«Pourquoi ont-ils tué ma fille?»

TémoignageAlfred Badel, le Vaudois dont la fille adolescente a été assassinée avec son ex-épouse aux États-Unis, raconte son calvaire.

Le père de l'adolescente, Alfred Badel, est révolté.

Le père de l'adolescente, Alfred Badel, est révolté. Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une épreuve sans fin. C’est ce qu’Alfred Badel a l’impression de vivre depuis le 10 novembre. Cet employé communal d’Écublens a alors appris la mort de sa fille, Samantha, 16 ans. L’adolescente venait d’être tuée aux États-Unis par son beau-père américain, qui a ensuite ôté la vie de son propre fils de 5 ans, avant de tuer la mère des enfants puis de se suicider. Un drame effroyable qui a eu un retentissement international.

«J’ai appris la mort de Samantha par les médias, raconte Alfred Badel, encore sous l’émotion. La police vaudoise essayait de me contacter avec un numéro masqué, or je ne réponds jamais à ce genre d’appels.» Le mécanicien d’Ecublens a l’impression que le monde s’écroule sous ses pieds. «J’ai passé par tous les sentiments. La tristesse, la rage, je m’en voulais aussi… C’était un tel cauchemar que je ne pouvais même pas rester à la maison: je suis allé travailler le lendemain.»

Horreur et incompréhension
L’horreur est encore montée d’un cran cette semaine. Selon la police de l’Utah, qui investigue sur le drame, les époux auraient planifié ensemble la tuerie. Ils auraient échangé des messages évoquant le moment «où cet incident tragique aurait lieu». Alfred Badel encaisse un nouveau choc: «Pourquoi ils s’en sont pris aux enfants? Pourquoi ont-ils tué ma fille? Je ne comprends pas, c’est révoltant! Mon ex-femme avait des phases de dépression et elle pouvait être manipulatrice, mais de là à faire une chose pareille…»

Alfred Badel regarde avec tristesse les photos de sa fille. Divorcé dans les années 2000, il la voyait de temps en temps. Enceinte d’un second enfant avec son nouvel ami américain, son ex-épouse propose en 2011 qu’il reprenne la garde de Samantha, alors âgée de 10 ans. «On a arrangé ça à l’amiable, je ne voulais pas retourner au tribunal.» Sa fille passera deux années avec lui, qu’il décrit comme deux années de bonheur. Les souvenirs affluent: «Samantha était très timide, je lui ai fait faire du taekwondo. Elle s’intéressait à des tas de choses, même au motocross que je pratiquais quand j’étais jeune. Elle adorait les animaux et elle voulait devenir vétérinaire. Je lui disais qu’elle devait bosser à l’école pour y arriver.»

En 2013, à 12 ans tout juste, Samantha retourne vivre avec sa mère. «La dernière chose qu’elle m’a dite, c’est: «Papa, je ne veux plus te revoir.» Je crois que sa mère l’avait montée contre moi.» Début 2013, en moins de trois mois, Alfred Badel perd son père, sa mère et la garde de sa fille, qu’il ne verra plus. Du jour au lendemain, le numéro de téléphone de Samantha est modifié. «J’aurais aimé lui dire que je l’aime plus que tout», dit-il, en larmes.

Maladresses en série
Le rapatriement du corps a constitué une autre épreuve pour Alfred Badel. «En fait, on a rapatrié ses cendres, car la police américaine disait qu’il ne fallait surtout pas qu’on voie le corps.» Au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), une employée tente de le consoler: «Elle m’a dit que ma fille n’a pas souffert car elle a reçu une balle dans la tête.» Berne lui donne le numéro de l’entreprise de pompes funèbres américaine qui s’est chargée de la levée du corps. «Je ne parle pas l’anglais, j’ai dû passer par une entreprise intermédiaire en Valais. Cela a coûté 5000 francs pour rapatrier les cendres. Elles sont arrivées dans une simple boîte, j’ai dû aller acheter une vraie urne.»

L’urne dans une calèche
Pour offrir à sa fille une cérémonie digne, le 11 décembre, son père fait transporter l’urne dans une calèche avec un cheval noir. «Elle aurait aimé ça.»

À Ecublens, l’épreuve d’Alfred Badel a ému les autorités et le personnel communal, qui lui ont adressé de nombreux messages. Sans réponses véritables sur les causes du drame, il veut aujourd’hui «essayer d’oublier et aller de l’avant. C’est ce que Samantha aurait voulu.»

Créé: 05.01.2018, 22h19

Quatre morts par balles et un mystère

Timothy G., Américain de 45 ans, a tué Samantha, sa belle-fille de 16 ans, puis Alexandre, son fils de 5 ans, avant de tirer sur son épouse, Jessica G. (42 ans), et de se suicider, le 10 novembre dernier, dans une maison au sud de Salt Lake City (Utah). Le corps de la jeune fille a été retrouvé dans un lit au rez-de-chaussée, les trois autres dans une chambre à l’étage. Le chien de la famille, un bulldog, a également été tué par balles. Des éléments d’enquête dévoilés mercredi suggèrent que le couple avait planifié ensemble la tuerie familiale.



La mère semblait souffrir d’un cancer des ovaires en phase terminale. Le mari, qui aurait commis les homicides avec deux fusils différents, était violent et souffrait peut-être d’une maladie mentale. Mais une question au moins demeure sans réponse: pourquoi la famille, qui a vécu à Étoy, aux Verrières (NE) puis à La Chaux-de-Fonds, est-elle subitement partie aux États-Unis au début de l’été 2017? «Ils ont laissé toutes leurs affaires dans leur appartement, cela ne ressemble pas à un déménagement, s’étonne Alfred Badel, père de Samantha. Que s’est-il passé exactement?»

Articles en relation

Vaudois tués: le couple avait tout planifié

Etats-Unis Une famille américano-suisse de quatre personnes avait été retrouvée morte en novembre dans sa maison de Mapleton, dans l'Utah. Plus...

Une famille américano-suisse retrouvée morte

Etats-Unis La famille aurait été retrouvée dans sa maison à Mapleton (Utah), où elle est arrivée en juillet. La police locale évoque un possible cas de meurtres suivi d'un suicide. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.