Une méthode sans bémols veut simplifier le solfège

MusiqueUn habitant de Chexbres a créé un système de notation de la musique et un piano adapté, pour aider les débutants à ne pas décrocher

Jacques-Daniel Rochat explique, démonstration à l'appui, comment fonctionne la méthode Dodeka et le piano qui lui est adapté.
Vidéo: Chantal Dervey

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Jacques-Daniel Rochat déteste les bémols. Ce sont eux, et leurs cousins les dièses, qui l’ont éloigné de ses différents apprentissages musicaux. Mélomane tout de même, et persévérant surtout, l’habitant de Chexbres a imaginé un système d’apprentissage de la musique qui fait fi du solfège. Nommé Dodeka, comme la start-up qui a l’ambition de le faire connaître, il est basé sur douze notes au lieu de sept, et sur une notation à quatre portées au lieu de cinq.

«J’ai été victime du solfège, un système sadique et décourageant.»

«On a oublié des notes sur les portées, c’est un mensonge! s’exclame l’inventeur. Baser le solfège sur la gamme de do n’est pas une bonne chose, car c’est déjà un morceau de musique en soi.» La déclaration est assénée comme une vérité: les faits d’armes de la méthode universelle ne font pas vaciller Jacques-Daniel Rochat. «J’ai été victime du solfège, un système sadique et décourageant.» Selon lui, 70% des gens qui apprennent un instrument arrêtent rapidement à cause de cette méthode d’apprentissage. «Et beaucoup de ceux qui s’accrochent maîtrisent mal la lecture, constate-t-il. Près de la moitié d’entre eux aimerait pourtant progresser.»

Douze notes sur un plan

Pour cela, il faut «revenir aux bases de la musique», explique celui qui s’est formé en mécanique dans une école technique à Genève, avant de créer son bureau de recherche et développement, qui couvre des domaines aussi variés que l’architecture et l’informatique. Il y a trente ans, le Géo Trouvetou démontait les touches de son Roland D50 et créait le premier prototype Dodeka. Le principe: aligner toutes les notes, dièses et bémols compris, sur un même plan, en indiquant, grâce à deux couleurs, chaque intervalle de quatre tons ou demi-tons. En parallèle, un système de notation à quatre portées, où les douze «crans» se situent sur la ligne, juste en dessus, juste en dessous ou encore entre deux lignes, permet de retranscrire un morceau existant. La valeur des notes – rectangulaires – est représentée par leur taille. A gauche, une partition réécrite selon le système Dodeka

Accords transposés sans fausse note

L’essai est concluant. Si tant est que l’on remise ses connaissances du «vieux» solfège au placard, la lecture est aisée. «Et une mélodie en ré majeur est transposable en do sans difficulté, si l’on respecte les intervalles», démontre Jacques-Daniel Rochat. En clair, si l’on décale la main en conservant le même écart entre les doigts, les accords sont transposés sans fausse note.

Le musicien autodidacte s’est longtemps contenté de pianoter de manière confidentielle, tout en perfectionnant son prototype (aujourd’hui un Roland FP-7) et en garnissant sa bibliothèque de partitions à quatre portées. C’est son fils, Josua, qui l’a fait sortir du bois. Père et fils ont créé une start-up qu’ils viennent de lancer sur la plate-forme de financement participatif Kickstarter. «Disons que mon père avait la fibre technique et qu’il lui manquait la fibre commerciale», sourit Josua, détenteur d’un master en relations et management international obtenu en Angleterre. Jacques-Daniel Rochat (à dr.) et son fils, Josua, fondateurs de la start-up Dodeka

Logiciel de «traduction»

L’initiative des Rochat n’est ni unique ni la première. De nombreuses méthodes alternatives ont déjà vu le jour. «En 1952, un clavier au design similaire existait déjà au Canada, explique Josua. Ce qui nous différencie, c’est que nous proposons un système global (ndlr: comprenant didactique, partitions et instrument).» Autre changement majeur: l’époque. La technologie actuelle permet par exemple de «traduire» automatiquement, à l’aide d’un logiciel, une grande quantité de partitions. «Et puis la société civile, notamment grâce aux réseaux sociaux, a pris une telle force, que des initiatives comme Uber et AirBnB peuvent se développer, compare Josua Rochat. Nous ne voulons pas changer l’institution, mais proposer une alternative simple et intuitive à ceux à qui elle ne convient pas.»

Réunir 55'000 fr.

Jacques-Daniel et Josua se sont donné jusqu’au 3 février prochain pour tester l’intérêt que suscitent leur méthode et leur clavier. S’ils réunissent 55'000 francs à cette date, ils feront produire une vingtaine de claviers, une quinzaine de xylophones, ainsi que des claviers souples. Ils recherchent d’ailleurs activement des entreprises compétentes, et si possible locales. Ils pourront aussi développer leur application et leur logiciel de composition, et affiner leur manuel d’apprentissage du piano.

A terme, le rêve serait de produire des claviers Dodeka acoustiques et de rendre la méthode accessible au plus grand nombre. «On vit dans un monde où on est de plus en plus spectateur, déplore Jacques-Daniel. Avec Dodeka, nous voulons rendre le jeu – et donc l’action – possible.»

www.dodeka.info/fr ou par téléphone au 079 777 18 49. Soutenir le projet sur www.kickstarter.com (dodeka). (24 heures)

Créé: 10.12.2016, 12h07

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