Des migrantes s’activent pour sortir de l’isolement

BussignyDans le cadre d’une formation, des femmes immigrées améliorent leur intégration en tenant une boutique.

Les participantes à la formation de la boutique Taffetas, à Bussigny, en compagnie de la municipale Germaine Müller, initiatrice du projet (à dr.).

Les participantes à la formation de la boutique Taffetas, à Bussigny, en compagnie de la municipale Germaine Müller, initiatrice du projet (à dr.). Image: Marius Affolter

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«Mon plus jeune fils a 9 ans. Je me suis dit que ça allait être le moment de me construire moi-même.» Jeune trentenaire, Milena a quitté la Serbie pour rejoindre la Suisse il y a près de quinze ans. Femme au foyer, elle a depuis consacré l’essentiel de son temps à ses enfants. Jusqu’à ce début d’année.

Milena est l’une des sept participantes à une formation inaugurée en janvier à Bussigny. En ce début du mois de juillet, elle et le reste de sa volée viennent de finir, au bout de cinq mois, un cursus pas comme les autres. Première particularité, c’est dans un magasin que cela se passe, l’idée étant avant tout de faire un premier pas dans une activité professionnelle.

Boutique créée dans ce but

Située sous la gare, la boutique de vêtements de seconde main Taffetas a été créée dans ce seul but, mais sans pour autant être une coquille vide. Depuis son ouverture, elle s’est en effet constitué une clientèle bien réelle. Les participantes à la formation, toutes d’origine étrangère et en Suisse depuis quelques années, s’y sont relayées à raison d’au moins un jour de travail par semaine.

«On nous a par exemple formées pour être capables d’ouvrir la boutique et tenir la caisse», explique Milena, qui, jusque-là, n’a pas connu le monde professionnel, ni dans son pays d’origine ni en Suisse. Pour des femmes au parcours similaire, cela explique en partie une intégration qui reste à faire et un français encore hésitant, même plusieurs années après leur arrivée. «J’ai pris des cours pour apprendre la langue, mais les occasions de parler étaient très rares. Comme je ne travaillais pas et m’occupais de mes enfants, j’étais vraiment coupée du monde», détaille Milena.

Sortir de chez soi

Lorsqu’elles donnent de leur temps à la boutique, les participantes ne sont pas rémunérées. En revanche, le produit des ventes contribue à couvrir le coût de la formation, qui reçoit aussi des financements de la Commune de Bussigny, de la Loterie Romande et du Canton. Pour la déléguée à l’intégration de l’Etat de Vaud, Amina Benkais Benbrahim, Taffetas a la particularité de viser deux publics cibles prioritaires pour ses services: les femmes et les personnes isolées. Elle relève l’une des difficultés que celles-ci rencontrent lorsqu’elles veulent s’intégrer en se formant: «Maîtriser le français est un préalable indispensable, même pour les formations courtes qui ouvrent des perspectives aux personnes non qualifiées.»

C’est justement l’un des problèmes que le projet bussignolais cherche à contourner. Il vise aussi à ouvrir plus de perspectives aux femmes migrantes que les travaux de nettoyage et la carrière d’aide soignante, selon Germaine Müller, conseillère municipale à Bussigny et initiatrice du projet. En plus des cours de français et du contact avec les clients, le programme inclut ainsi des cours d’informatique et l’obtention d’un certificat en entretien des textiles. «Il s’agit d’ajouter des lignes à un CV avec une expérience et un vrai papier. Mais les participantes devraient continuer à se former. C’est pour cela que je préfère parler de tremplin», précise encore Germaine Müller.

Encore du chemin à faire

Pour les femmes migrantes sans qualifications et peu à l’aise en français, les aides pour s’intégrer dans le monde du travail restent limitées dans le canton de Vaud, surtout lorsque ces femmes ne sont ni au chômage ni à l’aide sociale. Pour les participantes à la formation donnée à Bussigny, il y aura encore du chemin à parcourir, mais elles ont fait un premier pas. «Le jour où on se présentera quelque part, on se sentira prêtes», explique Natasha, qui entre elle aussi dans la vie active pour la première fois, après plusieurs années consacrées à ses enfants.

Créé: 13.07.2015, 08h08

Cinq mois pour le pied à l’étrier

La prochaine formation donnée à la boutique Taffetas, à Bussigny, aura lieu de septembre 2015 à février 2016. Les inscriptions sont ouvertes pour 8 à 10 participantes. Gratuite, la formation s’adresse en priorité à des femmes ayant immigré en Suisse il y a au moins cinq ans et qui ne sont ni au chômage ni à l’AI. Elle comprend trois modules:

Entretien des textiles Un jour de cours par semaine pendant deux mois avec, à la clé, un certificat délivré par le Centre d’enseignement des métiers de l’économie familiale (CEMEF), à Morges.

Français Un cours par semaine pendant cinq mois pour atteindre le niveau B1-B2.

Informatique Un cours par semaine pendant cinq mois.

Pratique professionnelle Un jour de travail par semaine au magasin, non rémunéré, mais permettant la gratuité de la formation.

Infos et inscriptions taffetas.ch

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