Piétons et bus se cherchent à la Sallaz

LausanneL’usage mixte de la nouvelle place est source de tensions.

Bus et piétons se partagent la nouvelle place de la Sallaz, inaugurée en juin. L'absence de marquage spécifique délimitant les secteurs est jugé dangereuse par certains usagers.

Bus et piétons se partagent la nouvelle place de la Sallaz, inaugurée en juin. L'absence de marquage spécifique délimitant les secteurs est jugé dangereuse par certains usagers. Image: PATRICK MARTIN

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Ne cherchez pas les marquages sur le bitume, les feux ou les panneaux. Vaste plateau sobrement habillé de bandes noires au sol et d’édicules en tôle, la place de la Sallaz est vierge de signalisation. Depuis le mois de juin, au terme de travaux interminables, les lieux sont débarrassés des voitures mais pas des transports publics.

Ce partage de l’espace laisse perplexe certains habitués. Pas moins de quatre cent soixante bus assurant 5 lignes des Transports publics de la région lausannoise (TL) s’arrêtent tous les jours sur cette interface majeure de l’agglomération, voie historique d’accès au centre-ville. Les trolleys font demi-tour en contournant l’édicule central avant de reprendre leur route. Les chauffeurs doivent désormais cohabiter avec les piétons, prioritaires dans cette zone de rencontre limitée à 20 km/h.

«Sécurité pas assurée»

Les usagers se mélangent ainsi librement, sans zones spécifiques dûment délimitées. «Cette place est un giratoire à bus», tranche Benjamin, un habitant du quartier. Il traverse tous les jours la zone pour prendre le M2. «J’ai failli être renversé plusieurs fois par un bus, assure-t-il. J’ai même été heurté alors que je me dirigeais vers le M2. Le conducteur m’a fait des appels de phares et a klaxonné avant de passer en force et de me cogner avec le coin du véhicule. Du haut de mes 25 ans, je me remettrai de mon bleu au bras. Et si ça avait été un enfant ou une personne âgée?»

«La sécurité du piéton n’est pas assurée», juge une femme dans un commentaire posté sur 24heures.ch. Elle met en cause un «manque de signalisations claires évitant au piéton de se trouver pris entre bus et voitures, sans parler des enfants qui n’ont aucune autonomie pour traverser cette place.» Un autre lecteur juge qu’«il faut arrêter de croire qu’enlever des voitures mais laisser des bus améliore les choses».

«Statut hybride»

«Le détournement du trafic automobile ne résout pas tout», convient Stéphanie Sonnette, rédactrice en cheffe adjointe de la revue d’architecture Tracés. Dans un article critique intitulé «Injonctions paradoxales à la Sallaz», cette urbaniste de formation qualifie la place d’«espace au statut hybride, ni avenue, ni boulevard, ni esplanade, ni square, ni complètement place».

Quel est le problème? Selon Stéphanie Sonnette, la notion de zone de rencontre n’est pas entièrement assumée. «C’est ambigu. Dans les faits, les deux tiers de la place sont dédiés à une gare routière et à un parking. L’espace réellement dévolu aux piétons et aux cyclistes se trouve réduit à portion congrue, au centre de la place. Comme c’est un cul-de-sac, les manœuvres des bus à soufflets, qui doivent faire demi-tour, occupent énormément d’espace. Au final, cela reste une gare de bus, avec les contraintes d’une gare de bus.»

Stéphanie Sonnette salue par ailleurs le principe d’une zone de rencontre, concept en vogue dans l’aménagement urbain. «L’idée de mettre tout à plat, de simplifier, de dégager l’espace et de se le partager est bonne. On peut aussi considérer que mettre tout le monde au même niveau (bus et piétons) est une manière de responsabiliser les différents usagers, qui doivent faire attention les uns aux autres. Cela fonctionne très bien ailleurs.»

Tomber dans le panneau

Et de rappeler que la refonte d’un espace public suscite toujours des critiques, surtout lorsque les travaux ont duré si longtemps. «Malheureusement, face à ces remarques, la collectivité a souvent tendance à réencombrer l’espace. On revient alors en arrière en rajoutant des poteaux, des panneaux proscrivant tel ou tel usage, des jardinières pour segmenter à nouveau… Ce serait un peu dommage. Il faut laisser du temps.»

Créé: 24.03.2017, 06h40

«Une zone sensible pour les conducteurs»

A en croire les Transports publics de la région lausannoise (TL), aucune plainte ou réclamation n’est parvenue à ce jour au Service clients visant le ballet des bus sur la Sallaz et la supposée dangerosité de la situation.

La circulation sur cette place est délicate, l’entreprise le sait bien. «C’est un endroit sensible pour les conducteurs, explique Valérie Maire, porte-parole des TL. Cela exige d’eux une attention extrême. Cette zone de rencontre fait d’ailleurs l’objet d’une sensibilisation particulière.»

Certes, les piétons sont prioritaires. «Mais la cohabitation implique une attention réciproque, insiste Valérie Maire. C’est cet éveil, cette vigilance, associés à la limitation de vitesse, qui réduisent le risque d’accident. Il n’y en a pas encore eu; cela semble donc fonctionner.»

La circulation sur la Sallaz fera l’objet d’un bilan approfondi des TL après un an d’exploitation, soit en juin prochain.

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