Ils pataugent encore, un peu plus de sept mois après «l’orage du siècle»

LausanneAlors que le H&M inondé le 11 juin rouvre ses portes le 14 février, d’autres sinistrés disent leurs difficultés à sortir la tête de l’eau.

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C’est le jour de la Saint-Valentin que le magasin H&M de la rue du Pont, inondé en juin 2018, a choisi pour rouvrir ses portes, huit mois après ce que d’aucuns ont appelé «l’orage du siècle», avec des dégâts estimés à 32 millions de francs par l’Établissement cantonal vaudois d’assurance (ECA). Rien que sur la capitale vaudoise, 2897 dossiers ont été enregistrés (lire encadré). Alors que H&M a toujours refusé de divulguer le montant de ses pertes, évoquant «des clarifications avec la compagnie d’assurances en cours», trois commerçants qui commencent à sortir la tête de l’eau témoignent. Ils ont accepté de mettre comptes sur table.


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Lorenzo Pioletti tient la librairie Raspoutine, à la rue Marterey. Il est assuré à hauteur de 250 000 francs auprès de l’ECA. Il a déclaré pour près de 150 000 francs de dégâts: des dessins, des albums rares, des sérigraphies signées… En tout, près de 1000 objets ont été endommagés. «Un expert de l’ECA m’a dit que, pour lui, un album de Tintin valait 15 francs. Pas plus.» Ce n’est que samedi dernier que le libraire a reçu l’offre de l’assurance. On lui propose 60 000 francs, y compris une avance de 20 000 francs reçue quatre mois après le sinistre. Lorenzo Pioletti: «C’est alléchant, mais c’est impossible. Un portfolio d’Hugo Pratt a notamment été estimé à 2000 francs. Il comprend douze sérigraphies signées. Il vaut 9000 francs au prix d’achat; 2000 francs, ce n’est même pas son prix à sa sortie en 1986, alors que Pratt était toujours vivant.» Sur les conseils de son avocat, il va faire opposition à l’offre de l’ECA. «Quand on est commerçant et que notre cave est inondée, ce n’est pas la même chose que s’il s’agissait d’un privé. C’est toute ma vie qui est remise en question.»

«Notre première inondation»

En suivant le cours de l’inondation, on se retrouve à l’avenue de la Gare. C’est là que Serge Dufey, doreur-encadreur de la quatrième génération, tient la Maison du Cadre. L’histoire se répète: de l’eau dans la cave, des toiles, des tableaux, des rouleaux de papier ou encore des photos et des plaques de verre qui trempent dans quelques centimètres d’eau. Il est assuré à hauteur de 187 000 francs. «J’ai reçu la première visite de l’ECA en août. Je n’ai pas attendu les experts pour tout nettoyer moi-même.» En lieu et place des 105 000 francs demandés Par Serge Dufey pour les dégâts subis, l’ECA accepte de le dédommager pour 3800 francs. «La Maison du Cadre existe depuis cent vingt-six ans. Je crois que c’est notre première inondation. Je me demande à quoi cela sert de s’assurer. Je ne comprends pas bien… Je vais me donner du temps pour digérer tout ça.»


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L’eau a poursuivi sa descente sous-gare, jusque dans la cave d’une autre librairie, celle de Belphégor, au boulevard de Grancy. Et toujours la même histoire: de la marchandise stockée en sous-sol endommagée par l’eau. Montant des dégâts: environ 28 000 francs. «On avait notamment des albums de Moebius signés, des cadres, des posters, des fourres en plastique… Ils étaient entassés par terre. On a tout amené à la déchetterie», explique le patron, Didier Rognon.

Un besoin d’encadrement

Comme pour les autres commerçants, une entreprise est venue pour assécher, nettoyer et assainir les lieux. «J’ai certes dû insister, mais l’ECA a finalement payé cette facture.» L’assureur a aussi proposé une avance sur indemnisation au libraire, il y a dix jours. Elle correspond à 60% de son estimation. Didier Rognon se dit satisfait. «Je vais enfin pouvoir me racheter du matériel avec ces fonds. Pour les 40% restants, je serai remboursé sur factures à 100%. C’est vrai, j’ai parfois eu envie de hausser le ton mais, si j’ai un conseil à donner en pareille circonstance, c’est d’être patient et de ne pas s’énerver. On n’est pas les seuls dans notre cas. Ce qui est arrivé était extraordinaire.» Pour lui, désormais, le dossier est bouclé.

Un bémol peut-être: Didier Rognon aurait apprécié pouvoir bénéficier d’un «mode d’emploi du sinistré» tout au long de ses démarches. «Il manque un encadrement, une procédure claire à suivre étape après étape. Ce serait bien d’en prévoir une, pour une prochaine fois.»

Créé: 20.01.2019, 17h07

«60% des dossiers enregistrés sont réglés à ce jour»

Responsable du service des sinistres à l’ECA, Jean-François Dutruy fait le point sur l’avancée des procédures.

Quel est le bilan des inondations de juin 2018?
Ce sont à ce jour 4078 dossiers qui ont été reçus par notre établissement, et ce pour un dommage estimé à près de 32 millions de francs. Il ne s’agit toutefois pas de l’événement ayant généré le plus de cas, puisque l’événement Lothar, survenu en décembre 1999, a généré l’ouverture de 18 677 dossiers.

Quel pourcentage de dossiers est bouclé?
À ce jour, près de 60% des dossiers enregistrés sont réglés. À ce sujet, il y a lieu de signaler que les annonces de sinistres ne nous sont pas toutes adressées le lendemain d’un événement. Le processus s’étale sur plusieurs mois, puisque nous recevons, ces jours encore, des déclarations de dommage pour cet événement.

Il faut aussi rappeler que l’ECA n’est pas le seul à prendre des décisions en vue du rétablissement de la situation antérieure, processus dans lequel interviennent nos clients, des assainisseurs, des entreprises de la construction, des experts…

Quelles leçons tirez-vous de cet épisode extraordinaire? Certains déplorent notamment l’absence d’un mode d’emploi du sinistré.
Chaque événement, différent en raison de sa cause, de son intensité, de sa localisation et de son impact sur les biens de nos clients, est une source d’information qui nous permet d’affiner nos scénarios d’intervention pour un cas à venir. S’agissant de la question des modes d’emploi, nous mettons déjà à disposition de nos clients, sur notre site internet, des consignes relatives aux premières mesures à prendre dans différentes situations, dans le but de limiter l’importance du dommage et de faciliter la gestion de leur dossier.

Quels conseils aux assurés?
De manière générale, nous constatons que nos clients réagissent de manière adaptée en présence d’un événement dommageable. Si certains bâtiments sont plus exposés que d’autres à subir des dommages par les forces de la nature, nous pouvons tout de même inviter l’ensemble de nos clients à entretenir leurs biens immobiliers régulièrement et dans les règles de l’art, de procéder aux curages des canalisations et nettoyages des chenaux à des fréquences régulières, à ne rien déposer à même le sol dans les sous-sols et à déposer les objets de valeur le plus haut possible. Nous les incitons aussi à conserver les preuves de leur dommage par le biais de photographies par exemple.

En chiffres

4078 Le nombre de dossiers qu’a reçus l’ECA aprèslesx inondations du 11 juin 2018. Il y en a eu 2897 rien qu’à Lausanne.

32 En millions de francs, le montant des dommages estimés.

60% Le pourcentage de dossiers réglés à ce jour.

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