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La Maison du Désert, un exemple de participation

La demeure bicentenaire est désormais une maison de quartier active. Une étude universitaire décrit le processus qui a amené à sa réalisation.

Le professeur Antonio Da Cuhna dirige l’Observatoire de la ville et du développement durable.
Le professeur Antonio Da Cuhna dirige l’Observatoire de la ville et du développement durable.
Jean-Paul Guinnard

Il aura fallu du temps, depuis 2010, pour que les barres d’immeubles du Désert s’agrémentent d’une maison de quartier prestigieuse. Et ce sont les habitants qui peuvent s’enorgueillir d’avoir voulu cette Maison du Désert comme lieu d’activités et de réunion. Cette démarche, qui a trouvé écho auprès de la Municipalité lausannoise, a été qualifiée d’exemplaire. Pour s’en convaincre, la Ville a mandaté une recherche auprès de l’Observatoire universitaire de la ville et du développement durable. Le rapport final (La Maison du Désert: une nouvelle expérience participative dans la ville ordinaire) a été dévoilé samedi. Il est le fruit du travail de Muriel Delabarre et Benoît Dugua. Entretien avec celui qui en a pris la direction, le professeur Antonio Da Cunha.

Pourquoi la démarche participative de la Maison du Désert est-elle exemplaire?

Elle l’est dans le sens où elle peut servir d’exemple pour d’autres projets similaires. D’abord parce qu’elle a abouti à un résultat tangible – ce qui n’est pas toujours évident – et dans de bonnes conditions pour tous. Il y a eu des tensions mais les blocages ont été levés grâce à l’ingéniosité et la souplesse de ses acteurs. La démarche a pu articuler les initiatives venant du bas (les habitants du quartier) à un cadre venant du haut (les élus, l’administration). Des actions concrètes ont été réalisées «par et avec» les habitants et pas uniquement «pour eux». Au final, un lien civique s’est créé entre la population et les autorités.

Quel est l’élément principal de réussite de ce projet?

La recherche identifie une multitude de facteurs. L’existence de cette maison bicentenaire dans un lieu magnifique a ouvert une opportunité, cristallisé des envies et structuré la démarche. Mais, en fin de compte, elle n’est qu’un objet. La réussite tient surtout à la capacité des gens de discuter, de s’écouter, de reconnaître et d’associer leurs compétences: les habitants, les élus et leurs services administratifs, les professionnels (animateurs socioculturels, architectes, experts, etc.).

Vous dites qu’il faut donner du temps au temps. N’y a-t-il pas un risque de lassitude?

Le temps de gestation et de passage des intentions à l’acte est parfois long. Une «fatigue partenariale» peut s’installer. On se rencontre, on se mobilise, on discute mais rien n’avance et les énergies se diluent, l’espoir s’efface. Ici, il y avait les conditions optimales de réussite, grâce aussi aux animateurs du Centre socioculturel de Boisy. Ils ont su relayer et structurer les revendications des habitants.

Votre étude conseille la Ville dans l’accompagnement des démarches participatives. Mais que conseiller aux gens?

Il faut tenir le coup dans la durée, identifier les obstacles à franchir, croire que ce qu’ils souhaitent est utile et juste, croire que l’action collective peut améliorer le cadre de vie de tous. Ensuite, la réussite d’un engagement participatif exige aussi une certaine ouverture du système politique. Entre les habitants et les élus, le rôle de médiation des associations et des animateurs socioculturels peut être déterminant. In fine, nous pensons que la mise en œuvre d’une telle politique est aussi à l’avantage des élus, par la confiance qu’ils peuvent gagner auprès de la population.

Justement, il semble que des citoyens ne se satisfont plus d’élire leurs représentants.

C’est vrai. Pour une part de plus en plus importante, les élections, le vote, ne suffisent plus. Les gens veulent s’intéresser au fonctionnement de la cité, dire mieux ce qu’ils souhaitent, être acteurs de la production de leurs cadres de vie. Cette démocratie participative est un mouvement de fond. Et il contredit la vision qui veut que seul l’individualisme prédomine. La démarche de création de la maison de quartier montre qu’une action collective est possible.

Est-ce une particularité des centres urbains?

On a vu au Désert que le profil socio-démographique de la population a été un terreau fertile pour la participation. Les groupes disposant d’un capital culturel élevé ont joué un rôle important. Il est vrai que les centres urbains ont engagé des transformations majeures de leurs tissus bâtis, à un moment où on cherche à densifier la ville. Toutefois, les enjeux des agglomérations se heurtent souvent aux intérêts individuels. Chacun s’inquiète des répercussions d’une construction sur son environnement. L’impératif participatif s’impose peut-être davantage dans les centres urbains, par cette confrontation entre la nécessité de construire une ville économe en ressources et la volonté d’éviter qu’elle ne se transforme en cauchemar pour ses habitants. Les expériences participatives doivent avoir en ligne de mire l’amélioration de la qualité urbaine et tout faire pour lever les inquiétudes injustifiées.

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