Obligé par l’UDC, le Grand Conseil s’empare de la sécurité à Lausanne

DrogueAprès la mendicité et la vente d’alcool, le parlement discute mardi de la politique lausannoise de la drogue et de l’ouverture d’un local d’injection. A droite, on veut serrer la vis

Local d'injection à Genève.

Local d'injection à Genève. Image: GUIRAUD LAURENT (Archives)

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C’est une tactique politique qui a fait ses preuves en terres vaudoises, alors pourquoi ne pas la tenter à nouveau? Quand Lausanne – qui héberge un Vaudois sur six et où la gauche est ultra-majoritaire – trace sa propre voie en matière de sécurité, les perdants amènent le débat au niveau cantonal. C’est-à-dire là où les forces politiques sont plus conservatrices.

Après avoir validé l’initiative de l’UDC pour interdire la mendicité alors que Lausanne l’autorise avec des restrictions, la droite tentera à nouveau le coup au Grand Conseil mardi, pour la première séance de la législature. Cette fois-ci, c’est le futur local d’injection lausannois qui est dans le viseur de la droite.

Accepté par le Conseil communal en mai (par 71 voix contre 10, avec une abstention), cet «espace de consommation sécurisé» doit permettre aux personnes toxicomanes de consommer de la drogue sous la surveillance d’un personnel soignant. Le député UDC Philippe Ducommun a déposé une motion pour interdire ce genre d’espace et les 150 députés devront dire ce qu’ils en pensent.

Mauvais perdants?

Cette stratégie rappelle aussi, en partie, celle qui entourait la vente d’alcool en 2015. Alors que la gauche promouvait la méthode lausannoise pour interdire toute vente à l’emporter en soirée, la droite a réussi à obliger la capitale à assouplir sa réglementation en autorisant la vente de vin.

Philippe Ducommun, qui siège aussi au Conseil communal de Lausanne, réfute toute accusation de «mauvais perdant». «En amenant le débat au Grand Conseil, nous employons toutes les possibilités à notre disposition. La gauche aurait fait de même si elle avait perdu», explique-t-il. A propos de la similarité de cette tactique avec celle de la mendicité, Philippe Ducommun commente: «Lausanne apporte sur la table des sujets importants, qui ont des répercussions au niveau cantonal. En l’occurrence, la problématique du shootoir est aussi vaudoise, car il est prévu que l’Etat participe au financement. En fait, tous les Vaudois risquent de payer le shootoir. Ce premier essai risque d’ouvrir la porte à d’autres, ailleurs dans le canton.»

Droite divisée

Autre opposant au local d’injection, le nouveau député libéral-radical Guy Gaudard – qui siège au Conseil communal de Lausanne – réfute également l’idée d’une revanche des perdants. «C’est un sujet important, un sujet de société, dont il faut discuter», commente-t-il. Lui mise non sur la consommation, mais sur la thérapie liée à une réinsertion des personnes toxicomanes sur le marché du travail.

Reste que le PLR sera divisé, comme pour la mendicité. Ainsi le Lausannois Mathieu Blanc s’opposera-t-il à la motion. «Certes ce projet n’est pas idéal et n’est pas forcément un bon signal. Mais nous voulons donner sa chance à un système qui a déjà été testé dans d’autres villes. Le projet a bien évolué depuis le local d’injection proposé en 2007 et refusé en votation.»

Que dit la Municipalité de Lausanne de cette tactique de l’UDC et d’une partie du PLR? «Notre système politique le permet. Je n’y vois aucun problème», répond le municipal en charge de la Cohésion sociale, le socialiste Oscar Tosato, lui-même ancien député. Et il ajoute que l’UDC se «trompe de cible» en remettant en question une solution adoptée par le Conseil communal.

«Un problème lausannois»

La gauche s’opposera à la motion de l’UDC, arguant qu’un local d’injection permet d’accroître la sécurité sur l’espace public et réduit les risques de transmissions de maladie entre personnes toxicomanes. «Je suis surpris que ce débat revienne par le Grand Conseil», commente l’Yverdonnois Vassilis Venizelos, chef du groupe des Verts. «C’est un problème qui concerne avant tout la ville de Lausanne.» Même son de cloche de la part de la cheffe du groupe socialiste, Valérie Induni, qui habite Cossonay: «Je suis frappée par la démarche de l’UDC. C’est surprenant de la part d’élus qui tiennent fortement à l’autonomie communale.»


Dossier: Sécurité à Lausanne (24 heures)

Créé: 20.08.2017, 22h04

Dossiers

«Certes ce projet n’est pas idéal. Mais nous voulons donner sa chance à un système qui a déjà été testé dans d’autres villes»

Mathieu Blanc, Député PLR

«Je suis frappée par la démarche de l’UDC. C’est surprenant de la part d’élus qui tiennent fortement à l’autonomie communale»

Valérie Induni, Cheffe du groupe socialiste

«C’est un sujet important dont il faut discuter. La solution passe par la thérapie et la réinsertion sur le marché du travail»

Guy Gaudard, Député PLR


«La problématique du shootoir est vaudoise, car l’Etat participera au financement. Tous les Vaudois risquent de payer»

Philippe Ducommun, Député UDC

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