La police bat le pavé pour faire respecter la distance

CoronavirusIl ne suffit pas d’être plus de cinq pour se voir rappeler les consignes de sécurité. Reportage à Lausanne.

À Montbenon, les agents veillent à l’éloignement réglementaire entre badauds.Olivier Vogelsang

À Montbenon, les agents veillent à l’éloignement réglementaire entre badauds.Olivier Vogelsang Image: Olivier Vogelsang

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«C’est vrai qu’avec la bise, on voit la différence dans les rues. Les gens sortent moins. Mais avec la pluie, l’effet aurait été plus important.» En rire. Parler de la météo pour relativiser. Julien et Fabien sont policiers à Lausanne, basés dans un quartier qui d’ordinaire grouille de monde: le Flon. «Qui m’aurait dit qu’un jour ce serait l’endroit le plus calme de la ville?» s’étonne Fabien. En ce mercredi après-midi, les terrasses sont vides. Pire: fantomatiques. C’est là que la patrouille du jour se termine. La mission de Julien l’appointé et de Fabien le sergent-major: s’assurer que les Lausannois respectent les règles, à savoir pas de regroupement de plus de cinq personnes, et une distance de deux mètres entre chaque personne.

C’est peut-être parce qu’il y a moins de monde dehors, ou alors qu’avec leurs uniformes bleus, ils sont plus visibles que les rares passants. Toujours est-il que ces jours à Lausanne, on ne voit qu’eux à chaque coin de rue. Les policiers. On ne nous dira rien sur l’effectif dévolu à cette seule mission des règles à respecter dans l’espace public. Tout juste apprend-on que les assistants de police, d’ordinaire affectés aux amendes d’ordre, sont eux aussi mobilisés pour s’assurer que les directives soient bien suivies, la Ville ayant annoncé que la traque aux dépassements de parking n’était plus une priorité.

«Écartez-vous!»

Parc de Montbenon. C’est là que les habitants prennent le frais ce mercredi. La consigne de ne pas se réunir à plus de cinq est respectée, mais pas celle des distances. Fabien s’approche de petits groupes en écartant les bras. De loin, cela veut dire «écartez-vous». Les Lausannois, surpris, obtempèrent. Ils savent qu’en cas de «résistance», ils encourent une amende de 100 francs. «On n’était pas collées-collées non plus. Ce n’est pas comme si on faisait courir un risque aux gens. Et puis, comment on estime une distance de deux mètres? Cela fait deux bras?» s’interrogent Elena et ses deux amies.

«Je demande aux jeunes d’imaginer que ce sont leurs parents qui sont aux soins intensifs. Cela les fait réfléchir»

Être bien visibles. «En général, les gens nous remarquent et se dispersent d’eux-mêmes. La majorité joue le jeu, vraiment», se réjouit Julien. Et pour les jeunes qui ne comprendraient pas le message, l’appointé n’hésite pas à jouer sur l’affectif. «Je leur demande d’imaginer que ce sont leurs parents qui sont aux soins intensifs. Cela les fait réfléchir.» Quatre jeunes sirotent des bières sous un arbre. Ils reprennent leurs distances réglementaires, de bonne grâce. «Et n’oubliez pas d’emporter vos déchets», leur rappelle Fabien.

Jusqu’où faire respecter les règles? Un couple s’enlace sur des escaliers. Ils ne peuvent être plus rapprochés. Fabien: «Moi je ne dis rien, mais d’autres collègues pourraient leur demander de se séparer. À quoi bon? Dans cinq minutes, ils seront à nouveau serrés l’un contre l’autre.» Et que penser de ceux qui se promènent main dans la main? Des familles qui se baladent à plus de cinq? «On ne va quand même pas demander aux parents d’éloigner les enfants à deux mètres.»

À Saint-François, la patrouille croise un collègue. Il est de piquet sur la place. Rien à signaler. Puis la Palud déserte, avec son enfilade de commerces fermés, et sur chaque devanture la même affichette à l’adresse des clients qui commencent à connaître la chanson. «En liens avec les événements liés au coronavirus…»

122 amendes en 9 jours

La Riponne pour finir. D’autres policiers sont déjà sur zone. Un endroit délicat s’il en est, avec ces marginaux qui ont pris l’habitude de se réunir et qui n’ont pour la plupart pas de chez eux pour s’y confiner. Le message de prévention semble être passé. Ils sont toujours une vingtaine sur la place, mais disséminés autour de la fontaine ou sur les bancs. «Ils sont organisés. Quand ils nous repèrent, ils se comptent vite pour savoir s’ils sont en règle ou pas», explique Fabien. Cette fois, un couple enlacé au soleil n’y coupera pas: il doit se séparer sur-le-champ.

Selon les derniers chiffres, entre le 17 et le 25 mars, les polices vaudoises ont procédé à 35 dénonciations pour des attroupements de groupes de personnes et pour 4 commerces ne respectant pas les règles, et à 122 amendes.

Créé: 26.03.2020, 17h48

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