Un nouvel abri de nuit accueille les SDF sans poser de questions

LausanneOn y dort par terre, mais l’anonymat est total. Après une semaine d’activité, Le Répit de la Fondation Mère Sofia est déjà plébiscité. Reportage.

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Lausanne, rue Saint-Martin. L’horloge indique bientôt 23 h 30 dans la grande salle qui abrite la Soupe populaire. Le dernier repas a été servi il y a deux heures. On a débarrassé les tables, on a éteint les néons et branché quelques vieilles lampes de salon. Changement d’ambiance. C’est l’heure de dormir. Les portes s’ouvrent à nouveau. Une poignée d’hommes s’engouffrent sans bruit, laissant derrière eux le froid glacial de cette nuit de janvier.

Depuis lundi dernier, la Fondation Mère Sofia, qui gère la Soupe populaire, offre un nouvel abri nocturne aux démunis de Lausanne. Nommé Le Répit, il se distingue des autres hébergements d’urgence de la Ville par une politique d’accueil inconditionnel. Ici, toute personne peut s’installer au chaud, de 23 h 30 à 7 h du matin, sans donner son nom ni rendre de comptes, libre d’aller et venir quand elle le souhaite.

Sur des tapis de sol

À l’entrée, les premiers pensionnaires de la nuit prennent un ticket et se dirigent vers un petit buffet qui sert du thé et des petits en-cas. Les pas sont feutrés, les voix en sourdine. Tandis que certains s’asseyent pour discuter, les plus fatigués se préparent déjà à dormir. À même le sol ou sur les longs bancs de la cantine, ils étalent des tapis de yoga mis à disposition et déroulent les couvertures qu’ils ont amenées avec eux. C’est qu’au Répit, il n’y a pas de lits.

«Nous n’empêchons pas de dormir, mais nous n’organisons pas le sommeil», explique Yan Desarzens, directeur de la Fondation Mère Sofia. C’est lui qui s’est battu pour créer ce nouvel abri, avec des financements apportés par la Ville de Lausanne. «Il ne s’agissait pas de concurrencer les structures existantes. Je reste bien sûr convaincu que l’on dort mieux dans un lit, mais cette offre comble un besoin.» Le Répit peut accueillir jusqu’à 80 personnes. Vendredi soir, les premières heures ont vu venir une petite dizaine de sans-abri. Au bout de la nuit, ils étaient pourtant 47 à avoir franchi la porte de l’abri. Le lendemain, ce chiffre est même monté à 70.

Des lits improvisés

«Une partie de la population précarisée vient ici faute de trouver de la place dans les autres structures», relève Yan Desarzens. Autre écueil: pour accéder aux hébergements existants, les sans-abri doivent donner leur identité auprès d’une centrale de réservation. Une condition qui rebute une partie d’entre eux ou ne convient pas à leur réalité: «Les consommateurs de drogue, par exemple, planifient rarement leur hébergement, explique Yan Desarzens. Ils ont aussi besoin de sortir consommer au milieu de la nuit, ce que les structures d’accueil d’urgence ne permettent pas. C’est ainsi qu’ils se retrouvent à dormir dehors.» Vers 1 heure du matin, deux toxicomanes continuent en effet d’aller et venir et ne semblent pas près de fermer l’œil. Mais les pensionnaires du Répit sont loin – très loin – d’avoir tous le même visage. Assise seule à une table, une jeune fille n’en finit pas de boire un thé chaud. Avec ses airs de gymnasienne, elle détonne, mais garde son secret. Discrète, fragile, elle refuse toute conversation d’une petite voix polie.

Non loin, deux jeunes Africains, eux aussi attablés, s’accordent une escale dans une nuit qui s’annonce plutôt active: «On va repartir en boîte, jusqu’à 4 h je pense. Puis on reviendra ici.» Ce ne sont pas des fêtards comme les autres: «Où je dors d’habitude? Au Sleep-In ou à l’abri PC (ndlr: deux hébergements pour sans-abri lausannois). Quand il y a de la place, je veux dire.»

Pendant ce temps, les autres dormeurs gagnent petit à petit leur lit improvisé. Parmi eux, un sans-abri de longue date assure que, d’ordinaire, il ne connaît que la rue: «C’est un choix!» lance-t-il. Le Répit va-t-il devenir son nouveau chez-lui? «Je n’ai encore rien décidé», pose-t-il, comme si la question n’avait rien d’essentiel. Un autre homme raconte quant à lui comment sa femme l’a jeté dehors il y a quelques jours. «C’est la police qui m’a parlé de cet endroit.» Sans ses affaires, ignorant les possibilités d’hébergement d’urgence, il s’était retrouvé à passer une nuit sur un banc. Le Répit? «C’est temporaire», jure-t-il.

Créé: 22.01.2018, 07h14

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