«On m’a amené la machine à écrire de Johnny Depp»

LausanneDans son Musée de la machine à écrire, le Lausannois Jacques Perrier détient une collection et un savoir-faire uniques.

De passage au Montreux Jazz Festival pour un concert début juillet, la star a fait fait envoyer sa machine à écrire bien amochée à Jacques Perrier. Il est parvenu à la réparer en utilisant les pièces d’un modèle similaire.

De passage au Montreux Jazz Festival pour un concert début juillet, la star a fait fait envoyer sa machine à écrire bien amochée à Jacques Perrier. Il est parvenu à la réparer en utilisant les pièces d’un modèle similaire. Image: Dominic Favre

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Un banal sous-sol d’immeuble abrite parfois des trésors insoupçonnés. En ouvrant ce qui ressemble à une porte de buanderie en bas d’un escalier, Jacques Perrier dévoile un lieu aussi unique que méconnu à Lausanne. Nous sommes au Musée suisse de la machine à écrire.

«Il existe depuis 1986. Mon père et moi avons commencé par sortir quelques machines de notre collection pour une exposition, puis nous en avons acquis d’autres au fil des ans.» Tout part de la petite entreprise de machines de bureau que tient Jacques Perrier à l’avenue de France. Fondée par le père, elle est revenue au fils en héritage, avec le musée, ainsi que la passion des vieilles bécanes.

«L’ingéniosité de ceux qui ont conçu ces machines est extraordinaire. Ce musée est une manière de leur rendre hommage.» Parmi les mécaniques les plus anciennes, certaines frappent le papier avec une sophistication presque émouvante, tandis que d’autres chatouillent l’imaginaire, comme la machine portative Hermès Baby, prisée par Kerouac, Sagan ou Hemingway.

Dans un sale état

Mais il n’y a pas qu’en pensée que les machines à écrire rapprochent des étoiles. «Il n’y a pas longtemps, on m’a amené la machine à écrire de Johnny Depp à remettre en état. J’ai reçu un coup de fil pendant le Montreux Jazz. C’était pour savoir si j’étais capable de faire une réparation dans les vingt-quatre heures. Je n’ai pas hésité!»

Début juillet, la star était en effet au programme du festival pour un concert des Hollywood Vampires, le trio rock qu’il forme avec Alice Cooper et l’ex-guitariste d’Aerosmith Joe Perry. À en croire le magazine «Rolling Stone», qui lui a consacré un long portrait au début de l’été, cette tournée mondiale est une manière pour l’acteur d’oublier les déboires juridico-financiers qui lui plombent le moral depuis des mois. L’occasion aussi pour écrire des Mémoires noyées dans le spleen. Sur une vieille machine à écrire, bien sûr.

«C’était une Royal des années 40. Pas vraiment une machine qui sort de l’ordinaire», se souvient Jacques Perrier en prenant sur un rayonnage un modèle identique à celui de la star. «Je ne connais pas l’histoire qu’il y a derrière tout ça, mais la machine était bien explosée. J’ai pu la remettre en état en utilisant des pièces que j’ai en réserve.»

Paillettes et dactylo

Ce n’est pas la première fois que le savoir-faire de Jacques Perrier est mis à contribution par de prestigieux commanditaires. Le Lausannois est ainsi au générique d’un film sorti en 2012, avec Romain Duris en haut de l’affiche. L’intrigue? À la fin des années 50, une jeune secrétaire, coachée par son patron (Duris), fait des étincelles dans des concours de vitesse dactylographique, très en vogue à l’époque.

C’est le réalisateur du film lui-même qui est venu frapper à la porte du musée, à la recherche d’un expert. Dans la caverne d’Ali Baba lausannoise trône justement une sacrée pièce de collection: une Olympia 561, qui appartenait à la championne de France de la discipline en 1956. Jacques Perrier s’est retrouvé propulsé dans les coulisses du cinéma français: «Ce ne sont pas toujours mes machines qui apparaissent à l’écran, mais j’ai participé à leur casting. Ensuite, j’ai passé un mois à travailler sur le tournage.»

Avec l’avènement des ordinateurs, les machines à écrire ont connu une longue éclipse, mais il n’y a pas qu’au cinéma qu’elles reviennent au goût du jour. «Jusque dans les années 90, elles représentaient la moitié de mon chiffre d’affaires, se souvient Jacques Perrier. Ensuite, ça n’a pas cessé de diminuer jusqu’en 2010. À présent, ça repart, mais avec une clientèle qui a généralement moins de 30 ans.» Il y voit une génération qui aspire au concret face au trop-plein de virtuel, ce qui n’empêche pas la machine à écrire d’être aussi une machine à rêves: «Ils se prennent quand même souvent pour Dashiell Hammett (ndlr: écrivain américain considéré comme le père du roman noir).»

(24 heures)

Créé: 04.08.2018, 08h39

Infos pratiques

Musée de la machine à écrire

Av. de France 18 bis, à Lausanne.

021 625 51 51 (sur rendez-vous).

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