A mi-chemin, comment va Lausanne Jardins?

BilanLes œuvres ont eu deux mois pour se déployer. Coup de fil à la commissaire, Monique Keller, et palmarès.

"Place to live", fil rouge des murs du parcours de Lausanne Jardins. Image: Marius Affolter

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Y prête-t-on encore attention, à toutes ces installations qui ont pris racine en ville depuis deux mois? Lausanne Jardins continuera pourtant de pousser jusqu’au 12 octobre. Pour l’heure, aucune communication n’est faite sur la fréquentation. Celle-ci est de toute manière difficile à évaluer: l’événement est gratuit et théoriquement accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais les balades guidées et les événements annexes ont du succès, disent les organisateurs.


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Les deux canicules qui ont déjà frappé les végétaux n’ont pas fait de dégâts. On a mis les moyens. «Le Service des parcs et domaines a bien fait le travail et entretenu tout ce qu’il fallait entretenir», résume Monique Keller, commissaire en chef. Aucune déprédation d’origine humaine n’est à signaler.

Le vent fait des siennes

Ce sont plutôt les installations «design» qui souffrent. À Bellefontaine, une voile rouge censée suivre les mouvements provoqués par la bouche d’aération du parking a été détruite par le vent dès les premiers jours. Puis réparée et détruite à nouveau. Elle est depuis tristement posée là. Ailleurs, comme dans le passage sous-voies de Saint-François, ce sont des «vandales» qui ont abîmé, à deux reprises, les installations.

Star précoce et contestée de Lausanne Jardins, le jet de Saint-François n’a provoqué aucun accident… mais des doléances si. Principalement de ceux qui disent ne l’avoir jamais vu. Et ils sont nombreux. Un mardi matin, il aura fallu attendre plus de dix minutes pour le voir. «On nous a aussi reproché de gaspiller de l’eau, lâche Monique Keller. C’est absurde, l’eau est pompée au lac. L’installation coûte en énergie, à la limite. Et bon: il faut se rappeler qu’on fait tous les jours nos besoins dans de l’eau potable et que ça ne choque pas grand monde…»

Ceux qui pourraient rester

«Micro Macro» (Montétan), «La Grande Pimprenelle» (promenade Jean-Villard-Gilles), la terrasse Bellefontaine… ces installations semblent plaire au public et bien s’insérer dans la ville. Il y a fort à parier qu’on ne les supprimera pas à la mi-octobre. Les chaises et les herbes folles sous le peuplier de l’avenue du Théâtre ont aussi été adoptées. Mais, «pour l’instant en tout cas, la BCV ne souhaite pas les conserver», relève Monique Keller.


Les plus beaux

C’est l’une des grandes réussites de l’édition. «Micro Macro» est tout ce qu’on aime à Lausanne Jardins. Il révèle un lieu que les Lausannois ne fréquentent jamais, le square de Montétan. Il est luxuriant: la verdure enveloppe le visiteur, donne à voir une grande palette de végétaux et offre même à manger. Du coup, il pousse aussi à la réflexion sur l’agriculture urbaine. Et, cerise sur le gâteau, on peut s’y installer confortablement.

Style radicalement différent et bien plus minimaliste, mais qui fait aussi voyager le regard vers le ciel, «Kokedamas», dans la cour de la tour Galfetti, réussit son pari. «La Grande Pimprenelle», promenade Jean-Villard-Gilles, s’intègre parfaitement à son amphithéâtre. Une jolie prairie circulaire pousse tranquillement à la place du gazon bien propret qui l’a précédée. Tout près, sur le parking de Bellefontaine, de nombreuses dalles ont laissé place à de belles herbes folles, à des fleurs. De quoi transfigurer ce lieu d’ordinaire peu engageant. Le parc Jean-Jacques Mercier est lui tout aussi beau qu’à son habitude, mais Lausanne Jardins rappelle qu’il est bon d’aller y faire un tour. Les installations, pointues et plutôt techniques, sont compensées par une poétique machine à brume.


Les insolites à bestioles

Certaines installations passent un peu inaperçues, et pourtant, il vaut la peine d’aller les découvrir. Entre le chemin des Clochetons et l’entrée du tunnel du LEB, une petite forêt pousse des cris d’animaux. Un peu trop fort, d’ailleurs. Dès les débuts de la manifestation, des plaintes contre les hurlements des loups dans les haut-parleurs ont forcé Lausanne Jardins à revoir le concept à la baisse: horaires restreints, volume diminué, oiseaux et crapaud sont privilégiés. Il faut tendre l’oreille! Presque en face de cette réalisation, perché devant l’Hôpital ophtalmique, «Vanitas» représente un sanctuaire pour le bois qui meurt. Champignons – à arroser – et coléoptères boostent le processus de pourriture. Un petit havre au calme. Plus loin, au pied d’un immeuble de l’avenue de Rumine, de drôles de créatures peuplent ce qui est habituellement un gazon qui met une limite entre le building et le trottoir. Un sas qui tient les gens à distance. «Sous leur forme habituelle, ces espaces demandent beaucoup d’entretien et ne sont pas très beaux, alors qu’ils pourraient être plus simples et sympas comme ici.»


Le «plus politique»

Le très bizarre «Ciné-parc de la terre» est, de l’aveu de Monique Keller, le plus «politique» des jardins de l’édition. Pourquoi diable avoir parqué cinq bagnoles, sur un parvis d’église où la vue est parmi les plus spectaculaires de la ville? Parce que le reste du temps, c’est déjà un parking, rétorque Monique Keller. «Et nous ne sommes pas une société d’embellissement de Lausanne!» Ainsi, il a été décidé de «magnifier» ce parking alors que la commissaire le trouve «absurde et très dommage». Elle veut que «les citoyens réfléchissent vraiment à la place de la voiture. Certains disent que sans elle, il n’y a plus de vie. Mais c’est sans végétal qu’il n’y a plus de vie…» Plus loin, un jardin participatif qui mord temporairement sur des places de parking a d’ailleurs provoqué des lettres de protestation, confie la commissaire.


Les incompréhensions

L’image de synthèse était pourtant prometteuse. Mais la réalisation n’est pas à la hauteur. Sur le Grand-Pont, le quadrillage vert et biscornu du trottoir nord ne ressemble à rien. L’illusion d’optique n’opère pas ou que très légèrement. Monique Keller dit comprendre la critique mais défend le projet. «Il évoque la topographie de Lausanne. Sans ce franchissement très volontariste du Grand-Pont, la ville ne serait pas la même.» Elle rappelle aussi que «Lausanne Jardins, même si son nom est trompeur, n’est pas là que pour mettre de jolies chaises et des bacs de fleurs»! Une façon aussi de balayer la critique sur un jardin peu riant: les arbres blancs de la rampe de Bel-Air. «C’est un projet de la Ville, mais je n’y étais pas opposée. Là, l’installation accentue que dessous, ce sont des grilles, que c’est un lieu où rien ne peut pousser. Oui, il aurait été possible de végétaliser cet endroit, comme d’autres d’ailleurs. Mais en faisant d’énormes efforts, en dépensant beaucoup d’énergie… Nous avons choisi d’aller là où il y a vraiment de la pleine terre.» Questionner les manques en la matière, ou les drôles de choix urbanistiques: voilà des missions que Lausanne Jardins s’impose.

Créé: 14.08.2019, 08h06

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