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Une pionnière du ski aveugle raconte 50 ans de glisse

Marianne Castella a vécu l’évolution de la pratique et du guidage en Suisse romande. Elle dit son plaisir mais aussi ses frayeurs.

Marianne Castella (jaune) et sa guide Isabelle Jeanneret (rouge), également membre du GRSA. Les deux femmes pratiquent souvent ensemble comme ici au domaine de ski nordique des Cluds.
Marianne Castella (jaune) et sa guide Isabelle Jeanneret (rouge), également membre du GRSA. Les deux femmes pratiquent souvent ensemble comme ici au domaine de ski nordique des Cluds.
Patrick Martin

L’histoire débute en 1969. Après trois années de tâtonnement sur les pentes enneigées du Sépey, le Groupement romand de skieurs aveugles et malvoyants (GRSA) est officiellement formé sous l’impulsion de Roger Alleman, un passionné de ski et de montagne ayant perdu la vue à la suite d’un accident. Alors que la structure fête ses 50 ans et compte 350 membres (lire l’encadré), ils ne sont plus que trois parmi les pionniers de l’époque à profiter encore des joies de la glisse.

Il y a Michel Bart, Michel André et puis Marianne Castella, une Lausannoise de 73 ans qui vient gentiment de ranger ses skis alpins mais qui s’amuse encore à skis de fond. «C’est presque trop facile, à cause des traces, mais c’est bien moins stressant que l’alpin, juge celle qui s’est lancée parce qu’elle «rêvait de skier au Canada». C’est par contre très physique et les descentes peuvent s’avérer périlleuses.» Il faut alors faire confiance aux guides, spécialement formés par le GRSA. Lors de notre séance photos, aux Cluds, la guide Isabelle Jeanneret indique par exemple les courbes, les changements de traces… «J’ai toujours fonctionné au feeling, rapporte Marianne Castella. Il faut que ça accroche de suite avec le guide car nous avons besoin de lui faire entièrement confiance.»

Deux heures pour Isenau

Et pour cause, encore plus en ski alpin quand la pente est abrupte, les consignes sont déterminantes. «Au sommet de la piste, il nous explique la configuration générale: la largeur, la verticalité, les bosses. Et pendant la descente, il nous indique les changements de pente ou simplement gauche-droite pour nous faire tourner. J’ai une énorme reconnaissance pour les guides et leur patience. Au départ, il me fallait deux heures pour faire la grande descente d’Isenau aux Diablerets!»

Dans la pratique, le guide est placé derrière une personne aveugle et généralement devant une personne malvoyante (qui peut ainsi le suivre en plus des indications orales). Et quand les conditions s’y prêtent, il peut proposer «du libre» sur certaines portions, à savoir que le skieur descend et tourne à sa guise.

Les sens en éveil

Marianne Castella avoue «être un peu peureuse» alors elle préfère ne pas s’emballer. «Aujourd’hui les snowboards font beaucoup de bruit et quand quelqu’un vous frôle à toute vitesse, c’est effrayant», raconte-t-elle. D’autant que «quand vous chutez, vous vous sentez glisser sans savoir où vous allez ni quand ça va s’arrêter». Car la Lausannoise «ne connaît que quelques pistes par cœur», notamment à Villars. Pour le reste, et bien qu’elle ait arpenté une grande partie des Alpes, la découverte est totale à chaque sortie.

Quant au chemin parcouru depuis les débuts, il est immense. «Il a d’abord fallu apprendre à apprivoiser les skis et à marcher avec. Les premières petites descentes se faisaient en pas tournants, on ne connaissait pas le chasse-neige. Et on remontait les pistes de côté, en escalier.» La découverte des remontées mécaniques n’a pas été de tout repos non plus. Quand elle commence à prendre des arbalètes, Marianne Castella peine à arriver au sommet. Les téléskis l’inquiètent aussi, parce qu’elle est seule et qu’il n’est pas toujours aisé de lâcher au bon moment à l’arrivée. Là encore, le guide est indispensable.

Malgré les bruits environnants, la skieuse préfère fonctionner à la voix plutôt qu’avec une radio à l’oreille. «J’ai trop l’habitude d’être à l’écoute de mon environnement. Je fais du ski pour être en plein air, pour entendre la montagne et la nature. C’est toute une ambiance dont je veux profiter.»

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