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Au parc Guillemin, les pérégrinations de la taupe sont érigées en monument

Tout l’été, «24 heures» part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et raconte l’histoire des lieux qu’elles ont investis.

Le «monument aux petits animaux», des architectes lausannois Apolinario Soares et zurichois Oswald & Stich, veut rendre hommage au travail souterrain de la taupe, souvent considérée comme nuisible.
Le «monument aux petits animaux», des architectes lausannois Apolinario Soares et zurichois Oswald & Stich, veut rendre hommage au travail souterrain de la taupe, souvent considérée comme nuisible.
Patrick Martin
Le «cadran solaire de la taupe», imaginé par Gilles Clément, rappelle les moments réguliers auxquels l'animal sort de terre.
Le «cadran solaire de la taupe», imaginé par Gilles Clément, rappelle les moments réguliers auxquels l'animal sort de terre.
Patrick Martin
Apolinario Soares explique que «l'homme construit toujours pour l'animal, en position dominante. Ici, nous avons voulu construire avec.»
Apolinario Soares explique que «l'homme construit toujours pour l'animal, en position dominante. Ici, nous avons voulu construire avec.»
Patrick Martin
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La dernière étape du parcours proposé par Lausanne Jardins, au parc Guillemin à Pully, prend le thème de l’année – la pleine terre – au pied de la lettre. Les installations du paysagiste star Gilles Clément et des architectes lausannois Apolinario Soares et zurichois Stich & Oswald plongent en sous-sol pour mettre au jour le travail d’une myope qu’on adore détester: la taupe.

Mais là, les concepteurs veulent valoriser l’animal, qui, comme le lombric, aère les sols et favorise ainsi des plantes aujourd’hui disparues des zones cultivées. Gilles Clément propose un cadran solaire qui indique, grâce à des blocs de granit, le rythme régulier auquel le mammifère fouisseur sort prendre l’air. De leur côté, Soares et Stich & Oswald se sont passionnés pour les trajets que la taupe effectue à environ 40 centimètres sous nos pieds. Ils les reproduisent dans leur «Monument aux petits animaux», un entrelacs «aérien» – la structure pèse 2 tonnes! – de béton armé.

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Lire aussi:Zoom sur cinq installations de Lausanne Jardins 2019

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«La taupe prend des décisions assez étranges, raconte l’architecte Apolinario Soares. Elle change de trajectoire, revient en arrière, parfois sans raison apparente…» Pour observer cela, lui et ses confrères zurichois, férus d’expérimentations structurelles autour du béton, ont coulé du plâtre dans une taupinière abandonnée, près de Gstaad. C’est en excavant qu’ils ont découvert le négatif du terrier, dont ils ont ensuite tiré un moule pour fabriquer les 30 pièces en béton assemblées en une ligne infinie. «Notre bagage d’architectes nous a poussés à créer un objet pur, la taupe ne ferait jamais ça, avoue Apolinario Soares. Mais nous n’avions pas de plan, n’avons rien dessiné. En cela, nous avons fait comme la taupe!»

«On construit toujours pour l’animal, en position dominante. Ici, on a voulu construire avec»

L’architecte parle de l’animal avec tendresse. Il raconte les petites traces de son passage, qu’on devine sur le bas du tunnel. Il insiste sur la relation horizontale qu’ils ont voulue avec ce monument. «Regardez l’enclos des biches, ou une maisonnette pour les oiseaux: on construit toujours pour l’animal, en position supérieure, dominante. Cela questionne le rapport de l’homme à l’animal. Ici, on a voulu construire avec la taupe.»

Apolinario Soares avoue avoir eu, lors de tout le processus créatif, «la sensation d’être des gosses dans un parc de jeu». Georges Guillemin, ancien chef des Ateliers CFF d’Yverdon, et ses héritières apprécieraient. C’est bien pour offrir un premier lieu de jeu et de détente aux Pulliérans qu’ils lèguent leur «Campagne de Perraudettaz» à la Ville de Pully en 1944 (la Commune en prend possession en 1952, au décès des dernières héritières). On peut lire dans la «Feuille d’Avis de Lausanne», en septembre 1944, que «la donation se fait sous certaines conditions». Par exemple, la moitié sud de la propriété est «destinée à la création d’un parc public» qui devra être renommé «Campagne Guillemin». La moitié nord pourra être «vendue par la Commune et affectée à des constructions de villas locatives». La maison de maître au centre de la parcelle de 23'000 m2 doit être conservée. Et, détail d’importance, «aucun débit de boissons alcooliques ne pourra être ouvert sur la propriété».

Une première portion du parc est mise à disposition du public durant l’été 1954. Et la «Feuille d’Avis de Lausanne» est enthousiaste: «La surface offerte aux promeneurs et aux mamans en quête d’îlots de verdure et de jeux d’enfants est déjà fort plaisante. Les chemins sont prévus en pente douce et sans escaliers pour permettre un accès facile aux voitures d’enfants. Une place herbeuse est réservée aux gosses. Des balançoires, du sable fin les attendent et un toboggan suivra ces prochains jours.» Le (la?) journaliste évoque aussi les bancs fraîchement peints en vert qui invitent au dolce farniente. Et on apprend que le talus est alors inaccessible au public, car loué «à un grand fleuriste de la capitale». L’aménagement du parc s’étendra sur une grosse décennie, voyant arriver en 1966 les deux premiers faons du parc aux biches et la pataugeoire, menacée de démolition en 2009 mais sauvée par une pétition.

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