennies tous les archéologues du XIXe siècle, car elle leur permettra de dater le second âge du fer en Europe tempérée.

Après la première grande correction des eaux du Jura, en 1868, qui fera baisser de 3 mètres le niveau du lac de Neuchâtel, des ponts tout aussi antiques seront spectaculairement émergés en cette zone de confluence où la Thielle (précédemment l’Orbe des Vaudois) est sur le point de s’alémaniser pour devenir la Sihl.

Antérieurs à l’occupation romaine, ces ponts entièrement en bois ont été édifiés par un génial système d’imbrications ingénieuses. Sans un seul clou. Désormais, on parlera partout de «période de La Tène», de «culture de La Tène», ou de civilisation «laténienne» pour désigner une séquence chronologique s’écoulant de l’année 450 avant notre ère jusqu’à celle de la naissance de Notre Seigneur.

Gilbert Salem

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