Le patron de Vidéo Folies à Lausanne luttera jusqu'au bout

Droits d'auteurLa plainte d’un distributeur menace la survie de celui qui sera bientôt le dernier vestige d’une chaîne autrefois prospère.

S’il est condamné, Carlo Pavone, 75?ans, mettra définitivement la clé sous le paillasson

S’il est condamné, Carlo Pavone, 75?ans, mettra définitivement la clé sous le paillasson Image: FLORIAN CELLA

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A 75 ans, Carlo Pavone n’avait pas besoin de cela. Il y a deux ans déjà, alors qu’il ne se consacrait plus qu’à la passion de sa vie – ses chevaux de course –, il avait accepté de reprendre l’un des deux derniers Vidéo Folies de Lausanne, celui de Montchoisi, pour éviter qu’il ne ferme. Mal lui en a pris: aujourd’hui, le voilà qui doit se battre, à grands frais d’avocat, contre le distributeur zurichois Elite, dont il a pourtant été un client fidèle pendant des décennies.

Carlo Pavone a en effet été convoqué le 27 janvier prochain, en tant que prévenu, par le procureur Fabrice Haag à la suite d’une plainte pénale pour infraction à la loi fédérale sur les droits d’auteur et les droits voisins: Elite l’accuse d’avoir loué des films dont l’exploitation en salle n’était pas terminée.

Pour comprendre comment il en est arrivé là, il faut remonter à l’aube du 11 juin 2014. Ce jour-là, à 5 h 30 du matin, la police judiciaire vaudoise débarque chez lui et l’enjoint de l’accompagner au magasin de l’avenue Montchoisi. Les pandores traînent avec eux de grandes corbeilles, sans doute destinées, dans leur esprit, à accueillir les quelques centaines de DVD que Carlo Pavone n’aurait pas eu le droit de proposer à ses clients. Il apprendra plus tard que quelques mois auparavant, au cours de son enquête, la police judiciaire avait loué, sous de faux noms, l’un des films incriminés à Montchoisi et deux autres auprès du magasin de Pully, qui n’avait pas encore fermé définitivement ses portes.

Fichier peu fiable
Le 11 juin dernier, pourtant, les corbeilles resteront vides: la police repart avec cinq DVD, en tout et pour tout, glissés dans un sac en plastique offert par le patron… «Trois de ces films avaient achevé leur exploitation en salle, et deux n’y avaient jamais été projetés, se défend aujourd’hui Carlo Pavone. Le problème, c’est que la police judiciaire s’appuie sur le fichier hebdomadaire publié sur internet par l’association des distributeurs suisses. Or elle a tort: on ne peut pas toujours se fier à cette liste dans la mesure où, par exemple, certains films, annoncés en salle dans les mois à venir, n’y seront finalement jamais. En somme, les distributeurs inscrivent ce qu’ils veulent dans la liste, et cela n’est pas tolérable.»

Il n’empêche que la première convocation du procureur tombe en octobre 2014, et que la seconde, vraisemblablement la dernière, est agendée au 27 janvier prochain. Documents à l’appui et flanqué de son avocat, le spécialiste genevois Pascal Junod, Carlo Pavone tentera d’expliquer au procureur que le distributeur zurichois fait fausse route, qu’il utilise un canon pour venir à bout d’une mouche, et que son but ultime, en réalité, est de faire rendre gorge à un commerce déjà largement mis à mal, depuis quelques années, par les fournisseurs de vidéos à la demande.

Le septuagénaire, qui avait quitté La Spezia en 1960 pour venir chercher du travail en Suisse, n’en fait pas mystère: si le procureur Haag ne classe pas l’affaire et qu’un tribunal finit par le condamner, il mettra la clé sous le paillasson. Si tel était le cas, ce serait la fin d’une belle aventure commencée en 1981, qui a vu la chaîne de franchisés Vidéo Folies essaimer petit à petit dans toute la Suisse romande.

Vingt-trois magasins
«Au plus fort de notre activité, nous avons eu jusqu’à 23 magasins. Or le gérant de celui situé à l’avenue du Tribunal-Fédéral, l’avant-dernier, vient de me confirmer qu’il va bientôt fermer. Quoi qu’il en soit, si je m’obstine, c’est uniquement pour ma clientèle, même si elle a fondu de moitié, dit-il Carlo Pavone avec une énergie intacte. Je n’ai pas le droit de laisser tomber ceux qui me sont encore fidèles. Ils sont attachés à un service personnalisé et savent qu’ils trouveront ici des films qui ne sont pas programmables en salle et que les fournisseurs de vidéos à la demande ne proposent donc pas. Croyez-moi, c’est bien pour eux que je vais me battre jusqu’au bout.»

Créé: 08.01.2015, 14h46

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