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Lausanne veut ranger le harcèlement au musée

La Ville a lancé une campagne de sensibilisation avec une vidéo écrite par Yann Marguet, transformé en guide de ce lieu particulier.

Un musée d’un nouveau genre naît à Lausanne. Celui, fictif, du harcèlement de rue. La Ville l’a présenté lundi au public et souhaite pouvoir l’ouvrir «au plus vite». La visite en vidéo est néanmoins déjà possible. Dans le rôle du guide déambulant dans l’histoire d’une pratique que Lausanne souhaite voir appartenir au passé, l’humoriste Yann Marguet. Et en bande originale: «L’amour est un oiseau rebelle», de Georges Bizet.

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L'édito:Un faux musée face à la réelle ignorance

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Le musée se veut transdisciplinaire. Le harcèlement de rue mobilise les arts plastiques, l’installation sonore, la peinture… «Il y a de nombreux angles différents à cette problématique», justifie Yann Marguet, auteur de la vidéo avec l’agence Messieurs.ch. On y voit les gestes, «la main aux fesses, grand classique». Ou encore l’absence de réaction, la passivité de ceux qui assistent au harcèlement. On y entend les petites phrases, les insultes.

Le public se voit ainsi confronté à un ensemble de comportements sans être jugé, stigmatisé ou réprimé. Il avance à son rythme. «On avait eu l’idée, dans un premier temps, de suivre un mec qui nous montrait ces médailles de harceleur. Ses trophées. Mais il aurait forcément eu un look, une manière de s’exprimer… Nous avons voulu éviter cela.» Et montrer le harcèlement ordinaire, interstitiel, insidieux. «Le musée permet une prise de distance», dit Yolande Gerber, de l’observatoire de la sécurité.

Yann Marguet n’a pas été approché par la Ville de Lausanne pour rien. Au-delà du «génie artistique» souligné par Pierre-Antoine Hildbrand, municipal chargé de la Sécurité, l’humoriste est sensible à la question. Une de ses vidéos les plus populaires, passée sur Couleur3, touchait précisément à cette thématique. Loin de s’ériger en moralisateur, l’humoriste tenait déjà cette ligne de la blague qui fait réfléchir. De l’anodin qui peut faire mal. «Une nuit, je rentrais chez moi, il devait être 3 h du matin, se souvient-il. Une fille marchait seule, 50 mètres devant moi. À un moment, mon pied a ripé, ça a fait un bruit. Elle s’est retournée vite fait et s’est mise à presser le pas. Je me suis dit qu’on a vraiment un problème.»

Des mois durant, il a travaillé avec l’agence Messieurs.ch. Jusqu’à trouver un ton, une idée qui puisse aborder le harcèlement sexuel dans tout ce qu’il a de plus «sensible», comme le dit Pierre-Antoine Hildbrand.

Au-delà du coup médiatique – la vidéo est bien partie pour être virale – toute une campagne de sensibilisation est lancée. La Ville de Lausanne, aux manettes et visiblement très impliquée dans cette lutte, avait annoncé en décembre dernier une série de mesures, de la formation des policiers à la récolte de données via un formulaire, en passant par la prévention dans les écoles.

Nombreux partenaires

Pour frapper juste, une longue liste d’acteurs a été associée à la démarche. Profa, GastroLausanne, la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme, VoGay, le Conseil des jeunes et les Transports publics de la région lausannoise (TL). Durant toute cette semaine, chacun déclinera ses messages de prévention ciblés sur les réseaux sociaux. Profa insistera par exemple sur la notion de consentement. Les TL diffuseront dans leurs véhicules de courts clips sur la thématique. Partout en ville, une affiche, un dépliant d’information seront aussi diffusés.

Ce dernier définit, et c’est toujours utile: «Le harcèlement de rue désigne les comportements prenant place dans les lieux publics et visant à interpeller des personnes, verbalement ou non, en leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants ou insultants, en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle réelle ou supposée.» Des outils légaux – la plainte – ou encore des comportements à adopter si l’on est victime de harcèlement complètent le feuillet d’information de cette campagne, pour laquelle Lausanne débourse 50 000 francs.

Il n’est pas impossible que ce musée fictif donne lieu à d’autres vidéos où les différentes facettes du harcèlement de rue pourraient être déclinées et explorées. La version actuelle donne en effet un panorama volontairement large. Une façon, aussi de s’adresser aussi bien aux victimes qu’aux auteurs et aux témoins.

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