«L’égalité doit se placer au-dessus de la bigoterie»

NaturalisationLors de son audition de naturalisation, un couple lausannois a refusé de serrer la main et de répondre à des élus du sexe opposé. La Municipalité ne lui accordera pas le passeport.

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Le verdict est finalement tombé vendredi. La Municipalité de Lausanne a décidé de refuser la nationalité suisse à un couple dont la demande a été examinée ce printemps. «24 heures» le révélait il y a quelques semaines, le couple en question a été auditionné par deux membres de la commission de naturalisation et le municipal Pierre-Antoine Hildbrand. Problème: lors de cette audition, l’homme et la femme ont rapidement créé le malaise en refusant de serrer la main des personnes du sexe opposé. Au cours de l’entretien, les élus ont aussi constaté que les candidats répondaient avec réticence aux questions si elles n’étaient pas posées par une personne du même sexe. L’homme et la femme ne regardaient pas non plus leur interlocuteur dans les yeux s’il était du sexe opposé.


Edito: Faiseurs de Suisse, saison 2


Égalité «non négociable»

Pour le syndic socialiste Grégoire Junod, c’est bien le comportement du couple lors de l’audition qui a été déterminant dans la décision de la Municipalité. «Nous avons tenu compte non seulement du fait de refuser la poignée de main, mais aussi de la difficulté qu’ont montrée les candidats à s’adresser aux personnes de sexe opposé.» Sur cette base, l’Exécutif lausannois estime que les conditions d’intégration ne sont pas remplies pour permettre l’obtention du passeport suisse. «L’intégration ne signifie pas laisser sa culture derrière soi, mais nos règles et nos lois doivent être respectées. À cet égard, le principe d’égalité entre hommes et femmes n’est pas négociable», a indiqué l’édile.

Les candidats déboutés ont été avertis jeudi, mais la Municipalité indique que sa décision de principe a été prise dès le 5 juillet. Celle-ci aurait nourri de riches débats. «Il n’y a pas eu d’unanimité», glisse ainsi Grégoire Junod, tout en confirmant qu’il a lui-même voté pour ne pas accorder la nationalité aux candidats. Manifestement, la question a divisé les élus de gauche, qui occupent six sièges sur sept au sein de l’Exécutif, avec trois socialistes, deux écologistes et un popiste. Parmi eux, en dehors du syndic, seul le municipal POP David Payot était joignable vendredi. Il se refuse néanmoins à tout commentaire.

La religion en toile de fond

Quant au septième municipal, l’ultraminoritaire Pierre-Antoine Hildbrand, du PLR, c’est lui qui a proposé à la Municipalité de ne pas accorder le passeport aux candidats. Il était présent lors de cette fameuse audition de naturalisation. «On ne peut pas s’accommoder de l’intolérance, tranche-t-il. L’égalité fait partie de notre ordre constitutionnel et doit se placer au-dessus de la bigoterie.» Jusqu’ici, la Municipalité n’a communiqué aucun détail sur les candidats déboutés, mais leur confession apparaît bel et bien au cœur du débat. «Il me semble que la religion est la seule explication rationnelle au comportement de ces personnes», relève ainsi Pierre-Antoine Hildbrand.

Tranchée et argumentée, la décision de la Municipalité de Lausanne devrait faire date dans un débat non seulement suisse, mais mondial (voir encadré). Certaines communautés pâtiront-elles d’une inégalité de traitement, notamment les musulmans, pour qui la poignée de main entre hommes et femmes ne va pas toujours de soi? «L’égalité se fonde-t-elle sur le respect de règles communes à tous ou propres à telle ou telle communauté? Nous pensons qu’elle repose sur le respect de règles communes», réplique Grégoire Junod, qui estime également que ce serait une erreur de réduire la décision de la Municipalité à un débat religieux. «Ce que les gens croient dans la sphère privée est leur affaire, mais vis-à-vis de l’autorité un tel comportement n’est pas acceptable», appuie quant à lui Pierre-Antoine Hildbrand.

«La Municipalité n’a pas forcément tort dans son interprétation de la situation, mais sa décision pousse les camps à se barricader. Ce n’est pas bon pour le dialogue du vivre ensemble»

Contactée pour commenter la décision, la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) s’interroge sur ses conséquences. «La Municipalité n’a pas forcément tort dans son interprétation de la situation, mais sa décision pousse les camps à se barricader. Ce n’est pas bon pour le dialogue du vivre ensemble.» Non sans relever que le thème est difficile, elle estime que la Municipalité s’engage sur une pente dangereuse: «On décide que la poignée de main est un critère d’intégration. La question est de savoir où cela va s’arrêter. Peut-on refuser la nationalité à une personne qui est contre l’avortement, sous prétexte que c’est un droit fondamental en Suisse?»

Michaël Buffat, conseiller national UDC vaudois, se réjouit quant à lui de la nouvelle: «C’est bien normal! Si des personnes veulent conserver des us et coutumes qui ne correspondent pas à celles de la Suisse, ils ont le choix de ne pas demander la nationalité. Les étrangers reçoivent déjà beaucoup de droits, s’ils veulent obtenir la citoyenneté, ils doivent s’adapter.» (24 heures)

Créé: 17.08.2018, 21h30

Les poignées de main de la discorde

Refuser de serrer la main d’une personne de sexe opposé: droit fondamental ou discrimination inacceptable? La question n’a pas fini de diviser, en Suisse et dans le monde. Hasard du calendrier, la veille de l’annonce de la Ville de Lausanne, une autre affaire de poignée de main a fait les titres de la presse internationale, avec un épilogue bien différent.

La justice suédoise vient en effet de donner raison à une jeune femme musulmane qui avait refusé une poignée de main lors d’un entretien d’embauche. Recalée, elle a porté plainte pour discrimination. Selon la cour, non seulement son droit à refuser un contact physique est protégé par la Convention européenne des droits de l’homme, mais l’entreprise ne pouvait invoquer l’égalité des sexes pour imposer la poignée de main à ses employés.

Autre scénario en France, où une Algérienne avait refusé de serrer la main d’un représentant préfectoral pour des raisons religieuses. Elle avait vu sa demande de naturalisation rejetée, décision confirmée en avril dernier par le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française.

En Suisse finalement, d’autres administrations que celles de Lausanne se sont arraché les cheveux sur le thème de la poignée de main. Sans toutefois trancher aussi rapidement. En 2016, deux adolescents avaient refusé de serrer la main de leur enseignante dans le canton de Bâle-Campagne, entraînant un débat national. Dans la foulée, le processus de naturalisation de la famille tout entière avait été suspendu. Deux ans plus tard, il est toujours gelé.

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