Un manifeste pour les habitants lausannois contestataires

UrbanismeLa Coordination des associations pour le logement et la qualité de vie intervient dans le débat sur la densification.

Cheville ouvrière de la CALQ, Urs Zuppinger est de tous les débats sur l’urbanisme lausannois depuis des décennies.

Cheville ouvrière de la CALQ, Urs Zuppinger est de tous les débats sur l’urbanisme lausannois depuis des décennies. Image: Philippe Maeder

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C’est un front qui s’est constitué en toute discrétion. Celui des associations d’habitants qui, dans l’agglomération lausannoise, se sont engagées ces dernières années contre des projets d’urbanisme, petits ou grands. Elles sont quatorze à s’être fédérées en mai 2014 en créant la Coordination des associations pour le logement et la qualité de vie.

Autrement dit, dans sa forme abrégée, la CALQ. Ça sonne bien. On n’en a pourtant guère entendu parler jusqu’ici. Pour se manifester publiquement, ce regroupement a attendu la fin du mois dernier. Il a envoyé au Canton, aux communes, aux partis politiques, sans oublier les professionnels de la construction et de l’urbanisme, une «prise de position» en forme de manifeste.

Sous le titre «Refaire la ville sur la ville, notre point de vue sur la question», la CALQ revendique le droit pour les habitants à être associés à la genèse des projets de densification qui touchent à leur environnement. Ce n’est qu’un début, comme le laisse comprendre le Renanais Daniel Desponds, membre de son comité exécutif: la coordination envisage d’adresser un questionnaire aux candidats aux prochaines élections pour les confronter aux implications de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire votée en 2013. Celle-là même qui a pour mot d’ordre de «refaire la ville sur la ville» pour préserver l’espace agricole.

«Cette ré-urbanisation ne peut pas se faire sans l’acceptation des habitants des quartiers touchés par la densification», prévient Urs Zuppinger, autre membre du comité exécutif de la CALQ, dont il est la cheville ouvrière. Urbaniste à la retraite, ce septuagénaire est une figure de l’extrême gauche. Il prolonge ainsi un engagement qui l’a amené à être de tous les débats que Lausanne a connus autour de son aménagement au cours des dernières décennies.

Lui-même considère la densification comme un objectif «valable». «Mais on doit admettre que cette ré-urbanisation est difficile à mettre en œuvre et que personne ne sait pour le moment comment s’y prendre.» D’où la concertation qu’il prône, «à ne pas confondre avec une simple consultation»: «Il est dans l’intérêt de tout le monde de reconnaître les usagers des lieux comme un acteur incontournable. Ils méritent le statut d’interlocuteurs à part entière dès les prémices d’un projet. Sinon, on ira de conflit en conflit.»

Causes gagnées

Les échecs lors de votations communales de la tour de Bussigny, en 2012, et de la tour Taoua, en 2014, sont emblématiques de cette menace. Mais d’autres associations de la CALQ ont également gagné le bras de fer engagé, selon les cas, avec les propriétaires de leurs logements, les promoteurs d’un projet immobilier, voire avec les autorités de leur commune.

C’est le cas des habitants de l’Avant-Poste 13, sous le parc Mon-Repos, qui se sont mobilisés pendant trois ans avant d’obtenir en 2013 un compromis sur le projet de réhabilitation et d’agrandissement à l’origine de leurs baux à loyer. Ou de ceux des immeubles de la Campagne des Bergières, qui ont amené la Municipalité de Lausanne à renoncer à la création de 142 logements par rehaussement des immeubles existants. Ou encore de ceux de Florissant, à Renens, qui ont obtenu en mars dernier de la Municipalité le retrait d’un projet de densification de leur quartier par la construction de nouveaux immeubles.

Des associations de Pully, de Romanel et du Mont-sur-Lausanne ont également rallié la CALQ. L’une est même de Villeneuve. Car si la Coordination a pris forme dès 2013 à l’occasion de contacts entre les animateurs d’associations de la commune de Lausanne d’abord, de l’agglomération ensuite, elle compte s’ouvrir à l’ensemble du canton.

La CALQ veut rester une structure légère, conçue comme une plate-forme de discussion. Membre de l’association lausannoise des Bergières, Jean-Pierre Marguerat témoigne du sens de la démarche: «Nous avons pu éviter que nos immeubles soient surélevés, mais des travaux de rénovation vont être entrepris. Nous n’attendons donc que du bien d’un regroupement des compétences et d’un partage des expériences.»

Concertation précoce

La concertation que la CALQ recommande n’est pas étrangère aux préoccupations des autorités cantonales et communales. Urs Zuppinger le reconnaît en se référant lui-même au guide sur la participation dans le domaine du logement que l’Etat de Vaud a publié l’an dernier à l’intention des communes.

L’urbaniste militant n’occulte pas davantage les efforts de la Ville de Lausanne en la matière. A l’origine du référendum contre la tour Taoua, le collectif Beaulieu a d’ailleurs renoncé à s’associer au document que vient de diffuser la CALQ. Cela pour ne pas nuire aux négociations auxquelles la Municipalité l’a associée pour redéfinir l’avenir du quartier. «Les motivations des associations d’habitants sont extrêmement diverses, observe Urs Zuppinger. Certaines sont opposées à toute forme de densification, d’autres conçoivent sa nécessité.» D’où la voie recommandée du dialogue précoce, pour désamorcer la spirale du refus. (24 heures)

Créé: 20.07.2015, 16h22

Revendications

Le «cahier de revendications» de la CALQ est né d’un exposé qu’Urs Zuppinger a présenté en septembre 2014 à l’assemblée générale de l’association Demain Bussigny. L’urbaniste a souligné à cette occasion le changement de politique urbaine conditionné par la nouvelle loi fédérale sur l’aménagement du territoire. Constat: «Dans la période d’urbanisation extensive, les litiges tournaient pour l’essentiel autour du droit de propriété. Lorsqu’on tente de refaire la ville sur la ville, s’y ajoutent les écarts entre l’usage des lieux et les droits de propriété.» D’où «une plus grande conflictualité» et «la nécessité de privilégier le dialogue comme méthode pour approcher les solutions». C’est sur cette base que le document «Refaire la ville sur la ville, notre point de vue» a été élaboré, puis adopté par douze des quatorze associations de la CALQ. Les revendications y sont résumées en trois points:

Vision globale La CALQ demande que les plans directeurs communaux en cours d’élaboration permettent de débattre de la façon d’atteindre l’objectif de densification avant d’entrer en matière sur des projets précis.

Conventions Passées entre la Municipalité et les propriétaires ou promoteurs, des conventions devraient permettre de fixer dès la planification d’un projet la programmation et le financement des mesures compensatrices négociées avec les habitants.

Concertation Selon la CALQ, «elle peut faire des miracles si elle est accomplie de toutes parts dès le départ avec la volonté d’aboutir à une solution consensuelle».

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