Les nouvelles règles des nuits lausannoises

SécuritéDès le mois de juin, la «capitale des nuits romandes» se voudra plus sage. Le catalogue des mesures est bouclé


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Il aura fallu environ une année à la ville de Lausanne pour tenter de rétablir le calme dans ses rues. Celle qui, au fil des libéralisations, a arboré fièrement son blason de «capitale des nuits romandes» a fini par prendre la mesure d’une réalité qui l’a dépassée. Une nuit de la mi-mai, l’an dernier, a donné un coup d’accélérateur à cette démarche, lorsque 200 jeunes ont affronté la police à la place Bel-Air. C’en était trop, et les élus lausannois viennent d’adopter une série de restrictions qui devraient entrer en vigueur au 1er juin, afin de tenir compte du délai référendaire.

La ville deviendra-t-elle une zone sécuritaire? Le fait est que la Municipalité s’est désormais dotée de moyens qui devraient lui permettre de corriger une situation décriée par tous les bords politiques. L’UDC avait tapé la première, pour dénoncer les excès des noctambules. Devant le plénum, la formation a toutefois relativisé la portée du nouveau règlement de police. «Nous allons accoucher d’une souris, puisque nous ne savons pas encore ce que fera la Municipalité de cet outil», doutait Philippe Stauber.

En effet, plusieurs zones d’incertitude restent à préciser par l’exécutif: quelle sera la taille des zones d’exclusion? quels clubs se verront refuser l’autorisation de prolonger leur ouverture jusqu’à 5h? Quelles priorités seront données aux agents de police? Municipal en charge de la Sécurité publique, Grégoire Junod précise: «Ce règlement nous donne un cadre, mais il ne sera pas suffisant tant que nos effectifs n’auront pas été renforcés, à partir de l’an prochain.»

Reste que le signal donné par les autorités est aujourd’hui marqué. A tel point que les élus communaux ont choisi d’arrondir certains angles, comme ils l’ont fait avec les petits commerçants vendant de l’alcool. Plutôt que 19h, le plénum a été repoussé à 20h, l’heure de fermeture. Pour le reste, les dealers sont en ligne de mire, la consommation problématique d’alcool aussi et les renforts policiers sont en marche. Ne reste plus qu’à en constater les effets dans la rue.

Dès le mois de juin, les noctambules risquent...

… de trouver les clubs fermés

Les clubs lausannois devront participer activement à la pacification des nuits. Ainsi, les élus ont adopté l’avancement de l’heure de police, qui fixe à 3h la fermeture des établissements nocturnes. A l’annonce de cette mesure, plusieurs patrons de discothèque ont annoncé qu’elle mettait en danger la viabilité économique de leur entreprise. Ils auront toutefois la possibilité de prolonger la nuit jusqu’à 5h. Mais pour cela, il s’agira de jouer le jeu de la Municipalité.

«La charte que la Ville avait signée avec les grands clubs s’étend à tous les clubs et devient une règle qui a valeur de loi», souligne Grégoire Junod. Ainsi, les clubs devront assurer la sécurité dans leurs murs, comme aux abords de l’établissement. Des détecteurs de métaux devront en outre équiper les vigiles à l’entrée. Les couteaux seront saisis et remis à la police pour destruction. Grégoire Junod commente: «Si une personne ne veut pas voir son bien détruit, elle peut renoncer à entrer dans l’établissement.»

… de devoir changer de quartier

La Ville entend également protéger les 12 000 habitants qui résident dans son hypercentre, soit à proximité de la vie nocturne. Pour le moment, quatre quartiers ont été désignés comme étant «à habitat prépondérant». Ce qui signifie que la Municipalité pourra y refuser l’ouverture d’un nouvel établissement. Et lors de toute modification dans la licence, la ville pourra en profiter pour fixer des restrictions d’usage, qui devraient contribuer à apaiser la vie nocturne. Ces quartiers sont: la Cité, la place du Tunnel, le haut de la rue Marterey et le rectangle formé par les rues de l’Ale, de la Tour, Neuve et Saint-Roch.

… la gorge sèche

Les autorités lausannoises ont clairement voulu restreindre les possibilités d’acheter de l’alcool, en soirée, ailleurs que dans les bistrots. Ainsi, les petits commerces de quartiers qui vendent de l’alcool verront leur heure de fermeture fixée à 20 h le week-end, au lieu de 22 h actuellement. L’horaire adopté est finalement moins restrictif que les 19 h souhaités par la Municipalité.

Reste que cette mesure pourrait ne jamais être appliquée sous cette forme. En effet, la ville de Lausanne compte sur le Conseil d’Etat pour revisiter la loi cantonale sur les débits de boissons (LADB). L’objectif visé permettrait un double horaire aux commerces vendant de l’alcool. Ils pourraient rester ouverts jusqu’à 22 h, à condition de verrouiller le rayon des bouteilles plus tôt. Grégoire Junod espère une évolution de ce dossier avant l’été et ne compte pas imposer à ces commerces une fermeture qui pourrait n’être que provisoire.

… l’amende ou l’expulsion

En cas de troubles, les noctambules auront affaire à un nouveau point de règlement qui les contraint à obéir aux injonctions de la police. Cette mention n’existait pas jusque-là et ne permettait pas aux agents de faire bouger les gêneurs lorsqu’une intervention est en cours. Les récalcitrants risqueront une amende. «Dans les situations d’urgence, la police doit pouvoir faire son travail», justifie Grégoire Junod.

Outre l’amende, c’est carrément l’exclusion d’un secteur qui pourra être prononcée à l’encontre des fauteurs de troubles. Ceci pour une durée de 24 heures au maximum, dans un premier temps. En cas de violation de cette sanction, l’interdiction d’un périmètre pourrait grimper à 3 mois. A noter que les fauteurs de troubles ne seront pas sanctionnés de la sorte à leur première incartade. Ils devront être des récidivistes. La Municipalité vise ainsi particulièrement les dealers.

Reste à savoir quelle sera la taille des périmètres d’exclusion. Un détail que la Municipalité doit encore fixer. Grégoire Junod estime, lui, qu’un espace du type «place Saint-François élargie» est envisageable.

… de perdre leurs bouteilles

Les zones où la consommation d’alcool serait interdite en soirée n’ont finalement pas été retenues. Les noctambules qui aiment se réunir dehors pour boire un coup pourront donc continuer à le faire. En revanche, les nouveaux points de règlements adoptés par les politiques permettront à la police d’intervenir dans un cadre mieux défini. Ainsi, au moindre accroc, les agents pourront constater le trouble à l’ordre public et saisir les boissons des noctambules trop turbulents. Reste encore à trouver un moyen de ne pas transformer l’Hôtel de police en cave à bouteilles entamées, puisque leur destruction n’est en principe pas autorisée.

Les raisons d’intervenir ne manquent pas dans le règlement de police: «Est interdit tout acte de nature à troubler la tranquillité et l’ordre publics», «faire du bruit sans nécessité», etc. La rédaction laisse une large place à l’imprévu. «La consommation d’alcool, lorsqu’elle trouble l’ordre public, est interdite», résume le municipal Grégoire Junod.

Par ailleurs, le règlement reprend la loi fédérale sur les armes en interdisant le port d’objets dangereux «s’il y a lieu de penser qu’ils seront utilisés de manière abusive». Là aussi, en cas de problème, la police pourra saisir couteaux et autres armes susceptibles de blesser des personnes.

Créé: 14.03.2013, 07h07

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