Des paysans de Puidoux remettent le self-service au milieu du village

TerroirLaurent Chaubert a réuni une dizaine de producteurs pour ouvrir un marché paysan en libre-service. Les jeunes sont séduits.

Dans le magasin, les oeufs bios de Laurent Chaubert côtoient huile de colza, confitures, légumes, viande et tommes de chèvre.

Dans le magasin, les oeufs bios de Laurent Chaubert côtoient huile de colza, confitures, légumes, viande et tommes de chèvre. Image: Chantal Dervey

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Laurent Chaubert y réfléchit depuis plus de dix ans: et si les producteurs de la région, dont il fait partie, se réunissaient pour ouvrir un self-service près des gens, plutôt que de garnir avec leurs seuls produits des petits étals en rase campagne? Son idée vient d’être concrétisée. Ouverte depuis une semaine selon les horaires du bar à café adjacent, la nouvelle arcade avec pignon sur rue offre à prix doux des produits frais et variés d’une dizaine de producteurs des environs, en self-service.

«Beaucoup finissent par fermer leur self, pour des questions d’organisation ou de compétences de vente. Or nous devons faire de la vente directe pour promouvoir nos produits de proximité», estime Laurent Chaubert. L’agriculteur de 29 ans, dont les 4000 poules fournissent une partie des œufs bios que l’on trouve en grande surface, sait que le modèle ne fera pas vivre les paysans, mais qu’il leur apportera un revenu accessoire. Il qualifie la vente de ses œufs au self du village d’«anecdotique». Ce n’est pas l’aspect lucratif qui a encouragé sa démarche. Mais la conviction que le circuit court est essentiel, pour le producteur et pour le consommateur. «De plus en plus de gens veulent manger bio, mais ce n’est pas l’unique solution, dit celui dont l’exploitation est certifiée Bourgeon. Nous devons montrer que l’agriculture suisse n’est pas conventionnelle, que nos produits sont issus d’une agriculture raisonnée. Et que c’est toujours mieux que du bio européen… Aussi pour le porte-monnaie.»

Marge de 10%

L’entrepreneur, qui a en poche un CFC de gestionnaire de vente en plus de sa maîtrise dans le domaine agricole, insiste sur les prix – qu’il contribue à fixer (sauf pour deux produits d’appel, la fondue et le pain, achetés à des commerces de la région). «J’ai fait la comparaison: aujourd’hui, avec une marge de 25%, 70% de nos produits sont moins chers que dans la grande distribution.» Dans la charte que douze producteurs ont déjà signée – une coopérative sera fondée à la fin de l’année – il est prévu d’arriver à terme à une marge de fonctionnement de 10% seulement et de se partager le rachat des invendus. «Avec un loyer de 600 francs et quelques charges, nous devons arriver à un chiffre d’affaires de 10 000 francs par mois pour que ça tourne, calcule-t-il. Ça devrait aller!»


A lire aussi : Le bio coûte 13% de plus dans les grandes surfaces


L’absence de gérant est primordiale pour permettre des prix bas. Située juste à côté du bar à café La Gondolière, l’arcade – surveillée par deux caméras – se prête bien au système de libre-service. C’est le tenancier de l’établissement, Nuno Pacheco, qui ouvre et ferme le self selon ses propres horaires, qui ne ressemblent pas à ceux de bureau. Il n’est pas défrayé pour ce service, mais y trouve son compte: «Des gens viennent me demander comment ça marche et ils boivent un café», sourit-il. C’est aussi dans son bar que les producteurs font leur assemblée trimestrielle.

Paiement par smartphone

Et puis le projet séduit le tenancier. «Les producteurs qui arrivent en salopette avec leurs légumes: on ne voit jamais ça, c’est super!» Au moment où nous visitons le magasin, l’un d’entre eux est à genoux en train de placer ses sachets de gravensteins dans les étagères. Chacun vient apporter sa marchandise quand il peut. Sur Facebook, où Laurent Chaubert a annoncé l’ouverture du magasin de produits régionaux, les commentaires sont enthousiastes. La récente ouverture ne permet pas un grand recul, mais l’engouement est là. «Ce que j’ai publié sur Facebook a été partagé plus de 1000 fois! Il y a une vraie attente pour ce genre de propositions.»

Le modèle proposé à Puidoux séduit les jeunes. Le client a un âge moyen de 30 ans, estime Laurent Chaubert. Selon lui, c’est notamment le système de paiement, Twint, qui favorise cette clientèle. La transaction, ultrasimple, supprime l’obligation d’avoir la monnaie. L’habituelle crousille est tout de même là pour les réfractaires, mais pour l’instant près de 50% des achats ont été payés via smartphone. Magasin de produits régionaux


Rue du Village 52, Puidoux.
Ouvert lu-ve 7 h-21 h, sa 8 h-20 h, di 8 h-17 h.
Page Facebook: Produits régionaux de Puidoux et environs. (24 heures)

Créé: 10.10.2018, 06h42

La vente directe plébiscitée en Suisse

Si le modèle du self-service commun est nouveau à notre connaissance, la vente directe, y compris dans des locaux communs, est en plein essor dans la paysannerie suisse.

À l’image de ce magasin coopératif sur le point d’ouvrir dans l’ancienne poste de Longirod (Des producteurs ouvrent leur arcade au village).

Alors que 7084 exploitations recouraient à la vente directe en 2010, il y en avait 11 358 en 2016 (derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique). Ce qui correspond à un bond de 60%.

L’OFS indique aussi que 6252 familles paysannes transforment leurs matières premières à la ferme. Parmi les autres diversifications, la valorisation du bois prend de l’importance, alors que l’hébergement reste stable, et que l’accueil social et la restauration à la ferme sont en régression. L’OFS évoque le «travail considérable» et les «recettes faibles» de ces deux dernières activités.

Enfin, toujours selon l’OFS, 58% des exploitations agricoles déclarent développer des activités de diversification. Pour 40%, ces activités représentent entre 10 et 50% du chiffre d’affaires, pour 13% elles ont un impact économique négligeable, et les 5% restants en font désormais leur activité principale.

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