Le parcours touchant du Rom privé de marionnette

MendicitéUn documentaire projeté à Visions du Réel montre le quotidien de Cici, interdit de faire claquer les dents de sa «Capra» à Lausanne.

Cici et Yann Bétant ont développé une réelle complicité depuis le tournage du documentaire.?

Cici et Yann Bétant ont développé une réelle complicité depuis le tournage du documentaire.? Image: FLORIAN CELLA

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C’est à la place de la Riponne que l’on retrouve Cici. Le barbu n’est pas accompagné de son énorme marionnette sous laquelle il avait l’habitude de se cacher et qui faisait de lui un personnage connu auprès des Lausannois. Il nous attend avec Yann Bétant. Le jeune homme, passionné par la Roumanie, a tourné un documentaire (lire ci-contre) sur les tribulations émouvantes et mouvementées de Petru Pintea, alias «Cici».

Entre ses multiples demandes d’autorisation de se produire en ville de Lausanne avec sa marionnette qui claque des mâchoires, ses problèmes cardiaques et l’emprisonnement de sa fille, Tina, Cici a vécu des semaines difficiles dans la capitale vaudoise. Yann Bétant et sa caméra montrent un homme affaibli, inquiet, mais qui ne perd pas son sens de l’humour. «J’aime beaucoup la Roumanie, c’est le pays de la famille soudée, explique le réalisateur. Mais, dans chacune d’elles, il y a un père, un oncle ou un cousin qui est parti à l’étranger pour trouver de l’argent. J’ai donc décidé de suivre le destin de l’un d’entre eux. J’avais croisé quelques fois Cici à Lausanne, puis je l’ai revu un peu par hasard dans son village roumain.»

12 francs par jour au pays
L’histoire de Cici portée à l’écran montre la fragilité du personnage. Le spectateur ne voit plus en lui un énième mendiant anonyme, mais découvre le quotidien d’un homme malade mais confiant. «Dieu m’a aidé, je suis déjà mort deux fois!» Lors de sa deuxième opération du cœur, qui a eu lieu au CHUV il y a deux ans, les médecins ne lui donnaient plus que quelques semaines à vivre.

Aujourd’hui, sa femme, Stella, doit subir une intervention cardiaque dans son pays ou ici, si son mari parvient à lui payer une carte d’assurance internationale. Cici, malgré la chaleur printanière qu’il supporte mal, est donc de retour dans les rues de Lausanne. «Je gagne entre 30 et 40 francs par jour. Ici les gens ont bon coeur et j’ai désormais des amis. Dans mon pays, si tu as du travail, tu peux espérer gagner 12 francs par jour.» Mais du boulot, en Roumanie, il n’y en a presque pas...

«Ma famille me manque et je me réjouis de retourner au pays pour me reposer.»

A Lausanne, Cici loge sous tente et se nourrit à la Soupe populaire. Il a définitivement renoncé à utiliser sa marionnette. D’une part parce que ses problèmes cardiaques ne lui permettent plus de passer de longues heures sous sa Capra. D’autre part parce que les autorités lui ont imposé de bloquer la mâchoire de l’animal afin que le bruit du claquement n’incommode plus les passants. Mais une Capra qui ne peut plus interagir avec les enfants n’a plus beaucoup d’intérêt. Du coup, Cici est un mendiant que plus rien ne distingue des autres Roms que l’on croise dans nos rues. Si ce n’est un début de notoriété. «Depuis l’avant-première du documentaire, il y a plusieurs personnes qui viennent me saluer», s’amuse le quadragénaire.

CICI - Bande-annonce from Yann Bétant on Vimeo.

Après la première projection à Visions du Réel, Cici repartira en Roumanie. Il y fera la connaissance de sa troisième petite-fille, née la semaine dernière. «Je suis presque mieux en Suisse que chez moi, où il y a toujours une nouvelle facture à payer. Mais ma famille me manque et je me réjouis de retourner au pays pour me reposer. Il fait désormais trop chaud ici!»

(24 heures)

Créé: 15.04.2015, 16h10

Entre rire et larmes

Le documentaire de Yann Bétant commence en Roumanie. On y retrouve Cici et sa famille le soir de Noël et on découvre Capra, cette marionnette traditionnelle qui amuse les enfants. Celle de Cici ressemble davantage à un tigre qu’à une chèvre. «Elle lui a permis d’avoir un statut particulier dans les rues de Lausanne», explique Yann Bétant. Le reste du film montre le parcours semé d’embûches du patriarche en terres lausannoises. Son inquiétude de père quand il apprend que sa fille dort en prison pour une histoire d’amendes impayées, ses soucis avec Capra. Heureusement, il peut compter sur l’aide de Véra Tchérémissinoff, de l’Association Opre Rrom, ainsi que sur celle de Yann Bétant.

Projection de Cici, de Y. Bétant (65 mn): le 17 à 14h et le 18 à 12 h 15. Entrée simple: 15 francs

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