«Pin-Pin» tire sa révérence et Lutry verse une larme

CommerceLe populaire kiosquier de la Grand-Rue prend sa retraite et le bourg, inconsolable, perd un zeste de son âme.

Avec «Pin-Pin» et sa trottinette, la Grand-Rue perd deux icônes.

Avec «Pin-Pin» et sa trottinette, la Grand-Rue perd deux icônes. Image: Patrick Martin

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Pour ceux qui ont moins de 30 ans, qui lui ont volé des sucreries à tour de bras sans que jamais il ne s’en offusque, c’est une partie de leur jeunesse qui prend le large. Pour les autres, tous les autres, tous les Singes et tous ceux qui aiment se promener dans les ruelles de l’un des plus jolis villages de Lavaux, c’est un ami qui leur dit au revoir et merci.

Le dimanche 27 décembre, Michel Monnier (il est vrai que personne ne le connaît sous ce nom-là…), dit «Pin-Pin», fermera pour la dernière fois la porte de son kiosque du 7 de la Grand-Rue. Il montera sur sa trottinette électrique et, comme tous les jours depuis vingt-sept ans, remontera les trottoirs de Lutry jusqu’au chemin du Moulin, au bord de la Lutrive. Il y a fort à parier qu’Irène, sa compagne depuis bien plus de quarante ans – «je ne sais plus exactement, sourit-il. Parce qu’on n’a jamais eu le temps de se marier» –, le prendra dans ses bras sur le pas de la porte pour sécher ses larmes.

Il est comme ça, «Pin-Pin», né à Moutier il y a bientôt septante-deux ans, cabossé par une tuberculose osseuse, contractée à 4 ans, qui lui a laissé une patte plus courte que l’autre: sentimental et émotif, tendre et tonitruant, il navigue le plus clair de son temps entre le rire et les larmes sans jamais perdre une joie de vivre sans laquelle il serait, dit-il, «foutu» depuis longtemps. «Quand tu passes ton temps, de 6 à 10 ans, à regarder les Dents-du-Midi depuis un lit du Sanatorium de Leysin, tu apprends à aimer la vie, quelle que soit la forme qu’elle prend.» La vie mais aussi les gens, ses clients, qu’il a chéris et qui ont un peu remplacé les enfants qu’il n’a pas eus.

Pied de nez

La vie de «Pin-Pin», graphiste de formation, est un pied de nez à la souffrance et aux emmerdements. Grâce à la photo, d’abord, son Pentax en bandoulière. Prononcé «Pintax» par les gosses, c’est lui qui a donné naissance au surnom de «Pin-Pin». Puis grâce au jazz qui en a fait un trompettiste de talent. Le kiosque, lui, est venu plus tard, le jour où, de sa fenêtre de la Grand-Rue, il a vu que le local en face, le bureau d’une imprimerie, se libérait. «Le pouvoir que prenait l’informatique dans le graphisme me faisait peur et je voulais quitter le métier, se souvient-il. Cela dit, je ne sais plus vraiment comment m’est venue l’idée de me lancer dans celui de kiosquier.»

Aujourd’hui, les belles années ne sont plus qu’un souvenir: moins de fumeurs, moins d’acheteurs de journaux, moins de jeunes amateurs de friandises multicolores, et des marges auxquelles les distributeurs ont appliqué un régime amaigrissant des plus stricts. «J’ai eu la chance de trouver un acheteur pour le fonds de commerce, et je suis content qu’il veuille maintenir un kiosque à cet endroit, dit-il. Mais je dois avouer que je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait.»

Allons, «Pin-Pin», il n’y a aucune raison de s’inquiéter: le local pour faire des gammes à la trompette est tout trouvé, le golf de Lavaux attend un membre plus assidu encore – «c’est une passion depuis vingt ans, que je peux assouvir en dépit de mon handicap» –, sans compter tous les amis de Lutry qui ne vont certainement pas l’oublier parce qu’il a tourné la page.

Créé: 18.12.2015, 07h47

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