Une paroisse lausannoise tente le culte relax

ProtestantismeÀ La Sallaz, les bancs d’église ont été sortis pour laisser la place à des canapés. Sans déroger à la liturgie traditionnelle, la communauté des hauts de Lausanne veut se rendre plus accessible.

Le diacre Yann Wolff officie dans le temple où chacun peut se déplacer et se voir.

Le diacre Yann Wolff officie dans le temple où chacun peut se déplacer et se voir. Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Malgré le (très) mauvais temps, une cinquantaine de fidèles de tous âges sont venus ce dimanche au temple de Vennes pour assister à un culte un peu spécial. Ici, il n’y a pas de silence contrit. On commence par partager un café, tandis que les musiciens répètent. La cérémonie s’annonce détendue. Des enfants en chaussettes s’affairent près des jeux.

L’espace a été entièrement réaménagé. Dans l’église de 1937 trônent des canapés de tissu, de vieux sofas de cuir, un pouf en forme de poire et des chaises de jardin. Exit les lignées austères de bancs d’église: «Ils sont amovibles, précise le diacre Yann Wolff, et, heureusement, l’église n’est pas classée.»

Depuis septembre, la paroisse La Sallaz-Les Croisettes, à Lausanne et à Epalinges, s’est mise «en chemin» pour renouveler l’un de ses trois lieux de culte du dimanche matin. Il s’agit d’ouvrir un espace de vie et de rencontres où les générations peuvent se croiser, où les familles avec petits enfants peuvent se sentir à l’aise. «C’est une atmosphère différente, analyse le pasteur stagiaire Olivier Keshavjee, qui finit sa formation à la Sallaz. Dans un contexte traditionnel, le moindre bruit dérange. Ici, ça n’est pas le cas. Personnellement, je vis des moments merveilleux avec mon fils de 18 mois quand je viens avec lui.»

Habillé de l’aube pastorale, Yann Wolff ouvre la cérémonie par des propos introductifs en allemand. Lui qui a des racines alsaciennes, il se fait un plaisir de souhaiter la bienvenue aux paroissiens allemands qui sont ce jour-là en visite à Lausanne. Retour au français. Yann Wolff explique à l’assemblée que dans son esprit, laïques et ministres ont pour vocation de «progresser» ensemble. Il ne s’agit pas de rompre avec la tradition, mais au contraire de «poursuivre l’œuvre des anciens». Reste que l’habituelle immobilité du fidèle n’est pas requise. Il est invité à se lever quand il en aura envie et à laisser ses enfants jouer tranquillement. «Utilisez cet espace comme vous le sentez», résume le diacre. Un coin «d’appropriation» (pour s’approprier l’endroit) est même voué à ceux qui désirent écrire quelque chose pendant le culte ou consulter un livre, par exemple.

Avec «Gaston Lagaffe»
«Quand s’éveillent nos cœurs à la gloire du Dieu vivant!» Tout le monde se lève pour chanter. La voix veloutée de Rita emplit le temple, accompagnée de musiciens (piano, trompette, xylophone, guitares, batterie). La fillette qui était en train de faire un puzzle avec des lettres en mousse rejoint sa maman. Elle la cale sur sa hanche et se balance gentiment, le temps d’une chanson.

On se rassied et les prédicateurs, parmi lesquels des membres laïcs de la paroisse, partagent la Parole. Ce qui n’empêche pas les enfants de s’accorder une pause. L’un d’eux lit Gaston Lagaffe. Après le culte, Sarah, 7 ans, qualifiera l’ambiance de «douillette».

Au moment de la communion, pas de défilé devant l’autel. Olivier Keshavjee se déplace avec son pain tessinois et sa coupe de vin entre les fauteuils. Les paroissiens l’accueillent avec bienveillance. Enfin, vient la bénédiction; puis un dernier chant, Tous unis dans l’Esprit. Le culte fini, c’est l’heure de l’apéritif. (24 heures)

Créé: 11.12.2017, 07h10

«Nous voulons plus d’implication des laïques»

Dans son esprit, le culte de Vennes n’est pas une célébration dansante à la mode évangélique. Durant toute la rencontre, la ferveur des fidèles reste contenue, à la façon des protestants traditionnels. Même si les porteurs de ce projet de culte libéré admettent «bousculer» les habitudes, ils tiennent à garder une «polyphonie», selon le mot d’Irène Kernen, vice-présidente du Conseil de paroisse. Autrement dit, chacun est bienvenu, dans sa manière propre de vivre sa foi. À la tête de l’EERV (Église évangélique réformée vaudoise), une initiative comme celle de la Sallaz est vue d’un bon œil. Line Dépraz, pasteure et membre du Conseil synodal (exécutif), note que l’institution cherche justement de nouvelles formes de célébrations pour rendre la liturgie accessible, aux jeunes notamment: «Nous encourageons les paroisses à aménager et à retravailler la forme du culte.» L’Église, dit-elle, doit tenir compte des modes de vie actuels et se faire audible en évitant, par exemple, d’utiliser trop d’idiomes, même si le message reste fondamentalement le même: «Nous voulons une plus grande implication des laïques, que les gens se sentent bien à l’église et qu’ils aient envie d’y faire venir leurs proches.»

Articles en relation

Les évangéliques bousculent l’Eglise

Protestants La mouvance progresse chez les réformés vaudois. Leurs cultes colorés détonnent et leurs opinions conservatrices dérangent. Visite à Corsier-sur-Vevey. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Des déchets plastiques dans le Léman. Paru le 18 avril 2018.
(Image: Bénédicte?) Plus...