«On ne peut plus parler de drame conjugal»

FéminismeUne manifestation a réuni des milliers de femmes samedi à Lausanne. Rencontre avec deux activistes.

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Tamara Knezevic et Maria Pedrosa s’asseyent côte à côte. Il fait déjà nuit, pourtant la marche contre les violences sexistes vient de prendre fin. Un couple de participants vient féliciter ses deux organisatrices et membres du Collectif Vaud pour la grève des femmes et grève féministe. Toutes deux ont suivi un parcours universitaire en sciences politiques et sociales et comptent déjà plusieurs années de militantisme au sein de plusieurs syndicats et collectifs. Vêtues de violet, elles sont décidées à faire entendre la voix des femmes victimes de violences sexistes en Suisse et dans le monde.

Comment s’est déroulée la manifestation?
T.K: Très bien, les milliers de participants à Lausanne montrent qu’il y a des revendications qui restent après le 14 juin (ndlr: jour de la grève des femmes). C’était très positif et combatif.
M.P: Le public était diversifié, il y avait beaucoup de très jeunes femmes, mais aussi des femmes plus âgées, des familles et des hommes.

Qu’apportera l’inclusion du mot «féminicide» dans la législation?
T.K: Nous revendiquons cette inclusion, parce que nommer les choses telles qu’elles sont est nécessaire pour la conscientisation. Les médias ont souvent banalisé les féminicides en les classant dans les faits divers. Ce ne sont pas des faits divers, on ne peut pas continuer à parler de «drame conjugal».

Quelles mesures doivent être prises pour combattre ces violences?
M.P: Aujourd’hui, les réponses ne peuvent plus être privées, elles doivent être politiques. Ça passe par des moyens de prévention, notamment dans les écoles, mais aussi par la création de tribunaux spécialisés dans les violences domestiques, par des juges et avocats formés à cette thématique. L’Espagne, par exemple, a décidé il y a plusieurs années de mettre en place des moyens de combattre les féminicides. On a constaté que leur nombre a baissé drastiquement.
T.K: Il faut aussi permettre une meilleure écoute des victimes. En Suisse, non seulement beaucoup de femmes ont encore peur de porter plainte, mais même si elles le faisaient, les systèmes policier et judiciaire ne seraient pas prêts à les recevoir correctement.

Comment vous situez-vous par rapport à l’appellation «féminisme radical»?
T.K: Notre approche n’est pas radicale. Les inégalités le sont. Alors évidemment on va se révolter. Le risque est que ces discussions autour de la «radicalité» détournent l’attention de la vraie question.
M.P: De plus, je ne vois pas nécessairement la radicalité comme un méfait. Nous faisons face à un système extrêmement inégalitaire: cette année, 24 femmes sont mortes en Suisse à cause de violences sexistes, il y a toujours des femmes exclues de la loi sur l’aide aux victimes (LAVI) parce qu’elles sont requérantes d’asile. À notre sens, la politique des petits ajustements ne convient pas. Il faut une politique publique globale, même si le changement qu’elle pourrait produire est radical.

Selon vous, quel a été l’impact de la grève du 14 juin?
M.P: Nous avons encore beaucoup de revendications et de travail à faire: la loi sur l’égalité est très mal appliquée, notamment concernant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Mais ces marches ont permis de montrer qu’en Suisse les gens sont prêts pour le changement.


À Lausanne et plus loin

Plus de 2000 femmes, hommes et enfants étaient réunis sur la place de la Riponne, samedi. C’est quatre fois plus que l’an dernier. Plusieurs participantes avaient le visage peint en violet, couleur de la Grève des femmes du 14 juin, d’autres brandissent des pancartes dénonçant les violences sexistes. L’occasion de rappeler que 24 femmes sont décédées en Suisse des suites de violences domestiques l’an dernier. Les revendications des manifestants comprennent l’inclusion de la notion de consentement dans le Code pénal et celle du mot «féminicide» dans la législation.

Le mouvement a été suivi dans plusieurs autres villes, en Suisse comme en Europe. Lundi, Journée internationale de l’élimination de la violence à l'égard des femmes, des marches sont encore prévues à Genève, à Fribourg et à Vevey. Heureuses du succès de leur marche, les organisatrices annoncent déjà la date de la prochaine manifestation féministe nationale: le 8 mars 2020.

Créé: 24.11.2019, 20h58

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